Voyez la note, page
2. Kouvéra, dieu des richesses. Il est ainsi nommé parcequ'il a pour serviteurs les yakchas.
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main, et attendail l'arrivée d'un mendiant. Un jour il en trouva un, et le tua à coups de bâton ; mais il reçut le châtiment de sa faute, et les gens du roi lui donnèrent tant de coups qu'il en mourut.
Voilà pourquoi je dis : La récompense qu'un autre a obtenue pour une bonne action, etc.
Le roi dit :
« Est-ce d'après le récit de vieilles histoires que l'on peut juger d'un étranger, et reconnaître s'il vient sans motif, s'il est notre ami ou s'il n'est qu'un traître ? »
Laissons cela, et exécutons ce qui a été dit. Tchitravarna est sur les hauteurs du Malaya : maintenant, que devons-nous faire? — Sire, répondit le ministre, un espion qui vient d'arriver m'a appris que Tchilravarna a méprisé les avis du vautour, son premier ministre ; nous pouvons par conséquent vaincre cet insensé.
ce Un ennemi cupide, cruel, indolent , déloyal , négligent, timide, irrésolu, insensé, et qui méprise le soldat, est, dit-on, facile à vaincre. »
Avant qu'il assiège notre forteresse, il faut envoyer le sârasa et d'autres généraux le long des rivières, dans les montagnes, dans les forêts et sur les routes, afin de détruire son armée.
On a dit :
« Si l'armée ennemie est fatiguée par suite d'une longue marche ; si elle est arrêtée par des fleuves, des montagnes ou des forêts; si elle est épouvantée par la crainte du feu et d'autres objets redoutables ; si elle souffre de la faim et de la soif; si elle n'est point sur ses gardes; si elle manque de vivres ; si elle
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est tourmentée par les maladies et la famine ; si elle ne s'avance pas en bon ordre ; si elle est peu nombreuse ; si elle est embarrassée dans sa marche par la pluie et par le vent; si elle est incommodée par la boue, la poussière et l'eau; si elle est dispersée, et harcelée par ses ennemis, un roi ne doit pas craindre de l'attaquer. »
(i Si Farmée ennemie, fatiguée d'avoir veillé dans la crainte d'une attaque, dort pendant le jour, un roi doit la détruire pendant qu'elle est encore troublée par le sommeil. »
Que vos généraux marchent contre les forces de cet insensé, et qu'ils les attaquent jour et nuit, toutes les fois que l'occasion s'en présentera.
Le conseil du tchakravâka fut suivi. Tchitravarna perdit une partie de ses troupes et un grand nombre de ses principaux ofliciers. Cet échec le découragea, et il dit à son ministre Doûradarsin : Mon ami , ai-je été trahi, ou bien est-ce une faute que j'ai commise ?
On a dit :
ce II ne faut pas agir mal à propos parceque Ton possède un royaume, car le manque de sagesse dans la conduite cause la ruine de notre fortune , de même que la vieillesse détruit la beauté la plus remarquable. »
ce L'homme habile arrive à la fortune ; celui qui se nourrit d'aliments salubres acquiert la santé ; celui qui est bien portant trouve le bonheur; l'homme laborieux atteint au dernier terme de la science , et celui qui sait se bien conduire obtient en partage la vertu, la richesse et la eloire. »
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Sire, répondit le vautour, écoutez :
« Un roi ignorant lui-même , s'il s'attache à des hommes avancés dans la science, acquiert un grand éclat, de même qu'un arbre étend plus loin son ombre lorsqu'il est voisin de l'eau. »
a L'ivrognerie, la passion des femmes, l'amour de la chasse, le jeu, la prodigalité, la dureté dans les paroles et l'excès de sévérité dans les châtiments, sont des vices chez les rois. •>•>
ce Ni celui qui n'obéit qu'à la passion et à l'emportement, ni celui dont le cœur est corrompu par la fourberie , ne peuvent obtenir les grands pouvoirs surnaturels * : toute perfection morale réside dans la sagesse et la valeur. »
En voyant l'ardeur qui animait vos troupes, vous vous êtes laissé entraîner par votre témérité ; vous n'avez pas voulu écouter les conseils que je vous donnais, et vous m'avez parlé durement. Ce qui vous arrive aujourd'hui est la conséquence de votre faute.
On a dit :
« Quelles fautes un mauvais conseiller ne fait-il pas commettre en poUtique ? Quelles maladies n'af-
1. Ces pouvoirs ou dons surnaturels, appelés sîddhis ou vibhoûtis^ ne peuvent être obtenus qu'après de grandes austérités. Ils sont au nombre de huit, savoir : i» la faculté de rendre son corps petit et imperceptible ; 2° celle de le rendre léger; 3° celle de l'agrandir; 4^^ le pouvoir d'atteindre les objets éloignés, comme de toucher la lune; 5° celui de satisfaire tous ses désirs; 6° l'empire sur tous les êtres; 7° le pouvoir de changer le cours de la nature; 8° l'accouiplissement de toute promesse, de tout engagement.
fligentpas celui qui se nourrit d'aliments malsains? Quel est Thomme que n'enorgueillit pas la fortune? Quel est celui que la mort ne vient pas frapper? Quel est celui à qui la promesse d'un objet désiré ne cause point de tourment? »
ce L'affliction détruit la joie; l'hiver prend la place de l'automne ; le soleil dissipe les ténèbres ; lingratitude détruit un bienfait ; la possession d'un être chéri apaise le chagrin ; la sagesse dans la conduite nous fait triompher de l'adversité, et le manque de conduite cause la ruine des fortunes même les plus grandes. »
Alors je me suis dit : Il faut que mon roi ait perdu l'intelligence ; autrement chercherait-il à obscurcir, par le feu de ses paroles, la lumière que répandent les histoires contenues dans les ouvrages de politique?
« A quoi sert l'étude des livres à celui qui est naturellement dépourvu d'intelligence? Quelle serait l'utilité d'un miroir pour celui qui aurait perdu les deux yeux ? »
Par conséquent, je me suis tu. — Mon ami, dit le roi en joignant ses pattes en signe de respect, c'est ma faute ; maintenant, enseigne-moi comment je pourrai retourner vers le mont Vindhya avec le reste de mon armée. — Cherchons à réparer le mal, se dit le vautour en lui-même.
« 11 faut toujours contenir sa colère devant les dieux, son précepteur spirituel, les vaches, les rois, ■ies brahmanes, les enfants, les vieillards et les malades. »
Sire, dit-il ensuite en souriant, ne craignez rien , et prenez courage. Ecoutez, Sire :
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« La sagesse des ministres se manifeste dans un cas de rupture ; le talent des médecins se déploie dans une maladie dangereuse. C est à l'œuvre que l'on reconnaît la capacité : lorsque tout va bien, quel est celui qui ne paraît pas savant? »
Cl Les ignorants n entreprennent que de petites choses, et encore sont-ils embarrassés; mais les gens instruits en entreprennent de grandes, et n'éprouvent jamais le moindre embarras. »
Lors donc que par votre valeur vous aurez renversé la forteresse ennemie, je vous ramènerai en peu de temps au mont Yindhya , tout couvert de gloire et declat, avec votre armée. — Maintenant, dit le roi, comment cela se fera-t-il, avec un corps d'armée si peu nombreux? — Sire, répondit le vautour, tout cela se fera ; mais comme, pour celui qui veut vaincre, la promptitude est la condition nécessaire de la victoire, il faut dès aujourd'hui faire le siège de la forteresse.
Cependant la grue, qui avait été envoyée comme espion, revint auprès d'Hiranyagarbha , et lui dit : Sire, d'après le conseil du vautour, le roi Tchitravarna va venir assiéger la forteresse avec le peu de troupes qui lui restent. — San'adjna, dit le cygne, que devons-nous faire maintenant? — Il faut voir, répondit le tchakravâka, quels sont, parmi vos soldats, les forts et les faibles. Lorsque vous saurez cela, donnez de l'or, des vêtements, etc., et dispensez vos faveurs à chacun selon son mérite. •
ce La Fortune n'abandonne jamais le grand roi qui s'écarte de son chemin pour ramasser un kâkinî aussi bien que mille nichkas, et qui, lorsque les cir-
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constances Texigenl , répand des millions * d'une main libérale. >;
« Sire, quand il s'agit d'un sacrifice, d'un mariage, d'une calamité , de la destruction de ses ennemis , d'une action glorieuse, de la réception d'un ami, de femmes que l'on aime, et de parents qui sont pauvres , on ne pourrait faire de trop grandes dépenses. »
« Un sot, par cela même qu'il craint de dépenser un peu , finit par tout perdre. Quel est Thomme intelligent qui renoncerait à l'usage d'un ustensile dans la crainte d'en faire don à sa fiancée ? »
Mais, dit le roi, dans la situation où nous sommes, est-il bon de dépenser beaucoup? Il faut, dit-on, conserver ses rictiesses pour les temps de calamités.
— Comment le malheur pourrait-il atteindre celui qui est favorisé de la Fortune? répondit le ministre.
— La Fortune est quelquefois irritée, dit le roi.
— Sire, reprit le ministre, les richesses que l'on entasse finissent par se perdre ; il faut, par conséquent, ne pas faire preuve de parcimonie, et combler vos soldats de présents et de marques d'honneur.
On a dit :
« Ceux qui se connaissent les uns les autres, ceux qui sont satisfaits, ceux qui sont bien décidés à mourir, ceux qui sont de haute naissance, et ceux que l'on a traités avec distinction, sont toujours vainqueurs de l'armée ennemie. »
« Cinq cents braves, réunis en une masse com-
i.Le mot koti,q}ie donne le texte, signifie httéralement dix millions.
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pacte, bien disposés, bien équipés, et résolus, suffisent pour détruire une armée ennemie. »
a Celui qui manque de discernement, qui est cruel et ingrat, est abandonné de ses serviteurs même , et à plus forte raison des autres: il en est ainsi de l'homme intéressé, v
a La véracité, la bravoure, la clémence et la libéralité, telles sont les plus grandes qualités d'un prince : un roi qui ne possède point ces qualités n'obtient qu'une mauvaise renommée. »
Les ministres doivent aussi être traités avec distinction.
On a dit :
« Un prince opulent doit faire des dépenses pour celui qui a contribué à sa grandeur ; il doit confier sa vie et ses richesses à l'homme digne de sa confiance. »
« Le roi qui a pour conseiller un fripon, une femme ou un enfant, est renversé par le vent de la mauvaise politique, et se trouve submergé dans l'océan des affaires. »
Ecoutez, Sire :
« La terre doit être libérale envers celui qui sait se modérer dans la joie et dans la colère, qui ménage son trésor, et a toujours soin de ses serviteurs. »
« Ceux qui sont décidés à partager avec leur souverain les privations aussi bien que la prospérité, voilà ce qu'on appelle des ministres : un roi ne doit jamais dédaigner de pareils serviteurs. »
« Quand un roi se laisse aveugler par l'orgueil, et se noie dans l'océan des affaires, lui tendre la main
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au moment où il chancelle, voilà ce que fait un ministre qui a pour lui les sentiments d'un ami. »
Cependant Méghavarna entra; il salua le roi, et lui dit : Sire , veuillez m'accorder la faveur de vous voir. L'ennemi, impatient de combattre, est devant la porte de la forteresse. Que votre majesté l'ordonne, et je sors afin de déployer ma valeur : je m'acquitterai ainsi de ma dette envers votre majesté. — Non, non, dit le tchakravâka; s'il fallait sortir de la forteresse pour combattre , il serait inutile d'avoir une forteresse pour abri .
ce Le crocodile, tout redoutable qu'il est, perd sa force quand il est sorti de l'eau , et le lion lui-même, s'il quittait la forêt, ne serait certes pas plus fort que le chacal. »
Sire, il faut que vous marchiez en personne et que vous soyez témoin du combat.
« Un roi doit suivre son armée et avoir les yeux fixés sur elle, afin de l'exciter à combattre : le chien lui-même, lorsqu'il a son maître auprès de lui, ne se montre-t-il pas aussi brave qu'un lion? »
Tout le monde alla ensuite à la porte de la forteresse, et une grande bataille fut livrée. Le jour suivant, le roi Tchitravarna dit au vautour : Mon ami, c'est à toi maintenant de remplir ta promesse. — Sire, répondit le vautour, écoutez seulement ceci :
« Une forteresse est, dit -on, mauvaise, lorsqu'elle ne peut pas résister long-temps , lorsqu'elle est trop petite, lorsqu'elle a pour commandant un homme ignorant et vicieux, lorsqu'elle n'est pas abritée, et lorsqu'elle est défendue par des soldats timides. »
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Mais il n'en est pas de même de celle-ci.
« La trahison, le blocus, Tescalade et lassant, voilà ce qu on appelle les quatre moyens de s'emparer d'une forteresse. »
Il faut maintenant combattre avec autant d'ardeur que pos forces nous le permettent. Puis, parlant à l'oreille du roi : Voilà, ajouta-t-il, ce que nous devons faire.
Avant le lever même du soleil, le combat s'engagea aux quatre portes, et les corbeaux mirent le feu aux habitations situées dans l'intérieur de la forteresse. Alors on cria de tous côtés : La forteresse est prise ! la forteresse est prise ! En entendant ces cris et en voyant la plupart des habitations en feu, les troupes du cygne et tous les habitants de la forteresse se jetèrent bien vite dans l'étang.
« Prendre une sage résolution, montrer du courage, bien combattre, et se retirer prudemment, voilà ce que l'on doit faire, autant qu'on le peut, et sans balancer, lorsque le moment est venu. »
Le cygne, qui, par sa nature, marchait lentement, n'avait plus avec lui que le sârasa, lorsqu'un coq, l'un des généraux de Tchitravarna, vint lui barrer le passage. Général sârasa, dit le roi Hiranyagarbha, ne te fais pas tuer pour me rendre service. Tu peux encore te sauver : jette-toi donc dans l'eau, et concerte-toi avec Sarvadjna pour placer mon fils Tchoûdâmani sur le trône. — Sire, répondit le sârasa, ne parlez pas ainsi : un tel langage m'afflige. Puisse votre majesté être victorieuse tant que la lune et le soleil resteront au firmament! Je suis encore commandant de la forteresse, et l'ennemi ne pourra y
pénétrer que quand l'entrée aura été souillée de ma chair et de mon sang.
« On trouve difficilement un souverain patient, généreux , et sachant apprécier le mérite. »
Cela est vrai, dit le roi, mais
ce 11 est difficile aussi, je crois, de trouver un serviteur honnête, adroit et dévoué. »
Sire, reprit le sârasa, écoutez :
a Si , après avoir renoncé à combattre , on n avait plus à redouter la mort, on ferait bien de se retirer ; mais, pour la créature, la mort est inévitable : à quoi servirait-il aloi s de ternir sa réputation sans profit? »
« Dans cette vie, qui ressemble au tourbillon des vagues agitées par le vent, c'est faire acte de vertu que de sacrifier ses jours pour un autre. »
Sire, vous êtes souverain, et il faut vous sauver à tout prix.
« La nature, toute grande qu'elle est, ne peut plus exister dés que son souverain l'abandonne : là où il n'y a plus de vie, que peut faire le médecin Dhanwantari lui-même ? »
« Lorsque le roi s'endort, le monde entier s'endort avec lui ; dès qu'il s'éveille , chacun se réveille, comme le lotus au lever du soleil. »
a Le roi, le ministre, le territoire, la forteresse, le trésor, l'armée, un allié, et les corporations de citoyens, telles sont les parties essentielles dont se compose un gouvernement. »
Mais la principale de ces diverses parties, c'est le roi.
Le coq se précipita alors sur le cygne et le frappa
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avec la pointe de ses ergots. Le sârasa se jeta sur lui, et couvrit le roi de son corps. Quoique déchiré par les coups d'ergots et de bec que lui portait le coq, il fit à son souverain un rempart de son corps, et le fit sauter dansTétang. Le coq fut tué d'un coup de bec par le général. Enfin, les oiseaux fondirent en masse sur le sârasa, et il périt accablé par le nombre. Le roi Tchitravarna entra dans la forteresse ; il s'empara des richesses qu'y avaient laissées les vaincus , et rentra dans son camp, où il entendit avec joie les chants des bardes qui célébraient sa victoire.
Dans l'armée du cygne, dirent les jeunes princes, le sârasa se distingua par sa vertu, car il se sacrifia pour sauver son roi.
« Les vaches mettent au monde des petits qui ont tous la forme d'une vache ; mais il en est peu qui donnent le jour à un taureau dont les cornes tombent jusque sur les épaules. »
Hébien! repritVichnousarman, que ce général vertueux obtienne dans le monde des étoiles la place qu'il a achetée au prix de sa vertu ! qu'il soit servi par des vidyâdharîs, et qu'il jouisse du bonheur du ciel!
On a dit :
« Les hommes qui sont braves dans le combat, qui se sacrifient pour leur souverain, qui sont dévoués à leur maître et reconnaissants, vont dans le ciel. »
ce Toutes les fois qu'un héros succombe entouré par les ennemis, il obtient le séjour éternel, s'il n'a pas montré de lâcheté. »
Vous avez entendu le Vigraha. — Nous sommes
bien satisfaits de l'avoir entendu , répondirent les jeunes princes. — Hé bien I reprit Vichnousarman, écoutez encore ceci :
Souverains de la terre, puissiez-vous ne jamais faire la guerre avec les éléphants, les chevaux et les fantassins ! Puissent vos ennemis, renversés par la sagesse de votre politique et de vos délibérations , comme par une tempête, chercher un refuge dans les cavernes des montaçjnes !