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de compassion, et lui donna des grains de riz à manger. Un chat voulut attraper le rat et le dévorer ; mais le solitaire l'aperçut, et, en vertu du pouvoir qu'il avait acquis par ses austérités, il changea le rat en chat. Ce chat fut effrayé par un chien ; alors le solitaire le métamorphosa en chien. Le chien eut peur d"un tigre; aussitôt il devint tigre. Quoique l'animal fût devenu tigre, le solitaire ne le regardait pas moins comme un rat, et, en voyant le solitaire , chacun disait : C'est ce sage qui a métamorphosé le rat en tigre. Le tigre, affligé d'entendre ces discours, se dit en lui-même : Tant que ce solitaire vivra , la honteuse histoire de mon premier état ne pourra pas rester ignorée. Après avoir fait cette réflexion, il voulut tuer le solitaire ; mais celui-ci comprit ses intentions : Redeviens rat, dit-il ; et le tigre redevint rat.
Voilà pourquoi je dis : Un homme de basse condition, une fois élevé au niveau des gens que l'on doit respecter, etc. D'ailleurs, Sire, il ne faut pas croire que ce soit une chose aisée à faire. Ecoutez :
Après avoir mangé une grande quantité de gros , de moyens et de petits poissons , une grue fut saisie par une écrevisse, et périt victime de sa gloutonnerie.
Comment cela? demanda Tchitravarna. Le ministre raconta la fable suivante :
l8o HiTOPADÉSA.
La Grue et rEcrevisse.
ans le pays de Mâlava, il y a un étang qui porte le nom de Padmagarbha. Une vieille grue, qui avait perdu ses forces, restait au bord de cet étang, et faisait semblant d'être triste. Une écrevisse laperçut de loin, et lui dit : Pourquoi restez -vous là sans prendre de nourriture? — Les poissons me servent de pâture, répondit la grue, et des pécheurs doivent venir ici les détruire, j'ai appris cette nouvelle dans les environs de la ville : n'ayant plus alors de quoi subsister, je ne pourrai pas échapper à la mort. C'est cette certitude qui fait que je néglige de me nourrir. En entendant ces mots, tous les poissons se dirent en euxmêmes : Cette grue se montre aujourd'hui disposée à nous protéger ; il faut lui demander comment nous devons faire.
On a dit :
« 11 vaut mieux nous lier avec un ennemi qui nous rend un service qu'avec un ami qui nous nuit : nous ne devons donner à l'un et à l'autre le nom d'ami ou d'ennemi que suivant le bien ou le mal qu'ils nous font. »
Grue, dirent les poissons, dans la situation où nous sommes, quel est le moyen de nous sauver? — Le moyen de salut qui vous reste, répondit la grue, c'est de vous réfugier dans un autre étang où je vous transporterai l'un après l'autre. — Soit, dirent les poissons effrayés. La méchante grue prenait les poissons un à un ; puis elle les portait dans un
endroit où elle les mangeait, et, en revenant, elle disait aux autres: Je les ai mis dans un autre étans;. Cependant 1 ecrevisse lui dit : Grue, transportez-moi aussi dans cet étang. La grue, qui voulait aussi manger la chair d'une ecrevisse, dont elle n'avait jamais tâté, l'emporta respectueusement, et la déposa à terre. L'écrevisse, voyant le sol jonché d'arêtes, se dit en elle-même : Ah malheureuse ! je suis perdue ! Hé bien ! je vais agir comme la circonstance l'exige. Cette réflexion faite, au moment où la grue allongeait son cou pour la tuer, l'écrevisse lui coupa la gorge avec ses pinces, et elle mourut.
Voilà pourquoi je dis : Après avoir mangé une grande quantité de gros, de moyens et de petits poissons, etc.
Alors le roi Tchitravarna reprit la parole : Ministre, dit-il, écoute-moi. Voici la réflexion que j'ai faite : Si Méghavarna réside dans le Karpoûrad^vîpa avec le titre de roi, il nous enverra tout ce que ce pays produit de plus recherché, et nous pourrons, de cette manière , mener une vie très agréable sur le mont Vindhya. — Sire, répondit Doûradarsin en souriant :
Celui qui se réjouit d'avance en songeant à une chose qu'il ne peut pas acquérir reçoit un affront , comme le brahmane qui brisa les pots.
Comment cela? dit le roi. Le ministre raconta la fable suivante :
Le Brahmane qui brisa les pots.
ans la ville de Dévîkota, il y avait un brahmane nommé Dévasarman. Pendant l'équinoxe du printemps, ce brahmane trouva un plat qui était plein de farine d'orge. Il prit ce plat; puis il alla coucher chez un potier, dans un hangar où il y avait une grande quantité de vases. Pour garder sa farine, il prit un bâton qu'il tint dans sa main, et, pendant la nuit, il fit ces réflexions : Si je vends ce plat de farine, j'en aurai dix kapardakas ; avec ces dix kapardakas, j'achèterai des jarres, des plats et d'autres ustensiles, que je revendrai. Après avoir ainsi augmenté peu à peu mon capital, j'achèterai du bétel, des vêlements et différents objets. Je revendrai tout cela, et, quand j'aurai amassé une grande somme d'argent, j'épouserai quatre femmes. Je m'attacherai de préférence à celle qui sera la plus belle ; et, lorsque ses rivales jalouses lui chercheront querelle, je ne pourrai pas retenir ma colère, et je les frapperai ainsi avec mon bâton. En disant ces mots, il se leva et lança son bâton. Le plat d'orge fut mis en morceaux, et une grande quantité de vases furent brisés. Le potier accourut à ce bruit, et, voyant ses pots dans un pareil état , il fit de^ reproches au brahmane, et le chassa de son hangar.
Voilà pourquoi je dis : Celui qui se réjouit d'avance en songeant à une chose qu'il ne peut pas acquérir, etc.
Le roi tira ensuite à l'écart le vautour, son minis-
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tre, el lui dit : Mon ami, enseigne-moi ce que je dois faire. Le vautour répondit :
« 11 en est d'un roi ivre d'orgueil comme d'un éléphant qui s'emporte : dès qu'il s'éloigne du bon chemin, on blâme ceux qui le guident. «
Ecoutez, Sire : est-ce l'orgueil que nous inspirait notre force qui nous a fait renverser la forteresse ennemie? N'est-ce pas plutôt la ruse soutenue par votre valeur? — C'est grâce à votre stratagème que j ai été vainqueur, répondit le roi. — Si vous voulez suivre mes conseils, reprit le vautour, retournons maintenant dans notre pays. Autrement, la saison des pluies venue, s'il nous faut recommencer la guerre avec un ennemi aussi fort que nous, et sur son territoire même, il ne nous sera pas facile de retourner chez nous. Pour notre bonheur et pour notre gloire, faisons la paix, et allons-nous-en. Nous avons détruit la forteresse, et acquis une grande renommée. Voilà mon avis.
« Le véritable compagnon d'un roi est c^lui qui, mettant le devoir avant tout, ne tient aucun compte de la satisfaction ou du mécontentement de son souverain, et lui dit même des vérités désagréables à entendre. »
« Quel est le roi sensé qui voudrait exposer ses amis, son armée, son royaume, sa personne, et sa réputation même, aux chances incertaines d'une bataille? »
« Il faut désirer la paix même avec son égal, car la victoire dans le combat est douteuse, et l'on ne doit pas risquer la chance : ainsi l'a dit Vrihaspati. »
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Quelquefois, dans un combat, les deux adversaires succombent : Sounda et Oupasounda, qui étaient de force égale, ne se tuèrent-ils pas lun l'autre?
Comment cela? dit le roi. Le ministre raconta l'histoire suivante :
Sounda et Oupasounda.
• adis, deux Daïtyas de haute stature , nom- Imés Sounda et Oupasounda, voulaient ré- 'gner sur les trois mondes. Ils pratiquaient ' de grandes austérités, et adoraient depuis long-temps le dieu qui porte la lune en guise de diadème ^. Le dieu fut content deux, et leur dit : Demandez-moi une faveur. Les deux Daïtyas redoutables envoyèrent Saraswatî auprès du dieu , et celle-ci demanda pour eux une autre faveur que celle qu'ils désiraient. Si le maître suprême est content de nous deux, dit-elle, qu'il nous donne Parvatî, son épouse. Le dieu fut irrité ; mais, comme il était obligé d'accorder une faveur, il donna Parvali à ces deux insensés. Ces deux ennemis du genre humain, aveuglés par les ténèbres du mal, furent séduits par la beauté et la grâce de la déesse, et en devinrent épris. Elle m'appartient ! s'écrièrent- ils l'un et l'autre, et ils disputèrent. Enfin ils convinrent de consulter un arbitre, et de s'en rapporter à sa décision. L'époux de la déesse se présenta devant eux sous la forme d'un vieux brahmane. Ils dirent aussitôt à cfi brahmane : Nous avons obtenu cette