Voyez la note, page xi
igo HiTOPADÉSA.
les quatre moyens de succès. La résolution, la sagesse dans les conseils, et la majesté, constituent la puissance royale. Les princes qui veulent être victorieux deviennent grands lorsqu'ils pensent toujours à ces différentes choses.
a La Fortune , que Ion ne peut acheter même au prix de sa vie, tout inconstante qu'elle est, accourt d'elle-même dans la maison des princes habiles en politique. »
On a dit :
« Le prince qui partage toute sa fortune avec ses serviteurs, qui a un espion caché, qui tient ses délibérations secrètes, et ne dit jamais un mot. désagréable à aucune créature, règne sur toute la terre, et sa puissance n'a pas d'autres bornes que l'océan.»
Mais, Sire , quoique le vautour son premier ministre lui conseille de faire la paix, le roi notre ennemi, fier de la victoire qu'il a remportée, n'y consentira pas à présent. Voici donc ce qu'il faut faire : le sârasa Mahâbala, roi du Sinhaladwîpa , est notre allié ; hé bien ! qu'il excite le mécontentement dans le Djamboudwîpa.
« Qu'un guerrier garde le plus grand secret, qu'il marche contre l'ennemi avec une armée rangée en bon ordre, et qu'il lui fasse autant de mal qu'il en a souffert lui-même : l'ennemi, tourmenté à son tour, vient faire la paix. )>
Soit, répondit le roi. Et il envoya dans le Sinhaladwîpa une grue nommée Vitchitra, avec une dépêche secrète.
Cependant l'espion revint auprès du roi, et lui dit : Sire, écoulez ce qui a été dit chez notre ennemi :
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Le vautour dit au roi : Sire, Méghavarna a demeuré long-temps chez nos ennemis ; il sait si le roi Hiranyagarbha mérite ou ne mérite pas que l'on fasse une alliance avec lui. Alors le roi Tchitravarna fit appeler Méghavarna, et lui dit : Corbeau, qu'est-ce que ce roi Hiranyagarbha , et qu'est-ce que le tchakravâka, son ministre? — Sire, répondit Méghavarna, le roi Hiranyagarbha est aussi grand que Youdhichthira; c'est un prince magnanime et véridique. Quant au tchakravâka , on ne peut rencontrer nulle part un ministre qui l'égale. — S'il en est ainsi, reprit le roi, comment a-t-il pu être trompé par toi?
Méghavarna répondit :
« Quelle adresse y a-t-il à tromper ceux dont on a gagné la confiance? Escalader la demeure d'un homme, et le tuer pendant son sommeil, peut-on appeler cela du courage? »
Ecoutez, Sire : le ministre a reconnu qui j'étais, dès qu'il m'a vu pour la première fois ; mais le roi esl un prince généreux : voilà pourquoi j'ai réussi à le tromper.
On a dit :
Celui qui juge d'autrui par lui-même, et croit qu'un méchant lui parle avec sincérité, est trompé comme le brahmane qui se laissa prendre sa chèvre par des voleurs.
Comment cela? dit le roi. Méghavarna raconta l'histoire suivante :
Le Brahmane et les Voleurs.
ans la forêt de Gautama, il y avait un brahmane qui voulait célébrer un sacrifice . Pour accomplir ce sacrifice, il acheta une chèvre dans un village voisin, et, comme il emportait cet animal sur son épaule, il fut aperçu par trois voleurs. Si nous pouvions trouver un moyen de nous emparerde cette chèvre, sedirentlesvoleurs, ce serait faire preuve d'adresse. Tout en faisant cette réflexion, ils s'arrêtèrent sur le chemin, à la distance d'un krosa, et s'assirent chacun au pied d'un arbre, en attendant que le brahmane arrivât vers eux. Lorsque celuici vint à passer, un des voleurs lui dit : Brahmane, pourquoi portez-vous ainsi un chien sur votre épaule ? — Ce n'est pas un chien, répondit le brahmane , mais une chèvre que je vais sacrifier. Le second voleur, qui se tenait non loin de là, lui dit la même chose. A ces mots, le brahmane déposa sa chèvre à terre , et l'examina plusieurs fois ; puis il la remit sur son épaule, et continua sa roule, avec l'esprit flottant dans le doute.
Les discours des méchants jettent le doute dans l'esprit des gens de bien eux-mêmes : celui qui s'y fie périt comme Tchitrakarna.
Comment cela? demanda le roi. iMéghavarna raconta la fable suivante :
Le Lion, le Corbeau, le Tigre, le Chacal et le Chameau.
ans une forêt, il y avait un lion nommé |Madotkata, lequel avait pour serviteurs lun corbeau, un tigre et un chacal. Un jour, en se promenant, ces trois animaux rencontrèrent un chameau qui selait égaré d'une caravane, et lui demandèrent d'où il venait. Le chameau leur raconta son aventure, et ils le menèrent auprès du lion. Celui-ci lui promit de le prendre sous sa protection ; puis il lui donna le nom de Tchhrakarna, elle lit demeurer auprès de lui. Quelque temps après, le lion étant devenu infirme, et la pluie étant tombée en abondance, le corbeau, le tigre et le chacal ne purent pas trouver de nounilure. Ils furent très embarrassés, et ils se dirent entre eux : 11 faut faire en sorte que notre maître lue Tchitrakarna: avons-nous besoin de ce mangeur de broussailles?— Mais, dit le tigre, notre maître lui a promis sa protection, et Ta accueilli avec bienveillance : comment pourrions-nous mettre ce plan à exécution? — Aujourd'hui, répondit le corbeau, notre maître dépérit, et il n'hésitera pas à commettre un crime.
« Une femme tourmentée par la faim abandonnerail jusqu'à son enfant; la femelle d'un serpent, si elle était affamée, mangerait sa bave : quel crime ne commet pas celui qui a faim? Les hommes, lorsqu'ils sont exténués par le besoin de nourriture, deviennent impitoyables. »
«L'homme, quand il est ivre, fou, furieux, fatigué,
colère, affamé, cupide, peureux, pétulant ou liberlin, ne connaît plus le devoir. »
Après avoir fait ces réflexions, ils allèrent tous les trois auprès du lion. Avez-vous trouvé de quoi manger? leur demanda celui-ci. — Seigneur, répondit le corbeau, malgré nos efforts, nous n'avons rien trouvé. — Comment vivre maintenant? dit le lion. — Seigneur, reprit le corbeau, en nous privant d'un aliment que nous possédons , nous allons tous périr. — Et quel aliment avons-nous donc ici? demanda le lion. — Tchilrakarna, lui dit le corbeau à l'oreille. Le lion toucha la terre , puis ses deux oreilles, et il s écria : Je lui ai promis ma protection, et je Tai retenu auprès de moi : comment cela seraitil possible?
On a dit :
« Le présent que l'on fait en donnant des vaches, des terres, des aliments, et de leau, ne pourrait être comparé à ce que Ton appelle , dans ce monde , le plus grand de tous les présents, c'est-à-dire le don que l'on fait de sa protection. »
a L'accomplissement de tous ses désirs, tel est le fruit que l'on retire d'un aswamédha: telle est aussi la récompense que nous obtenons pour avoir sauvé celui qui s'est mis sous notre protection. »
Votre seigneurie ne le tuera pas, répondit le corbeau ; mais nous ferons en sorte qu'il consente luimême à se sacrifier. A ces mots, le lion se tut. Le corbeau profita d'une occasion, et eut recours à la ruse. 11 vint, avec tous ses compagnons, auprès du lion, et lui dit : Seigneur, malgré nos efforts, nous n'avons pas trouvé de quoi manger. Votre seigneurie
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a souffert d'un si long jeûne : qu'elle se nourrisse donc aujourd'hui de ma chair.
u Tout ce qui constitue un gouvernement dépend du souverain même : bien que les arbres aient des racines, les soins deThomme leur sont utiles. »
Mon ami, dit le lion, il vaut mieux mourir que de commettre une telle action. Le chacal lui fit ensuite la même offre. Non, non, répondit le lion. — Seigneur, dit le tigre à son tour, prenez mon corps, et nourrissez -vous. — Cela ne serait point convenable, reprit le lion. Alors Tchitrakarna, qui ne se défiait de rien, offrit comme les autres de se sacrifier; mais il n'eut pas plus tôt parlé que le tigre Téventra, et tous le dévorèrent.
Voilà pourquoi je dis : Les discours des méchants jettent le doute dans l'esprit des gens de bien euxmêmes, etc.
Cependant le brahmane, poursuivant son chemin, rencontra le troisième voleur, qui lui dit : Brahmane, pourquoi portez-vous ainsi un chien sur votre épaule? Aces mots, il fut persuadé que c'était un chien qu'il portait. Il abandonna sa chèvre; puis il alla faire ses ablutions, et retourna chez lui. Les voleurs emportèrent la chèvre, et la mangèrent.
Voilà pourquoi je dis : Celui qui juge d'autrui par lui-même, etc.
Méghavarna , dit le roi, comment as-tu fait pour rester long-temps au milieu des ennemis, et pour leur porter du respect? — Sire, répondit Méghavarna, quand on veut servir son souverain ou accomplir ses propres desseins, que ne fait-on pas?
Considérez ceci :
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« Sire, les hommes ne porlent-ils pas le bois sur leur tète avant de le brûler? Le courant d'une rivière coupe la racine d'un arbre, tout en la baignant. »
On a dit :
Le sage, quand il a un motif qui le fait agir, doit même, s'il le faut, porter ses ennemis sur son épaule, comme le vieux serpent qui tua les grenouilles.
Comment cela? dit le roi. Mêghavarna raconta la fable suivante :
Le Serpent et les Grenouilles.
ans un jardin abandonné , il y avait un serpent nommé Mandavisarpa. Cet animal, étant très vieux, et ne pouvant plus même chercher sa subsistance, se laissa tomber sur le bord d'un étang, et y demeura. Cependant une grenouille l'aperçut de loin , et lui dit : Pourquoi restez-vous ainsi sans chercher de nourriture ? — Mon amie, répondit le serpent, passez votre chemin ; à quoi vous sert-il de demander à connaître l'histoire d'un être aussi malheureux que je le suis ? Cette réponse ne fit que piquer la curiosité de la grenouille, et elle pria le serpent de lui raconter ses infortunes, à quelque prix que ce fût.
A Brahmapoura, dit le serpent , habitait un brahmane nommé Kaundinya, homme versé dans l'élude des Védas. Poussé par mon mauvais destin et par mon instinct de méchanceté, j'ai mordu le fils de ce brahmane, jeune homme de vingt ans qui possédait
toutes les vertus. Il s'appelait Sousîla. En voyant son fils mort, Kaundinya s'évanouit de douleur, et roula à terre. Aussitôt tous ses parents, qui demeuraient à Brahmapoura, vinrent s'asseoir auprès de lui, et un maître de maison nommé Kapila lui dit : Kaundinya, il faut que vous ayez perdu la raison, pour vous lamenter ainsi. Ecoulez :
« Puisque, quand l'enfant est engendré, cette vie de courte durée le prend dans ses bras , comme fait plus tard la mère qui le nourrit, à quoi sert-il de s'affliger? »
« Où sont-ils allés , ces maîtres du monde , avec leurs gardes, leurs armées, et leurs équipages? La terre reste encore aujourd'hui comme un témoin qui atteste leur absence. »
« >'e voit -on pas ce corps dépérir à chaque instant? On dirait qu'il se dissout comme un vase mal cuit dans lequel on a mis de l'eau. »
« Tous les jours la mort fait un pas de plus pour s'approcher de la créature, et celle-ci marche continuellement à sa perte, comme si elle était condamnée à mourir. »
ce La jeunesse, la beauté, la vie, la fortune, la puissance, et la société de ceux que l'on aime , sont des choses qui ne durent pas toujours : elles ne doivent donc pas troubler l'esprit du sage. »
« De même que , sur l'océan, deux morceaux de bois se rencontrent, et se séparent dès qu'ils se sont rencontrés, ainsi , dans ce monde , les vivants ne sont réunis que pour être séparés. »
« Un voyageur s'arrête dans un endroit où il y a de l'ombre , et continue sa route après s'être re-
posé : c'est ainsi que les vivants se rencontrent dans ce monde. »
« Lorsque le corps, composé de cinq éléments , retourne dans le panlchatwam, et rentre dans le lieu d'où il est sorti, y a-t-il là de quoi se lamenter? »
« Toutes les liaisons que l'homme contracte avec ceux qu'il chérit sont autant de dards aigus que le chagrin lui enfonce dans le cœur. »
« Ce long séjour, qu'aucune créature ne peut obtenir, même avec son propre corps, comment l'obtiendrait-ello avec une autre créature? »
« Chercher de la solidité dans cette vie, et dans la faible tige d'un plantain * , c'est être aussi insensé que si l'on voulait trouver de la consistance dans une bulle d'eau. »
« L'union même prouve la possibilité de la sépa-. ration, et la naissance n'est pour ainsi dire que l'approche de la mort , dont on ne peut enfreindre la loi. ))
« La rupture des douces liaisons que l'on a avec ceux que Ton aime est une chose aussi terrible que le changement de nourriture pour celui qui adopte un mauvais régime. »
« Fils de Raghou^, en le pleurant, les parents et les amis qui l'affectionnaient lui ont fait perdre le ciel par les larmes qu'ils ont versées. »
« De même que les rivières suivent leur cours, et ne remontent pas vers leur source, les nuits et les