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Râghava (fils de Ku-hoii), nom patronymique de Râma

jours s'écoulent sans cesse, et emportent avec eux la vie des mortels. »

« La société des gens de bien, le plus grand bonheur que l'on goûte dans ce monde, est attachée au joug des douleurs, parcequ'elle a pour terme la séparation. »

« Les sages ne recherchent pas la société des gens de bien, parcequ"il n'y a point de remède pour guérir un cœur blessé par le glaive de la séparation. ))

« Sagara et d'autres rois encore ont fait de belles actions ; mais, eux et leurs œuvres, tout a péri, x-

« A force de songer à la mort impitoyable, l'activité de l'homme sage se relâche comme une courroie mouillée par la pluie. »

« A partir de la première nuit de son séjour dans le sein de sa mère, l'être issu de la race des hommes ou des héros va chaque jour droit vers la mort. ■»

Une faut pas, par conséquent, pensera ce monde. S'affliger ainsi, c'est faire preuve d'une grande ignorance.

Considérez ceci :

« Si ce n'est pas l'ignorance, mais la séparation, qui est cause que l'on s'afflige , pourquoi le chagrin n'augmente-t-il pas à mesure que les jours s'écoulent? »

Calmez donc votre douleur, et éloignez toute pensée affligeante de votre esprit.

« Un chagrin profond lance soudain contre nous des traits qui nous déchirent le cœur. Pour guérir les blessures que nous font ces traits, le meilleur remède est de n'y point songer. »

En entendant ces paroles , Kaujîdinya se leva

comme un homme qui se réveille; puis il s'écria : Maintenant, ma maison est pour moi un enfer ; je ne veux plus riiabiter, et je vais me retirer dans une forêt.

Kapila répondit :

« Ceux qui sont esclaves de leurs passions commettent toutes espèces de fautes, même dans une forêt. Réprimer ses cinq sens, même dans une maison, c'est faire acte d'austérité. La maison de Tliomme qui se conduit d'une manière irréprochable, et qui sait vaincre ses passions, est une forêt consacrée à la pénitence. »

« Dans toute espèce de condition , civile et religieuse, l'homme doit, même lorsqu'il est dans l'affliction , pratiquer ses devoirs, et être bon envers toutes les créatures ; ce n'est pas dans les signes extérieurs que consiste la pratique des devoirs religieux. «

« Ceux qui ne mangent que pour vivre, qui ne se livrent au commerce charnel que pour propager leur race, et ne parlent que pour dire la vérité, surmontent tous les obstacles. »

« Descendant de Bharata , l'âme est une rivière dont la vertu est le tirtha; la vérité, les eaux; la moralité, les bords, et la compassion, le courant. Fils de Pandou, baigne-toi dans cette rivière : ce n'est pas l'eau qui purifie la conscience. »

Et surtout :

« Le bonheur est pour celui qui quitte ce monde, où tout est vanité, et où l'on a à souffrir les tourments de la naissance, de la mort, de la vieillesse, de la maladie, et du chagrin. »

HlTOPADÉSA. 201

« Ce qu on appelle le bonheur n'est pas le bonheur, mais le malheur même; le mot bo'okck ne nous a été donné que comme un remède destiné à soulager celui qui est dans la peine. »

f/est vrai, dit Kaundinya.

Le brahmane , accablé de douleur, me donna ensuite sa malédiction, et s écria ; A partir d'aujourd'hui , tu porteras des grenouilles sur ton dos ! — Maintenant, dit Kapila, vous ne voulez entendre aucun conseil : votre cœur est en proie à Taftliction. Ecoutez néanmoins ce que l'on doit faire :

« Il faut éviter les liaisons avec qui que ce soit; mais, si l'on ne peut renoncer aux liaisons, il ne faut en contracter qu'avec les gens de bien, car la société des gens de bien est le remède que l'on peut apporter à ce mal. «

« 11 faut absolument renoncer à l'amour ; si l'on ne peut pas y renoncer, il ne faut en avoir que pour sa femme, car elle seule peut le guérir, w

Les paroles et les douces remontrances de Kapila calmèrent la douleur qui consumait Kaundinya, et le malheureux père prit le bâton, selon la règle prescrite ^ Voilà pourquoi je suis sous le poids de la malédiction d'un brahmane, et je reste ici pom^ porter des grenouilles.

La grenouille alla aussitôt raconter cette aventure à Djâlapàda, la reine des grenouilles. Celle-ci vint, et

1. Lorsque le chef de famille , dit la loi de Manou, voit ses cheveux blanchir et sa peau se rider, il doit se retirer dans une forêt, eln'emi)orter avec lui qu'un bâton, un plat et une aiguière.

monta sur le dos du serpent. Dès que la grenouille fut sur son dos, le serpent se promena, et alla bon train. Le jour suivant, comme il ne pouvait plus avancer, la reine des grenouilles lui dit : Pourquoi allez-vous si doucement aujourd'hui? —Princesse, répondit le serpent, c'est le manque de nourriture qui m'a fait perdre mes forces. — Hé bien ! reprit la reine, mangez des grenouilles, je vous l'ordonne. — C'est une grande faveur que vous m'accordez, répondit le serpent; puis il mangea les grenouilles l'une après l'autre. Quand il vit qu'il n'y avait plus de grenouilles dans l'étang, il mangea la reine à son tour.

Voilà pourquoi je dis : Le sage, quand il a un motif qui le fait agir, doit même, s'il le faut, porter ses ennemis sur son épaule, etc.

Sire, ne nous amusons plus maintenant à raconter de vieilles histoires. Le roi Hiranyagarbha est toutà-fait digne de notre alliance, et mon avis est qu'il faut faire un traité avec lui. — A quoi penses-tu donc? répondit le roi; comme nous l'avons vaincu, il peut rester, s'il consent à être notre sujet; sinon, il faut continuer la guerre.

Sur ces entrefaites, le perroquet, arrivant du Djamboudwîpa, dit au roi : Sire, le sàrasaqui est roi du Sinhaladwîpa vient d'envahir le Djamboudwîpa et de s'y établir. — Que dis-tu ? que dis-tu ? s'écria le roi tout ému. Le perroquet lui raconta ce qui a été dit plus haut. Bien ! ministre tchakravâka, bien ! très bien ! se dit le vautour en lui-même. — Qu'il y reste, s'écria le roi avec colère, et je vais l'exterminer ! Doûradarsin dit en souriant :

a II ne faut pas gronder en vain comme un nuage

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d'automne : celui qui est grand ne dévoile pas la force ou la faiblesse de son ennemi. «

« Un roi ne doit point combattre plusieurs ennemis à la fois : le serpent, tout orgueilleux qu'il est, ne peut échapper à la mort quand il est attaqué par une multitude d'insectes. »

Sire, pouvons-nous nous en aller d'ici sans faire la paix? Si nous faisons ainsi, l'ennemi nous attaquera par derrière.

L'insensé qui, avant de connaître la vérité, se laisse aller à la colère, éprouve des regrets comme le brahmane qui tua sa mangouste*.

Comment cela? demanda le roi. Doûradarsin raconta l'histoire suivante :

Le Brahmane et sa }Ia7}gouste.

,\ y avait à Oudjayinî un brahmane nommé Màthara. La femme de ce brahmane, venant d'accoucher, laissa à son mari le petit enfant à garder, et alla faire ses ablutions. Cependant le roi fit appeler le brahmane pour célébrer un parvanasraddha. Dès qu'il eut reçu cette invitation, le brahmane, qui était pauvre, se dit en lui-même : Si je n'y vais pas bien vite, un autre le saura, et recevra les présents du sraddha.

« Quand il s'agit de recevoir, de donner, et de célébrer un sacrifice, si l'on ne se hâte pas, le temps emporte avec lui tout le fruit de l'œuvre -. «

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