Voyez la noie, page io
succès recherche le mérite, et s'attache à celui qui n'agit qu'après avoir bien réfléchi. «
Sire, si vous voulez maintenant suivre mes conseils, faisons la paix, et allons-nous-en.
a Bien que l'on ait indiqué quatre moyens de réussir dans ses projets, le succès, qui résulte des quatre, est toujours dans la conciliation. «
Cela peut-il se faire promplement? dit le roi. — Sire, répondit le ministre, ce sera bientôt fait.
« Le méchant est comme un vase d'argile, que Ton brise avec facilité, et que Ion raccommode difficilement; mais Thomme de bien ressemble à un vase d'or, qu'il est difficile de briser, et que l'on raccommode en peu de temps. ^^
« 11 est facile de se concilier un ignorant; il est plus facile encore de se concilier un homme intelligent. Quant à celui qui ne possède que peu de connaissances, Brahmâ lui-même ne peut le gagner. »
Le roi Hiranyagarbha est un prince très vertueux, et son ministre est doué dune haute sagesse. Je sais cela depuis long-temps, parceque Méghavarna me l'a dit, et que j'ai été moi-même témoin de la manière dont ils ont fait leur devoir.
ce C'est par les œuvres qu'il faut toujours juger du mérite et de la conduite des absents. Cest donc suivant leurs conséquences que nous devons apprécier les actes de ceux qui sont loin de nous. »
Il est inutile de discuter plus long-temps, dit le roi; fais comme tu voudras.
Après avoir donné ces conseils à son souverain, le vautour premier ministre alla dans la forteresse. La grue qui avait été envoyée comme espion re-
206 HlTOPADÉSA.
vint alors auprès du roi Hiranyagarbha, el lui dit : Sire, le vautour premier minisire vient d'arriver pour faire la paix. — C est encore quelque espion que notre ennemi nous envoie, dit le cygne à son ministre. — Sire, répondit Sarvadjna en souriant, il n'y a rien à craindre, car Doûradarsin est doué d'un noble caractère. Une pareille détiance ne convient d'ailleurs qu'à des esprits faibles. Quelquefois on ne se délie de rien, et d'autres fois on se défie de tout. « Le cygne, malgré son adresse , lorsqu'il a été plus d'une fois trompé par l'ombre dos étoiles, en cherchant, pendant les nuits, la branche du lotus sur l'étang, ne mord plus, même pendant le jour, la blanche fleur du lotus, parcequ'il se défie des étoiles. Ainsi les hommes, craignant d'être trompés , soupçonnent de mauvaises intentions la sincérité même, » Sire, il faut apprêter des bijoux et toutes espèces d'objets, autant que nous le pouvons, afin de lui en faire présent, et de le traiter avec distinction.
Ce conseil fut suivi. Le tchakravâka alla au-devant du vautour ministre, à la porte de la forteresse. Il le reçut avec toutes les marques d'honneur, et le présenta au roi. Puis on donna un siège à Doûradarsin, et on le fit asseoir. Grand ministre , lui dit le tchakravâka, ce royaume tout entier vous appartient: disposez -en comme vous voudrez. — Oui, dit le cygne. — Soit , répondit Doûradarsin ; mais il est inutile d'entrer maintenant dans de longs discours. « 11 faut se concilier l'avare par l'argent ; l'homme sévère, par la soumission ; l'ignorant, par la douceur, et l'homme instruit, parla franchise. »
« On se concilie un ami par de bons sentiments ;
des parents, par le respect; des femmes et des serviteurs, par des présents et des égards, et les autres hommes, par son adresse.»
Maintenant, faisons la paix, afin que le grand roi Tcliitravarna puisse s'en aller. — Dites-nous comment nous devons faire la paix, dit le tchakravâka. — Combien y a-t-il de sortes de traités? demanda le cygne. — Je vais vous le dire, répondit le vautour; écoutez :
« Lorsqu'un prince, attaqué par un ennemi plus fort que lui, ne peut plus exercer de représailles, et n'éprouve que des revers, il doit temporiser, et chercher à faire la paix. »
« Il y a, dit-on, seize espèces de traités , ainsi nommées : kapâla. oupahâra, sanlâna, sangata, oupanyàsa, pralîkâra. sanyoga, pourouchanlara, adrichlanara, âdichta, àlmâdichta, oupagraha, parikraya, outtchhanna, parabhoûchana , et skandhopanéya. Voilà ce que les hommes habiles en matière de traités ont appelé les seize alliances. »
« On désigne sous le nom de kapàla le traité conclu simplement, et avec des conditions égales. Celui que Ton conclut après avoir offert un présent , se nomme oupahâra. »
« Sous le nom de santâna, on doit entendre le traité qui a pour préliminaire le don d'une fille eu mariage. Les sages appellent sangata lalliance fondée sur l'amitié. )i
« Cette alliance dure autant que la vie; elle est basée sur un accord mutuel ; dans la prospérité comme dans l'infortune, rien ne peut la briser. »
« Cette alliance sangata , à cause de son excel-
lence, peut être comparée à Tor; aussi des hommes habiles dans lart des traités 1 ont-ils nommée l'alliance d'or. »
« La paix que l'on conclut en donnant pour gage ses biens ou sa personne est appelée oupanyàsa par ceux qui sont experts en ce genre de traité. »
« L'alliance fondée sur ce i)rincipe : Je lui ai prêté assistance autrefois , il en fera autant pour moi , se nomme pratîkâra. »
a Je lui prête assistance, et il en fera autant pour moi : c'est encore une alliance pratîkâra. Telle est celle que Râma fit avec Sougrîva. »
« Lorsque les deux parties visent au même but, et s'unissent pour mettre un projet à exécution , Falliance a lieu selon 1 égalité, et est appelée sanyoga.»
« Je laisse aux chefs de nos deux armées le soin de remplir mes intentions : la paix conclue suivant cette convention , et dans laquelle on donne un gage, est nommée pourouchantara. »
« La paix conclue suivant cette convention : C'est vous seul que je charge de remplir mes intentions, et dans laquelle l'ennemi nous donne un gage , est appelée adrichtapouroucha. »
« Lorsqu'on se débarrasse de son ennemi en lui cédant une portion de territoire pour acheter la paix, le traité se nomme âdichta, disent les hommes habiles en matière de traités. »
« La paix que l'on fait négocier par son armée s'appelle âtmàdichta. Lorsque, pour sauver ses jours, on donne tout ce que l'on possède, le traité est nommé oupagraha. »
« Lorsque Ton donne une partie de son trésor, ou
la moitié de son trésor, ou même tout son trésor, pour conserver le reste de ce qu'on possède , le traité est appelé parikraya. »
« Lorsque l'on cède d'excellents territoires, le traité se nomme outtchhanna. Lorsque Ton donne les produits de tout son territoire, il s'appelle parabhoûchana. »
« Lorsque l'on apporte sur ses épaules des productions que l'on a récoltées , le traité se nomme skandhopanéya , disent les hommes experts dans l'art des traités. »
« Il faut distinguer encore quatre espèces d'alliances, savoir : l'alliance offensive et défensive, l'alliance d'amitié , l'alliance de parenté , et l'alliance achetée par des présents, w
ce L'alliance achetée par des présents est la seule que j'approuve : car, dans toutes les alliances qui ne sont point accompagnées de présents , il ne peut y avoir d'amitié. »
«Celui qui attaque, étant le plus fort, ne se retire pastant qu'il n'a rien reçu : voilà pourquoi il ne connaît point d'autre alliance que celle achetée par des présents. »
Vous êtes très savant, dit le roi ; enseignez-nous donc ce qu'il faut faire. — Ah! que dites-vous? répondit le ministre.
« Quel est celui qui voudrait renoncer à la vertu pour ce corps que l'inquiétude , la maladie ou le chagrin peuvent détruire aujourd'hui ou demain? »
« La vie des mortels est aussi agitée que l'image de la lune sur la surface des eaux : l'homme, sachant
que telle est la vie, doit constamment pratiquer la vertu. »
« L'homme, en considérant celte existence fragile, et semblable aux vapeurs qui s'élèvent dans un désert , ne doit contracter amitié qu'avec les gens de bien, afin de conserver sa vertu et son bonheur. »
Voici, à mon avis, ce qu'il faut faire :
« Si Ton mettait dans une balance, d'un côté mille aswamédhas , et de l'autre la vérité, la vérité, à elle seule, l'emporterait sur les mille aswamédhas. »
ii faut que les deux rois prêtent serment au nom sacré de la vérité, et concluent l'alliance appelée ràlliance d'or. — Soit, dit Sarvadjna.
Alors le cygne traita le ministre Doûradarsin avec distinction, et lui fit présent de joyaux, de vêtements et de bijoux. Le ministre, satisfait, emmena le tchakravâka avec lui, et le conduisit auprès du paon. Le roi Tchitravarna, à la demande du vautour, combla Sarvadjna de marques d'honneur. Il lui fit des présents, et s'entretint avec lui ; puis il le renvoya auprès du cygne, après avoir ratifié le traité. Sire, dit Doûradarsin, noire désir est accompli; retournons maintenant dans le Vindhya, notre demeure.
Ils rentrèrent tous chez eux, et jouirent paisiblement du bonheur que leur cœur désirait.
Vichnousarman dit aux jeunes princes : J'ai fini de raconter le Sandhi ; dites-moi , faut-il que je vous raconte autre chose? — Maître, répondirent les jeunes princes, grâce à votre complaisance, nous connaissons tout ce qui concerne la pratique de l'art de régner, et nous sommes satisfaits. — Cependant, reprit Vichnousarman, écoutez encore ceci :
Puissent tous les souverains victorieux trouver toujours le bonheur dans la paix ! Puissent les gens de bien être heureux ! Puisse la renommée des hommes vertueux durer long-temps , et grandir ! Puisse la science de la politique se reposer continuellement sur le sein des ministres, comme une courtisane, et leur prodiguer ses baisers sur la bouche ! Puissent les ministres eux-mêmes s'élever de jour en jour aux plus hautes dignités !
APPENDICE
APPENDICE
Page ii.
Le Corbeau, le Rat, la Tortue et le Daim.
ettefable est tirée du Pa?Uc/jafan?ra(liv. ii,
^^^hb. i), d'où elle a passé dans le Livre de ^ ^-"S^ A''a///a et Dimna et dans les différentes <^^fce!^^ versions de cet ouvra2:e. Vovez :
Kalila and Dimna *, chap. vu, p. 192.
Aniuâr-i Souhaili ^, chap. m, p. 200.