‹ Hitopadésa, ou, L'Instruction utileChapitre 7 sur 55 · Vata, grand figuier de l'Inde {Ficus indica · texte numérisé non relu

Vata, grand figuier de l'Inde {Ficus indica

ici près de Tétang de Karpoûra : voilà ce que disent les chasseurs. Il faut donc songer au danger qui nous menace si nous restons ici demain, et aviser à ce que nous devons faire. A ces mots, la tortue fut saisie de peur. Je vais, dit-elle, abandonner l'étang. — Oui, dirent le corbeau et le daim. Hiranyaka réfléchit un instant. Une fois rentrée dans leau, dit-il, Manlhara serait en sûreté ; quelle ressource trouverait-elle sur la terre ferme ?

a Ce qui fait la force des animaux aquatiques , c'est l'eau ; ce qui fait la force des troupes d'une citadelle , c'est la citadelle ; ce qui fait la force des fantassins, c'est leur propre pays ; la principale force des rois, c'est leur armée. »

Mon ami Laghoupatanaka, voici quelle sera la conséquence du conseil que tu donnes :

Le fils d'un marchand , ayant vu de ses propres yeux presser le sein de sa femme , tomba dans un profond chagrin : il en sera ainsi de toi.

Comment cela? dirent le corbeau, le daim et la tortue. Hiranyaka raconta l'histoire suivante :

Le Prince, le Fils d'un Marchand et sa Femme.

ans le pays de Kànyakoubdja , il y avait un roi nommé Vîraséna, lequel avait confié le gouvernement de la ville de Yîrapoura au prince royal son fils. Ce prince se nommait Toungabala; il était jeune et très riche. Un jour, en se promenant dans sa ville , il aperçut une femme qui était dans la fleur de la jeunesse. Elle s'appelait Lâvanyavatî, et avait pour mari le fils d'un

marchand. Le prince rentra dans son palais le cœur épris d'amour pour celte femme et lui envoya une messagère.

« L'homme suit le chemin de la vertu, reste maître de SCS sens , conserve sa pudeur et garde sa modestie, tant que son cœur n'a point été atteint par les flèches que lance le regard des belles. Ces flèches , décochées par l'arc de longs sourcils qui se prolongent jusqu'à Toreille, et garnies de grands cils noirs, jettent le trouble dans notre âme. »

Lâvanyavatî , de son côté , dès qu'elle eut vu le prince , eut le cœur blessé par les flèches de l'amour et ne pensa plus qu'à lui.

On a dit :

« La fausseté, la haine, la perfidie, l'envie, la cupidité, la méchanceté et limpudicité sont des vices innés chez les femmes. »

Ayant entendu les propositions que lui faisait la messagère , Lâvanyavatî répondit : Je suis fidèle à mon mari et je ne souffre pas même le contact d'un autre homme.

« La véritable épouse est celle qui est adroite dans sa maison ; la véritable épouse est celle qui est féconde ; la véritable épouse est celle qui est fidèle à son mari ; la véritable épouse est celle qui est vertueuse. »

« La femme qui ne fait pas la joie de son mari ne mérite pas le nom d'épouse : quand un mari est content de sa femme , tous les dieux partagent sa satisfaction. »

« La beauté du kokila est dans son chant ; la beauté de la femme, c'est la fidélité envers son mari ;

la science est la beauté des hommes laids ; la patience est la beauté des ascètes qui pratiquent des austérités. »

« La femme dont le mari vante les qualités, la conduite et la vertu, est digne du nom d'épouse. En effet, le mari qui a eu le feu sacré pour témoin des sennents de sa femme est son protecteur. »

Aussi tout ce que m'ordonne le maître de ma vie, je l'exécute sans examen. — Est-ce bien vrai? demanda la messagère. — C'est la vérité même, répondit Làvanyavatî.

La messagère retourna auprès de Toungabala et lui rapporta tout cet entretien. Hé bien ! dit le prince après l'avoir entendue , il faut que son mari me l'amène et me la livre lui-même ; mais comment cela se pourra-l-il? — Il faut employer la ruse , répondit la messagère.

On a dit :

Ce qu'on peut faire par la ruse, on ne pourrait le faire par la force. Un éléphant fut tué par un chacal qui lavait attiré dans un bourbier.

Comment cela? dit le prince. La messagère raconta la fable suivante :

Le Chacal et l'Eléphant.

ans la forêt de Brahmâranya, il y avait un éléphant nommé Karpoûratilaka. Tous les chacals se disaient en le voyant : Si nous pouvions trouver un moyen de le faire mourir, son corps nous fournirait de quoi nous régaler pendant quatre mois. — Grâce à la force de

mon intelligence, leur dit un vieux chacal, je saurai bien le faire périr. Aussitôt le rusé s'approcha de Karpoûratilaka , et se prosternant devant lui : Seigneur, dit-il, accordez-moi la faveur de vous voir.^ Qui es-tu? doù viens-tu? demanda l'éléphant. — Je suis chacal , répondit le fourbe. Tous les animaux qui habitent la forêt se sont assemblés et m'ont envoyé vers votre seigneurie. Comme il n'est pas bon de rester sans roi , ils ont jugé qu'étant doué de toutes les qualités nécessaires à un prince, vous étiez digne d'être sacré et de régner sur cette forêt.

« Celui qui est irréprochable sous le rapport de la caste, de la famille et de la conduite , qui est illustre, qui pratique la justice et connaît la pohtique, est digne de régner sur la terre. »

Considérez encore ceci :

« 11 faut d'abord trouver un roi , puis une femme, et enfin acquérir des richesses. Sans roi, comment pourrait-on avoir, dans ce monde, une femme et des richesses? »

a De même que le nuage, le roi est un soutien pour les mortels. On vit néanmoins après que le nuage a disparu ; mais on ne pourrait vivre sans roi. »

a Dans ce monde, où l'on n'obéit presque toujours que pour ne pas avoir à encourir une peine , il est difficile de rencontrer un homme maître de ses sens et vertueux. C'est la crainte du châtiment qui fait qu'une femme de bonne famille obéit à un mari chétif, infirme, malade ou pauvre. x>

Que votre seigneurie ne laisse pas passer le moment favorable et vienne bien vite. En disant ces mots, le chacal se releva et s'en alla. Karpoûratilaka,

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entraîné par le désir de régner, suivit le chacal et s'engagea dans un bourbier profond. Mon ami, dit-il au chacal, que faire maintenant? Je suis tombé dans un bourbier. — Seigneur, répondit le chacal en souriant, prenez le bout de ma queue avec votre trompe, et relevez-vous. Vous avez ajouté foi à mes paroles : voilà le fruit de votre crédulité.

On a dit :

« Toutes les fois que vous serez privé de la société des gens de bien, vous tomberez au milieu des méchants. »

L éléphant s'enfonça dans le bourbier et fut dévoré par les chacals.

Voilà pourquoi je dis : Ce qu'on peut faire par la ruse, etc.

D'après le conseil de la messagère, le jeune prince prit à son service le fils du marchand, que l'on nommait Tchâroudanta ; puis il lui accorda toute sa confiance et Tadmit dans son intimité. Un jour, après s'être baigné, parfumé et paré de ses bijoux, il lui dit : Je vais pendant un mois célébrer une cérémonie en l'honneur de Gaurî. A partir d'aujourd'hui, lu m'amèneras chaque soir une jeune femme de bonne famille, que j'honorerai selon les règles prescrites. Tchâroudanta amena au prince une jeune femme comme il la demandait , et la lui présenta ; puis il se cacha pour épier ce qu'il allait faire. Toungabala, sans toucher la jeune femme ni même s'approcher d'elle , lui tit présent de vêtements , de bijoux , de parfums et de sandal * ; il lui donna un garde pour l'accompagner et la congédia sur-le-champ. Le fils

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