‹ Hitopadésa, ou, L'Instruction utileChapitre 8 sur 55 · Voyez la note, page · texte numérisé non relu

Voyez la note, page

du marchand, à qui la vue de cette scène avait inspiré de la confiance , se laissa entraîner par la cujjidité. 11 amena sa femme et la présenta au prince. ïoungabala reconnut Lâvanyavalî , si chère à son cœur. Il se leva précipitamment et l'embrassa avec transport ; puis , fermant les yeux à demi , tant il était heureux , il lentraîna sur un sofa , et se livra avec elle aux plaisirs de l'amour. A ce spectacle , le fds du marchand resta immobile comme une peinture ; il ne sut ce qu'il devait faire et tomba dans un profond chagrin.

Voilà pourquoi je dis : Le fils d'un marchand, ayant vu de ses propres yeux presser le sein de sa femme, etc. Il en sera de même pour toi.

Manthara ne tint aucun compte de ces sages avis ; elle fut comme troublée par la crainte, et abandonna le séjour des eaux pour s'en aller. Hiranyaka et ses deux autres amis la suivirent. Pendant qu'elle marchait sur la terre ferme, elle fut rencontrée par un chasseur qui parcourait la forêt. Le chasseur la ramassa et l'attacha à son arc. Comme il avait faim et soif, il prit le chemin de sa maison. Le daim, le corbeau et le rat le suivirent avec tristesse , et Hiranyaka dit d'une voix plaintive :

ce Tel qu'un navigateur qui ne peut atteindre au rivage de l'Océan , je ne suis pas encore arrivé au terme d'un premier malheur, quand un second vient m'accabler. Dans l'infortune , tous les maux se succèdent. »

a L'ami que nous donne la nature, et qui naît pour notre bonheur, conserve cette affection naturelle même dans l'infortune. »

ce Les hommes n'ont pas en leur mère, en leurs femmes, en leur frère ni en leur fils, autant de confiance qu'en un ami donné par la nature. »

Ah ! s'écria -t-il après avoir fait ces réflexions , quelle malheureuse destinée que la mienne !

« Le bonheur et le malheur qui nous arrivent dans le cours du temps sont le résultat de nos œuvres. Dans ce monde même, je le vois , la différence des conditions est la conséquence des actions commises dans une vie précédente. »

« Ce corps est périssable; la prospérité conduit à l'infortune ; les liaisons amènent les séparations ; tout ce qui naît est fragile. »

Puis il réfléchit et continua ainsi :

« Qui donc a créé cette perle, ce mot de deux syllabes : AMI , ce mot qui nous protège contre la douleur, contre nos ennemis et contre le danger, et qui est comme un vase dans lequel nous pouvons déposer notre affection et notre confiance? »

« L'ami dont l'affection est comme un élixir qui prolonge la vie , l'ami qui est le plaisir des yeux et la satisfaction du cœur , l'ami qui est un vase où l'on dépose ses joies et ses douleurs, est difficile à trouver. Quant à ces autres amis qui , dans le temps de notre prospérité , sont attirés vers nous par l'appât de nos richesses, nous en rencontrons partout : l'adversité est la pierre de touche qui sert à les éprouver. »

Après s'être ainsi lamenté , Hiranyaka dit à Tchitranga et à Laghoupatanaka : Avant que ce chasseur soit sorti de la forêt, tâchons de délivrer Manthara. — Hé bien ! lui répondirent ses deux amis , dis-nous tout

de suite ce qu'il faut faire. — Que Tcbitranga aille au bord de l'eau et fasse le mort , reprit Hiranyaka, et que le corbeau se mette sur lui et le pique à coups de bec. Le chasseur voudra manger de la chair de daim : il laissera là la tortue et courra de ce côté. Pendant ce temps , je rongerai les liens qui retiennent Manthara.

Tchitranga et Laghoupatanaka s'empressèrent de mettre à exécution ce que le rat leur disait de faire. Le chasseur, fatigué, avait bu de l'eau et s'était assis au pied d'un arbre, lorsque tout-à-coup il aperçut le daim dans cette position. Il saisit son couteau, et courut avec joie vers le daim. Pendant ce temps, Hiranyaka alla couper les liens de Manthara , et la tortue rentra aussitôt dans l'eau. Le daim, dès qu'il vit le chasseur s'approcher, se releva et prit la fuite. Le chasseur retourna sur ses pas, et, en arrivant au pied de Tarbre, il ne vit plus la tortue. Alors , il se dit en lui-même : Voilà ce que j'ai mérité en agissant sans réflexion.

« Celui qui abandonne le certain pour courir après l'incertain perd à la fois le certain et l'incertain, w

Puis il rentra chez lui trompé dans son espoir par sa faute.

Il faut se faire des amis et se lier avec les faibles comme avec les forts. Voyez : la reine des tortues fut délivrée de ses liens par le rat.

Manthara et ses compagnons , sauvés de l'infortune, retournèrent à leur demeure et vécurent heureux.

Les jeunes princes furent charmés et dirent à Vichnousarman : Nous avons été heureux d'entendre tout

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ce que vous venez de nous raconter, et nos souhaits sont accomplis. — Votre désir est donc satisfait, reprit Vichnousarman. Ecoutez encore ceci :

Puissent les gens de bien trouver un ami ! Puisse Lakchmî favoriser les hommes 1 Puissent les rois proléger le monde, et ne jamais s'écarter de leur devoir! Puisse la science politique donner la satisfaction du cœur aux hommes vertueux, etêtre pour vous comme une nouvelle épouse ! Puisse le dieu qui porte un croissant de la lune en guise de diadème * répandre ie bonheur sur le genre humain !

i. Siva.

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