‹ Hitopadésa, ou L'instruction utile: recueil d'apologues et de contesChapitre 11 sur 131 · LIVRE PREMIER I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER I

a La célébratîoii du sacrifice, l'étude des livres sacrés, la pratique des aumônes, ks austérités, la véracité, la constance, la patience et le désintéressement : voilà ce qui constitue la voie que Ton doit suivre, et ce qu'on appelle les huit espèces de devoirs. »

« Parmi ces vertus, les quatre premières peuvent être pratiquées par hypocrisie; mais les quatre autres ne se rencontrent que dans une Ime élevée. »

J'ai renoncé i la cupidité, au point que je veux donner à n'importe qui ce bracelet d'or que je tiens. Mais, dit-on, le tigre mange l'homme : telle est l'opinion du monde, et cette opinion est di£i* cile à détruire.

« Les hommes, toujours disposés à se former leurs opinions les uns d'après les autres, nous proposent comme des exemples de vertu une entremetteuse qui donne des leçons de sagesse, et un hràlmume qui s'est rendu coupable du meurtre d'une vache. »

J'ai aussi étudié les I^iarmasâstias.

Écoutez :

« La noutritnte est, poor l'homme qui a faim, ce qn'est la pluie pour un sol desséché. Fils de Pan-

dou, la bien&isance qui s'exerce à P^ard du pauvre s'exerce toujours avec fruit. »

« Si notre existence nous est chère, les autres êtres ne tiennent pas moins que nous à la vie. Cest en jugeant d'après eux-mêmes que les hommes vertueux éprouvent de la pitié pour le reste des créatures. »

« En fait de refus et de dons, de bonheur et de malheur, de plaisir et de peine, l'homme trouve dans la comparaison qu'il fait entre lui-même et les autres créatures une r^le de conduite qui lui indique ce qu'il doit faire. »

« La véritable science consiste à regarder la femme d'un autre comme une mère, le bien d'autrui comme de la poussière, et les autres êtres comme soi-même. »

Vous êtes pauvre : c'est pour cette raison que je veux vous donner ce bracelet.

On a dit :

« Fils de Kountf , soulage les pauvres et ne donne pas au riche. Les médicaments conviennent au malade ; mais à quoi bon les médicaments pour celui qui se porte bien ? »

« Il faut être charitable, et la charité bien faite est celle que l'on exerce à l'égard des gens recon>

musants, et qui réunit les tiens omditioasdelieu, de temps et de mérite. »

Faites donc vos aUudons dans cet £tang, et prenez ce bracelet d'or.

Le voyageur, entraîné par la cujndité, se laissa séduire par ces paroles ; mais i pane fut-il entré dans l'étang pour y faire ses ablutions, qu'il s'embarrassa dans un bourbier d'où il ne put se retirer. Ah I ah I dit le tigre en le voyant dans cette position, vous vous Êtes enfoncé dans un bourbier : je

En disant ces mots, il s'approcha à saisit le voyageur. Celui-ci fit les r

« n n'importe que le méchant dise qu'il étudie le Dharmasâstra et lit les Védas ; l'instinct naturel donûne en lui, de même que le lait des vaches est naturellement doux. »

« Les œuvres de ceux qui n'ont dompté ai leurs sens ni leur esprit ressemblent â un bain que l'on ferait prendre â un éléphant. Satts les ceuvres, la sdence n'est qu'un fardeau inutile, comme une parure sur une femme que l'on n'aime pas. »

J'ai eu ton de me fier à un animal si féroce.

Onadit :

« Il ne ùut se £er ni aux lirîères, ni aux gens armés, ni aux animaux qui ont des giifies on des cornes, ni aux femmes, ni aux pfinoes. »

« Les penchants naturels d'un chacun doivem être mis à l'épreuve, non pas les antres qualités : en effet, lenamrd remporte sur toutes les qualités et se place à la tête. »

a La lune, qui parcourt Pespace, qui nous purifie de nos souillures, qui brille de mille rayons lunn-> lieux et marche environnée des étoiles, la lune dle-même, subissant l'influence du destin, est dévorée par Râhou. Quel est l'être qui peut échapper ■X la destinée écrite sur son front ? »

Tout en faisant ces réflexions, le voyageur. fut tué et dévoré par le tigre.

Voilà pourquoi je dis : Un voyageur sédnit par l'appât d'un bracelet, etc. Ausâ ne fsiut-il jamais rien faire sans avoir bien réfléchi.

u Un aliment bien digéré, un fils qui a du discernement, une femme bien gouvernée, un prince fidèlement servi, une parole dite avec réflexion et une action bien pesée, sont autant de choses qui ne peuvent devenir mauvaises, même au bout d'un long espace de temps. »

En entendant ces paroles, un des pigeons s'é-

cria d'un ton arrogant : Ah I qu'est-ce qu'il nous dît?

Sans doute, dans une circonstance malheureuse, on doit écouter les avis d'un vieillard ; mais, s'il fallait toujours agir avec autant de drconspeaion, on n'oserdt pas même chercher sa nourriture.

« Sur cette terre, on ne peut rien se procurer sans alarmes, pas même la nourriture et la boisson. Alors, dans quel cas faut-il agir, et comment vivre? »

On a dit :

« L'envieux, le médisant, celui qui n'est jamais satisfait, l'homme irascible, celui qui a toujours peur et celui qui vit aux dépens d'autruî, ont tous les six une destinée malheureuse. »

A ces mots, tous les pigeons se jetèrent sur les grains de riz.

« Les hommes même les plus versés dans la science et dans la connaissance des Védas, et capables de lever toute espèce de doutes, éprouvent de Faffiîction dès qu'ils se laissent égarer par la cupt^té. »

« De la cupidité vient la colère ; de la cupidité naît le désir ; de la cupidité résultent la folie et la mort ; la cupidité est la cause du crime. »

ff L'existence d'une biche d'or est une chose qui n'est pas dans la nature : cependant Râma eut k désir d'une pareille biche. Lorsque le temps de l'adversité est venu, l'intelligence des héros euxmêmes se trouble. »

Au même instant, les pigeons se trouvèrent pris dans le filet, et ils accablèrent de reproches celui qui, par ses conseils, les avait fait tomber dans le pi^e.

« n ne faut jamais se mettre à la tête des autres : car, si l'entreprise réussit, on n'en obtient pas une meilleure part ; et, si elle vient à échouer, c'est le chef qui est la victime. »

On a dit :

« Ne pas dompter ses sens, c'est ce qu'on appelle prendre le chemin qui conduit à l'infortime ; les vaincre, c'est entrer dans la voie de la prospérité. Qpe chacun choisisse entre ces deux routes celle qui lui plaît. »

Ce n'est pas sa faute, dit Tchitragriva en les entendant faire des reproches à leur compagnon.

« Celui qui nous veut du bien est quelquefois la cause des malheurs qui nous arrivent : ainsi la jambe de sa mère devient un poteau pour le veau que l'on y attache. »

LH-RE PREMIER as

■ Le véritable ami est celni qui peut aoas letirer du malheur lorsque nous y sommes tombés, et qui ne sait mettre aucun retard quand il s'agit de chercher un moyen de nous sauver. •

Dans l'adveràté, te découragement est une marque de lâcheté. Montrons donc de la résolutioa et cherchons un moyen de salut.

« Le courage dans l'adversité, la modération dans la prospérité, l'éloquence dans uneassemMée, la bravoure dans le «Hnbat, l'ambition de la gloire et l'applicaiion i l'étude des Védas, voilà ce que la nature a nùs dans les grandes imes. ■

« Celui qui ne montre ni joie dans la prospérité ni abattement dans l'infortune, et qui déploie delà valeur dans le combat, est une sorte de merreille qui porte la marque distinctive (i) des tnùs mondes : il est rare qu'une mère dotme le jour à un pareil fils, s

■ Dans ce monde, l'homme qui désire la prospérité doit éviter SX défauts; ce sont : la nonchalance, la paresse, la crainte, la colère, l'oiàveté et la lenteur, g

(l) LitlinlnDEnl : h HlaU ia Irait mmJn. Le lOakl CM oD ^g« une ta HiniloDi u ptigncm nu k front, conunt ornemcBi DU cimuiiï marque de dïniiii:iiini de sede.

Maintenant, voici ce qu'il faut faire : envoloasnous tous d'un commun accord, et emportoiss le filet.

« La réunion de petites choses conduit à an grand résultat : des brins d'herbe tressés en forme de corde suffisent pour attacher un éléphsmt furieux. »

« Ce que l'homme peut faire de mieux est de s'unir avec les siens, si chétifs qu'ils soient. Les grains de riz ne peuvent germer lorsqu'ils sont dépouillés de leur pellicule. »

Dès qu'il eut fait ces réflexions, tous les pigeons prirent leur vol et enlevèrent le filet. L'oisefenr, les voyant de loin emporter son filet, se mit à leur poursuite en disant :

Ces oiseaux ont réuni leurs efforts et enlèvent mon filet ; mais, lorsqu'ils s'abattront, ils tomberont en mon pouvoir.

lî les perdit de vue presque aussitôt et s'arrêta. Les pigeons, voyant l'oiseleur s'arrêter, demandèrent ce qu'ils devaient faire. Tchitragrîva leur dit:

ce Une mère, un ami, un père, ont pour nous une affection qui prend sa source dans la nature \ mais il y a encore d'autres personnes qui nous

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