‹ Hitopadésa, ou L'instruction utile: recueil d'apologues et de contesChapitre 26 sur 131 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ne peuvent être agréables à Thomme glacé de froid, ni ceux du soleil à celui qui est accablé par la chaleur. »

« Quel amour peut inspirer un homme qui montre des cheveux blancs ? Les femmes donnent leur cœur à un autre, et regardent un pareil époux comme une médecine. »

Mais le vieux bonhomme était éperdument amoureux d'elle.

« L'amour des richesses et le désir de vivre sont deux sentiments très vifs chez tous les mortels ; mais pour un vieillard, une jeune femme est un bien plus précieux que la vie même. »

« Le vieîHard ne peut ni jouir de l'objet de son amour, ni y renoncer ; il est comme le chien qui a perdu ses dents et qui ne peut plus que lécher un os avec sa langue. »

Ltîâvat!, fière de sa jeunesse, compromettait l'honneur de sa famille et entretenait des relations avec le fils d'un marchand.

« Vivre dans l'indépendance ; rester dans la maison de son père; paraître dans les fêtes publiques; ne montrer aucune retenue devant les hommes, dans une réunion ; habiter un pays étranger; fréquenter continuellement des femmes

de mauvaise vie ; dissiper sa fortune ; avoir un vieux mari et envier aux autres leur fécondité : voilà ce qui cause la perdition d'une fenmie. »

« Se livrer à la boisson ; fréquenter mauvaise compagnie ; s'éloigner de son mari ; courir de cdté et d'autre; dormir continuellement et demeurer dans une maison étrangère, ce sont là six actions honteuses pour une femme. »

« O Nârada, les femmes sont vermeuses tant qu'elles ne trouvent ni lieu, ni moment favorable, ni un homme qui sollicite leurs faveurs. »

« Il n'existe pas un homme pour lequel les femmes aient de l'aversion ou de l'amour ; les fenunes sont conune la vache qui cherche l'herbe nouvelle dans la forêt : ce qu'elles désirent, c'est du nouveau, du nouveau. »

« A la vue d'un homme élégamment vêtu, serait-ce même un frère ou un fils, les femmes éprouvent des désirs déréglés. O Nârada 1 c'est une vérité incontestable 1 »

« Les femmes sont toujours inconstantes, même celles des dieux, dit-on. Heureux les hommes dont les femmes sont bien gardées ! »

« Si la femme est chaste, ce n'est ni par pudeur, ni par retenue, ni par vertu, ni par crainte ; c'est

seulement parce que persoiuie n'a soUkîtë ses

m La femme est comme un vase plein de beurre clarifié ; l'homme ressemble d un charbon ardent : Misa le sage ne dmt-W jamais mettre ensemble le beune et le feu. »

« Une femme di^t être sous la garde de son père pendant son enfance , sous la garde de son mari pendant sa jeunesse, et sous celle de ses fils pendant sa vieillesse : jamais elle ne dent Être indépendante. »

K D ne faut pas demeurer dans un lieu solitaire avec sa mère, sa soeur ou sa fille : les sens réunis sont puissants; ils entraînent même le sage. »

Un joiu:, LllivaH, mollement étendue sur un sofa enrichi de [nenes précieuses, auprès de son amant, s'entretenait d'amout avec lui, lorsque tout i coup elle vit venir son mari. Elle se leva bien ^te, saiât le bonhomme par les cheveux, le serra étroitement datis ses bras et lui donna un baiser. Pendant ce temps, le galant se sauva.

On 3 dit :

« Toute la science que possède Ousanas, toute la sdence que possède Viihaspati, la nature même l'a donnée à l'esprit de la femme. »

La voyant embrasser ainsi son mari, une entremetteuse qui se trouvait là se dit en eUe-mème :

Est-ce sans motif qu'elle le serre dans ses bras?

Et, sachant que le galant était la cause de ce qui s'était passé, elle obligea Lilâvatt de lui donner une somme d'argent pour acheter son ^ence.

Voilà pourquoi je dis :

Une jeune femme saisit tout à coup son vieux mari par les cheveux, etc. Ce rat est d'une force extraordinaire, et cette force doit avoir une cause. Cette force, ajouta le religieux mendiant après un moment de réflexion , ne peut avoir d'autre cause qu'une nnmense fortune.

« Partout et toujours, dans ce monde, le richeest puissant : la majesté des rois eux-mêmes a sa source dans la richesse. »

Puis le religieux prit une bêche, bêcha mon trou et s'empara des richesses que j'avsds amassées depuis longtemps. Dès lors, je perdis tons les jours mes forces et mon énergie naturelle ; je ne pouvaû plus me procurer ma subsistance, et je m'approchais tout doucement et avec crdnte. Tchoûdàkama m'aperçut et dît à son ami :

Avec la richesse, tout homme est puissant ; on

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est savant avec la nche«e. Vorcz ce râsênlkàeratt : le voilà maîntenant an mveja de tons czcs de ttm espèce.

c Qjiand mi boumie peu ■ i HpiTTig^m '^ pcroB sa forttme, tontes ses œnrress'éTaQOBisBegt, demiêaie que les petits misseanx se A'VHpjiriii jimdawr les chakurs de Tété, m

« Le ridie a des aims; le ikhe a des puoniis : le riche est nn houai i e îuiyonjia dans le monde; le ridie est regardé oonwue tm urauL «

K L^a maison d'un homme cjm n'a point de fils est une maison vide ; il en est de même ponr oeâm qui n'a pas un bon ami ; pour Fignoxant, les régions de rmiivers sont vides ; tout est vide dans la pauvreté, b

<r Entre la pauvreté et la moit, on dnt, £{-00, préférer la pauvreté. La moit ne nous cause <|a''nne sooffianoe l^iëre, tandis qoe la paovretf est un louim e n t insupportable. *

K On a beau mre qœ les organes des sens sont intacts, ce if est qu'on mot ; que fintelfigenoe reste entière^ ce n'est encore là qu'un mot t l'homme qui a perdu sa fortune devient tout autre en m instant ; c^est une dbose étonnante ! 9

En entendant CCS paroles, je me ms en moiHncme :

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Je ne dois pas rester ici, ni raconter à personne ce qui vient de m'arriver.

« L'honune sensé ne doit faire connaître ni la perte de sa fortune, ni ses peines de cœur, ni k mal que l'on fait chez lui, ni ses déceptions, ni les afironts qu'il reçoit. »

« Son âge, sa fortune, ses chagrins domestiques, un avis secret, le commerce charnel, les remèdes dont on fait usage, les austérités que Ton pratique, ses aumônes, et les humiliations que l'on éprouve : voilà neuf choses qu'il faut cacher avec soin. »

On a dit :

« Lorsque le destin lui est tout à fait contraire, et qu'il échoue malgré ses efforts, l'homme sensé, mais pauvre, peut-il trouver le bonheur ailleurs que dans une forêt? »

« L'homme sensé meurt sans se plaindre ; mais il n'accepte pas la pauvreté. Le feu peut bien s'éteindre ; mais il ne peut se refroidir. »

« Pour Thomme intelligent, comme pour un bouquet de fleurs, il n'y a que deux conditions possibles : il faut qu'il s'élève au-dessus de toutes les têtes, ou qu'il se dessèche dans la forêt. »

Vivre ici en mendiant, ce serait honteux !

IIVKE niEMIEX

« Qjund on a pefdn sa famme, nnenx vant livrer sa vie an bAcbô- qœ de éaaanda tptiqae chose A im avaie qui n'uine pas i raidie service. »

■ Avec la pauvreté, nMmme arrive i la déccosidération ; quand il est déconsidéré, cese d'être hcnmtte ; une fois qn^ a. podn l'honnêteté, 3 est méprisé; méprisé, il se décourage; an décoor^ement succède chez Ini le désespor ; vaincu par le désespoir, il perd la raison, et, loisqa'il a perdn la raison, il marche i sa ruine. Afa ! la pauvreté est la source de tous les maux ! ■

s Ifeus vant se taiie que de mentir ; mieira vaut être impuissant qn'aduttëie ; mieux vaut mourir que de trouver dn fdaisir dans la calomnie ; mienz vaut vivre d'aumânes que d'être heureux en mangeant le bien d'antnii. »

K Mieux vaut une maison vide qu'un mari impuissant ; mieux vaut avoir pour femme une courtisane qu'une fille de bonne Camille qui se conduit mal ; mieux vaut habiter une forêt qu'une ville ob règne un prince dépourvu de jugement ; mieux vaut renoncer à la vie que de vivre avec des gens mépiisables. •

« L'état de dépendance dte 1 l'homme toute sa

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fierté ; la lumière dissipe les ténèbres ; la vidUesse détruit la beauté ;.les mots Hari, Hara, nous délivrent de nos fautes : de même la mendicité nous fait perdre une foule de qualités. »

Hé quoi ! me disais-je après avoir fait ces réflexions, vais-je vivre aux dépens des autres? Hélas ! ce serait m'ouvrir une seconde porte pour arriver à la mort.

« N'avoir que des connaissances superfidelks, acheter Tamour à prix d'argent, et devoir sa subâstance à autrui, voilà trois choses mortifiantes pour des hommes de cœur. »

« Pour Thomme qui est malade, qui fait un long voyage, qui vit aux dépens d'autrui, ou qui dort sous un toit étranger, la vie, c'est la mort : la mort est pour lui le repos. »

Après m'étre livré à ces réflexions, je me laissai entraîner par la cupidité, et j'essayai d'amasser une nouvelle fortune.

On a dit :

« La cupidité £sdt perdre la raison, la capidité engendre la soif des richesses, et Thomme tourmenté par la soif des richesses ne trouve qu'afliiction dans ce monde et dans l'autre. »

Alors Vlnâkama me donna un coup du bâton

Je bambou fendu, et je me dis : Celui qui se laisse aller i la cupidité u'est januis content et se fait du loal à lui-mÉme.

u Celui qui oiuvoite la richesse n'est jamais content ; il ne sait ni se modérer, ni dompter ses sens : tous les malheurs accablent l'homme dont le cceur n'est jamais satisfait. ■

« Le bonheur est tout entier pour l'homme dont le coeur est satisfait : pour celui qui a le pied chaUiSSé, la terre n'est-elle pas en quelque sorte toute couverte de cuir ? »

a Les hommes qui désirent la richesse et qui courent partout après ia fortune peuvent-ils trouver le bonheur comme ceux qui ont l'e^t tranquille et le coeur réjoui par l'ambroisie de ia salisfaaion? n

a II a tout lu, il a tout appris, il a tout pratiqué, celui qui a renoncé ans. désirs et qui vit sans lie»

« Heureuse est la vie de l'homme qui ne s'est jamais incliné à b porte des grands, qui n'a jamais coniui les chagrins d'une séparation, et n'a jamais dit une parole en vain ! »

« Cent yodjanas ne sont pas une grande distance pour l'homme entraîné par la cupidité ; mais celui

qui est content de son sort ne fait pas attention à la fortune, même lorsqu'il la trouve sous sa main. »

Dans ce monde, la meilleure chose est de savdr distinguer ce que l'on doit faire, afin d'agir suivant sa condition.

« Qp'est-ce que la vertu ? Cest la sensibilité à regard de toutes les créatures. Qp'est-ce que le bonheur? Pour les êtres de ce monde, c'est la santé. Qp'est<e que l'anûtié ? Cest le sentiment d'un bon naturel. Qu'est-ce que la sdence? Cest le discernement. »

« En effet, le discernement est la sdence, quand vient l'adversité ; ceux qui agissent sans discernement rencontrent le malheur à chaque pas qu'ils font. »

« Il faut sacrifier un individu pour sauver une famille, et une famille pour sauver un village ; il faut sacrifier un village pour le salut de l'humanité, et, pour sa propre conservation, il faut sacrifier la terre entière. »

« En s'élevant à la hauteur des êtres supérieurs, on recueille le finît de son élévation suivant ses œuvres : Vâsouki lui-même, suspendu au cou de Hara, est un ascète. »

LIWE PREMIER

a De l'eau que l'on peut se procurer sans ou des mets délicats au milieu des alannes ce que je vob quand je réfléchis : le bonht dans le repos, n

Après avoir fait ces réflexions, je raeretir: une forêt solitaire.

« Mieux vaut se retirer dans une forêt l par les tigres et les éléphants, avoir les arbre demeure, des fruits mûrs et de l'eau pour t ture, l'herbe pour lit, et un vêtement d'écort de vivre au milieu de sa famille, lorsque T rédiût i la pauvreté. •

Grâce i l'heureuse destinée que m'ont mes oeuvres dans une vie précédente, j'ai bonheur de me lier avec cet ami que voici, jonrd'hui, gilce encore à mes bonnes action ime vie antérieure, j'ai trouvé le del m£i venant auprès de vous.

> L'arbre empoisonné de cette vie produi fruits délicieux : la jouissance que donnent le: cenrs de la poésie, et la société des gens de b

« La société d'un ami, la dévotion Késava, et les ablutions dans l'eau du C voilà, dans ce monde iimpide, trois choses lentes et qu'il faut conserver, »

Manthara dit A son tour :

« Les richesses ressemblent à h pousàèie qui s'attache aux [neds ; la jeunesse , à un torrent rapide qui se précipite d'une montagne; Itiumaaité est changeante et mobile comme une goutte d'eau ; la vie est comme l'écume. Celui qui ne pratique pas avec une fenne résolution la vertu, cette def qui ouvre la porte du del , est tourmenté plus tard par le remords , taat qu'enfin , courbé par la vieillesse, il meurt consumé par le feu de la douleur. B

Vous avieï amassé trop de richesses : c'est cette faute qui a causé votre malheur.

Écoutez:

" La libéralité est un moyen de conserver la fortune que l'on a acquise , de même qu'uit canal empêche de se perdre les eaux qui sont dans l'intérieur d'un étang. »

« L'avare, en enfouissant ses richesses dans le sein de la terre, leur fait prendre avant lui k chemin qui conduit au séjour ténébreux, a

Il Celui qui met obstacle i son bonheur et désire amasser des richesses ressemble au portefaix , qui porte des fardeaus pour les autres : il est toujours dans la peine. »

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