LIVRE PREMIER
Tchandrabhâgâ et y a établi son camp. Demain matin il sera ifi près de l'étang de Karpoûra : voilà ce que disent les chasseurs. Il faut donc songer au danger qui nous menace si nous restons ici demain, et aviser à ce que nous devons faire. A ces mots, la tortue fut saisie de peur. Je vais , dit-elle, abandonner Tétang. — Oui, dirent le corbeau et le daim. Hiranyaka réfléchit un instant. Une fois rentrée dans Peau, dit-il, Manthara serait en sûreté ; quelle ressource trouverait-elle sur la terre ferme ?
« Ce qui fait la force des animaux aquatiques , c'est l'eau; ce qui fait la force des troupes d'une citadelle, c'est la citadelle ; ce qui fait la force des fantassins, c'est leur propre pays; la prindpale force des rois, c'est leur armée. »
Mon ami Laghoupatanaka , voici quelle sera laconséquence du conseil que tu donnes :
Le fils d'un marchand , ayant vu de ses propres yeux presser le sdn de sa femme, tomba dans un profond chagrin : il en sera ainsi de toi.
Comment cela ? dirent le corbeau , le daim et la tortue. Hiranyaka raconta l'histoire suivante :
^8 HITOPAOÉSA
Vni. — LE PRINCE^ LE FILS d'ON MARCHAND ET SA FEMME.
AKS le pays de Kânyakoubdja, il y avak un roi nommé Vfraséna, lequd avait confié le gouvernement de la ville de Vîrapoura au prince royal son fils. Ce prince se nommait Toungabala; il était jeune et très riche. Un jour, en se promenant dans sa ville, il aperçut une femme qui était dans la âeur de la jeunesse. Elle s'appelait Lâvanyavati, et avait pour maii le fils d'un marchand. Le prince rentra dans son palais le cœur épris d'amour pour cette femme et lui envoya une messagère.
« L'homme suit le chemin de la vertu, reste maître de ses sens , conserve sa pudeur et garde sa modestie, tant que son cœur n*a point été atteint par les âèches que lance k r^aid <ks belles. Ces flèches , décochées par Tare de longs sourcils qui se prolongent jusqu'à r<xreille, et garnies de grands dis noirs, jettent le trouble •dans notre âme. »
Lâvanyavatî , de son côté , dès qu'elle eut vu le prince, eut le cœur blessé par les flèches de l'Amour et ne pensa plus qu'à lui.