‹ Hitopadésa, ou L'instruction utile: recueil d'apologues et de contesChapitre 40 sur 131 · I. — LE TAUREAU, LES DEUX CHACALS ET LE UOK · texte numérisé non relu

I. — LE TAUREAU, LES DEUX CHACALS ET LE UOK

ANS le Dakchina, il y a une ville que Ton appelle Souvarnavati. Dans cette ville habitait un marchand très riche nommé Varddhamâna. Quoique possesseur d'une inmiensc fortune, cet homme, voyant tous ses parents fort riches, voulut amasser de nouvelles richesses.

« Quel est l'homme qui ne se trouve pas plus grand lorsqu'il regarde au-dessous de lui ? Ceux qui regardent au-dessus d'eux sont toujours pauvres. »

« L'homme même qui s'est rendu coupable du meurtre d'un brahmane sera vénéré s'il possède une grande fortune. Le pauvre, serai^41 même d'une race égale à celle de la lune (i), est tOu}<Hirs méprisé. »

« Lakchm! ne veut pas accorder sa faveur à un homme indolent, paresseux, qui n'a foi qu'en la

(i) Nom de l'une des deux plus ândennes dynasties qui régnèrent daat l'Inde. La Mpiide des prisces de cette dynastie fut d'abord Pratichthftna, ville située près du confluent du Gmm^ «t de la YamounA, dans la contrée appelée aujourd'hui Doâb. Plus tard, les desceiMUnts dé oes princes écendirent Itrnrt poê se eslons dans le Kouroukcbètra, et fondèrent successivement Indraprastha, Hastiniponra et Kaosambl.

LIVIŒ DEUXIÈME 9I

destinée et manque d'énergie, de même qu^one jeime femme n'aime pas à prendre mi vieil époux. »

c La paresse, le libertinage, la maladie, rattachement pour le pays natal, la satisfaction et la timidité, sont six obstacles à notre agrandissement. »

« Lorsqu'un homme se contente d'une petite forttme, le destin est, je crois, satisfait, et ne vient pas la lui augmenter. »

« Puisse aucune femme ne mettre au monde un ôls indexent, ne donnant aucune satisfaction, manquant d'énergie et £ûsant la joie de ses ennemis ! »

On a dit:

c( Quand on n'a rien, il faut chercher à acquérir; lorsqu'on a acquis, il faut conserver avec scnn ; en conservant sa fortime, il faut l'augmenter, et, quand on l'a augmentée, il faut l'employer à \dsiter les lieux de pèlerinage. »

« L'homme qui désire ce qu'il n'a pas ne peut arriver à la fortune que par des efforts continuels ; mais le bien aoqids, si l'on n'a pas soin de le conserver, se perd de lui-même. »

« Une fortune qu'on n'augmente pas avec le temps a beau n'être pas prodiguée , elle finit par se perdre comme l'andjana; et la richesse, dès qu'on n'en jouit pas, devient une chose inutile. »

On a dit :

ce A quoi sert la richesse à celui qui ne donne rien aux autres et ne jouit pas lui-même de ce qu'il possède ? A quoi sert la force à celui qui n'oppose aucune résistance à ses ennemis? A quoi servirait la connaissance des livres sacrés à celui qui ne pratiquerait pas la vertu ? A quoi servirait une âme à celui qui ne serait pas m^tre de ses sens? »

« En voyant fondre Tandjana et s'amasser les fourmilières, l'homme doit utiliser ses jours et les consacrer à des actes de charité, à Fétude des livres sacrés et à des oeuvres pieuses. »

« Des gouttes d'eau qui tombent dans un vase le remplissent peu à peu : il en est de même de toutes les sciences, de la vertu et de la richesse. »

« Celui qui passe ses jours sans jouir de sa fortune et sans rien donner aux autres ressemble au soufflet d'un forgeron : il respire, mais ne vit pas. »

Ayant fait ces réflexions, le marchand attela deux taureaux, nommés Sandjivaka et Nandaka, à un chariot qu'il remplit de différentes sortes de marchandises, et partit pour Kâsmîra dans l'intention de faire du commerce.

« Est-il un fardeau trop lourd pour ceux qui

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