LIVRE DEUXIEME
maître lorsqu'il a besoin d'eux ? N'est-on pas oblige
de nourrir ses serviteurs et ses femmes ? »
« Quand il s'agit de nourrir ses serviteurs, de
servir son maître, de pratiquer ses devoirs et de
donner le jour à un fils, on ne peut être remplacé
par personne. »
Alors l'âne se fâcha. Tu es un méchant, s'écria-
t-il, puisque, dans un moment critique, tu négliges
les intérêts de notre maître ! £h bien ! c'est moi
qui l'éveillerai.
* « On doit adorer le soleil sur le dos; le feu, sur
le ventre ; un maître, de toute son âme, et le ciel,
avec sincérité. »
En disant ces mots, il poussa un grand cri. Le
teinturier fut réveillé par ce cri, et, furieux de voir son sommeil interrompu, il se leva et donna à l'âne tant de coups de bâton que le pauvre animal en mourut.
Voilà pourquoi je dis : Celui qui, par intérêt pour son maître, se mêle de remplir l'office d'un autre, est victime de son dévouement, etc.
Remarque bien que notre devoir est d'aller à la chasse, et que nous devons nous mêler de ce qui est notre affaire. Mais aujourd'hui, ajouta-t-il après avoir réfléchi, nous n'avons même pas besoin
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de chasser, car nous avons de quoi bien manger tous les deux avec ce qui nous reste. — Cominciit ! reprit Damanaka avec humeur, vous ne servez le roi que quand vous avez besoin de nourriture I Ce que vous dites U est mal.
u Les sages recherchent la protection des princes pour être utiles à leurs amis et nuire à leurs ennemis. Q}iel est celui qui ne peut pas remplir seulement son ventre ? »
« La vie de Thomme qui fait vivre les brahmanes, SCS amis et' ses parents, est une vie utile. Quel est celui qui ne vit pas pour lui-môme ? »
« Puisse-t-il vivre celui qui, en vivant, fait vivre beaucoup d'autres personnes 1 Le corbeau luiniC'me ne remplit-il pas son ventre avec son bec ? »
Considère ceci :
« Pour cinq pourânas, un homme devient votre serviteur; un autre le devient pour plusieurs lakchas; mais, même pour des lakchas, on ne peut trouver un bon serviteur. »
(( Les hommes étant égaux par leur origine, la condition de serviteur est méprisée. Celui qui. dans cette condition même, n'est pas le premier^ est-il compté au nombre des vivants ? »