LIVRE DEUXIÈME IO
c< Celui qui est modéré dans ses désirs, qui a de la fermeté et de la sagesse, qui suit toujours sou maître comme son ombre, et exécute sans délai ce qu'on lui ordonne, peut habiter le palais d'un roi. »
Q,uelquefois, reprit Karataka, vous encourez la disgrâce du souverain pour vous être présenté devant lui dans un mauvais moment. — C'est vrai, répondit Damanaka; mais pourtant le serviteur est obligé de s'approcher du maître.
« Ne rien entreprendre dans la crainte de commettre une faute est une marque de lâcheté. Frère, quels sont ceux qui renoncent à prendre de la nourriture de peur d'avoir une indigestion ? »
Considère ceci :
« Un souverain favorise l'homme qui est auprès de lui, sans regarder s'il est ignorant, de basse extraction ou méprisé. Presque toujours les rois, les femmes et les plantes grimpantes entourent et protègent ce qui est â côté d'eux. »
Mais, dit Karataka, si tu vas auprès du roi, que lui diras-tu ? — Écoute, répondit Damanaka, je verrai s'il est bien ou mal disposé à mon égard. — Et à quel signe reconnaîtras-tu cela? demanda Karataka. — Écoute, reprit Damanaka:
I08 HITOPADÉSA
« L'attention que témoigne le prince en vous apercevant de loin, son sourire , les égards qu'il a pour vous en vous parlant, l'éloge qu'il fait de votre mérite, môme en votre absence, le souvenir qu'il conserve de tout ce qui vous est agréable, rattachement qu'il vous porte quoique vous ne soyez qu'un serviteur, les présents qu'il vous fait et l'amitié de plus en plus grande dont il vous honore : toutes ces marques d'affection de la pan du prince font de l'homme vicieux lui-même un homme rempli de qualités. »
« Les délais, les promesses continuellement renouvelées et les désappointements, telles sont les marques auxquelles l'homme sage reconnaîtra un prince mal disposé à son égard. »
Lorsque j'aurai reconnu ses dispositions, je lui parlerai de manière à m'attirer ses bonnes grâces.
« Les sages nous montrent comme une chose évidente que le malheur et le bonheur qui sont la conséquence de l'éloignement du prince, ou de l'accès que l'on a auprès de lui , dépendent de la connaissance ou de l'ignorance des règles de la politique. »
Cependant , dit Karataka , si tu ne trouves pas une occasion favorable, tu ne dois pas parler.