LIVRE DEUXIEME
qui deviennent bonnes ou mauvaises, suivant celui auquel elles appartiennent. »
« A quoi sert un homme dévoué, mais sans capacité? A quoi sert un homme capable, mais méchant ? Je suis dévoué et capable : Sire , vous ne devez pas me dédaigner. »
« Lorsqu'un roi méprise ses serviteurs, il n'a plus à son service que des ignorants, et par conséquent il n'a auprès de lui aucun homme sage. Quand il n'y a plus d'hommes sages dans un gouvernement , il n'y a plus de bonne politique, et, quand il n'y a plus de bonne politique , la perte de toute une nation est inévitable. »
« Les hommes honorent toujours celui qui a l'estime du souverain ; mais celui que le souverain méprise est méprisé par tout le monde. »
« Les sages doivent accepter un bon avis, même de la part d'un ignorant : la lampe ne nous éclairet-elle pas en l'absence du soleil ? »
Mon bon Damanaka, dit Pingalaka, que dis-tu?
Tu es le fils de notre premier ministre : pourquoi donc, à cause de mauvais propos , es-tu resté si longtemps sans venir ? Maintenant , parle-moi librement. — Sire, répondit Damanaka, j'ai une question à vous adresser : pourquoi, dites-mî)i,-
votre majesté, bien qu'elle eût soif, est-elle revenue sans boire, et reste-t-elle comme saisie d^étomiement? — Tu as raison, reprit Pingalaka; mais je n'ai personne à qui je puisse me fier assez pour lui confier ce secret. Cependant je vais te dize cela en confidence. Écoute : Cette forêt est main-* tenant habitée par des êtres extraordinaires» et il faut que nous l'abandonnions. Voilà la cause de mon étonnement. J'ai aussi entendu un en retentissant comme jamais je n'en avais entendu un pareil. A en juger d'après ce cri, l'animal qui Ta poussé doit être bien fort. — Sire , répondit Damanaka, il y a bien là de quoi s'effranger. Kous aussi, nous avons entendu ce cri ; mais celui qui conseille d'abandonner d'abord le territoire et de faire la guerre ensuite peut-il s'appeler un oxisciUer? D'ailleurs, dans cette situation difficile, votre majesté reconnaîtra quels sont les services qu'elle peut attendre de ses serviteurs.
« C'est avec la pierre de touche du malheur que l'homme éprouve la bonté de ses proches, de ses femmes et de ses serviteurs, et la force de son intelligence, de son esprit et de son âme. »
Mon ami, reprit le lion, une grande cndnte me trouble. — S'il en était autrement, se dit Damanaka
me pukrais-tu de reooncei atut doucettes ie U royauté et it changer de demeweï Pub il dit i haute voix : Sire, tant que )e vimi vous n'aurei lieu à redouter. Cependant il jbut aoas concilier la bienveillant de ICarauJia et dea «utres aussi, car il est diiEcile de trouver beaucoi^ de penonnes disposées 1 nous secourir dans k
Damsxia^ et Karataka fureat accueillis avec Ùk' veut a uajtés avec distinction par k roi. Ut kû ptSDÛrent de faire cesser sa crainte, et s'en alltecat. Chemin faisant, Karataka dit à Damanaka : Uem ami, poarqut» avoDS-oous promis au roi de k détiirer de sa crainte, et reçu ces li'mnignagn d'ime grande iaveur, sans «avoir si oous pourron» oui ou non apporter remède à sa frayeur î U ne tant lien accoter de personne, et surtout d^in rai, quand on ne peut pas lui être utile. Considère ceci :
■ Celui dans la faveur duquel est la fortuite, dans la valeur duquel est ta victoire, et dans la colËre duquel est la mort, est on pertOMiage igù brîBe d'un touverain édat. ■
En e&t:
• 11 ne &ut pas taire à un roi, quand nétoc il
Xl6 HITOPADÉSA
serait ignorant, l'injure de le regarder comme un homme, car un roi est une grande divinité revêtue d'une forme humaine. »
Mon ami, répondit Damanaka en souriant, ne dis rien; je connais la cause de sa frayeur: c'est le beuglement d'un taureau. Les taureaux nous servent de pâture , et à plus forte raison au lion.
— S'il en est ainsi, dit Karataka, pourquoi n'avoir pas à l'instant même guéri le roi de sa frayeur?
— En le délivrant de sa crainte sur-le-champ, reprit Damanaka, comment aurions-nous pu acquérir cette grande faveur ? Écoute :
Il ne faut jamais que les serviteurs rendent leur maître exempt de soins et négligent : tout serviteur qui rendra son maitre exempt de soins éprouvera le sort de Dadhikarna.
' Comment cela ? demanda Karataka. Damanaka raconta la fable suivante :