LIVRE DEUXIÈME
beauté, au point que j'en perdis la raison, et je me précipitai dans la mer pour aller à sa poursuite^ Parrachai une branche du kalpa , et j'arrivai dans une ville d'or qu'elle habitait. Je la vis dans un palais d'or, étendue sur son sofa et servie par des vidyâdharis. Elle m'aperçut de loin et envoya vers moi une de ses suivantes, qui m'adressa la parole avec respect. Je questionnai la suivante, et elle me répondit : Ma maîtresse est la fille de Kandarpakéli, souverain des vidyâdharas : elle se nomme Ratna* mandjari. Elle est promise en mariage, et elle a résolu de donner sa main, sans que son père même le sache, à celui qui aura vu de ses propres yeux cette ville d'or. Épousez-la donc selon le mode gandharva. Je l'épousai selon le mode gandharva, et je vécus agréablement avec elle dans son palais. Un jour, elle me prit en particulier et me dit : Mon mari, jouissez de tous ces biens tant que vous voudrez; mais ne touchez jamais à cette vidyâdhari en peinture , que l'on nomme Swamarékhâ. Cette défense m'en donna l'envie, et j'allai toucher les seins de Swamarékhâ. Au même instant, le portrait me donna un coup de pied , et je retombai dans mon pays comme j'étais venu. Je m'en allai bien triste, et, après avoir erré en tous
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lieux, j'arrivai dans cette ville. Lorsque le solâl se fut couché, j'entrai dans la maison d'un vacher qui demeurait non loin de l'endroit où j'étais, et je lui demandai de me loger. Le vacher voulut bien m'accorder une place dans sa demeure , et il dit à sa femme: Jusqu'à ce que je revienne, tu auras soin de cet homme. Cette recomanandation faite, il s'en aUa. Pendant son absence, sa femme, qui menait une mauvaise vie, eut une entrevue avec une entremetteuse. Le vacher, en revenant de ses pâturages, la vit s'entretenir avec cette entremetteuse. La femme du vacher, dès qu'elle aperçut son mari, rentra chez elle sans se déconcerter, et se mit à arranger son lit et à faire tous les apprêts du coucher. Le mari la battit; puis il rattacha à un pilier, et se coucha. Au milieu de la nuit, l'entremetteuse, qui est la femme deœ barbier, revint et dit à la femme du vacher : Votre noble amant est consumé par le chagrin de votre absence ; il est comme un homme qui va mourir.
On a dit :
« Lorsque le dieu des nuits (i) eut dissipé les
(*!) Soma ou Tchandra, dieu de la lune.