‹ Hitopadésa, ou L'instruction utile: recueil d'apologues et de contesChapitre 66 sur 131 · LIVRE DEUXIÈME I5I · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME I5I

l'homme quî, une fois tombé dans les pièges des méchants, a jamais pu s'en tirer avec bonheur ? »

Mon ami, reprit Sandjîvaka, dites-moi, que signifient ces paroles ? — Malheureux que je suis 1 s'écria Damanaka, que vais-je dire ? Voyez :

« Maintenant je perds la raison ; je suis comme un homme qui se noie dans l'Océan, et qui s'attache à un serpent suspendu au bord de l'abîme, sans oser ni le lâcher ni le tenir. »

« D'un côté, je perds la confiance du roi ; de l'autre, un ami. Que faire? Où aller? Je suis tombé dans une mer de douleurs ! »

En disant ces mots, il poussa un profond soupir et s'assit. Mon ami, reprit Sandjîvaka, dites-moi cependant toute votre pensée. Damanaka, d'un air découragé, lui dit à l'oreille : Il est vrai qu'il ne faut pas révéler une confidence d'un roi ; mais, comme c'est moi qui vous ai fait venir ici, et que je désire aller dans le ciel, je dois nécessairement vous apprendre une chose qu'il est bon que vous sachiez. Écoutez : le roi vous a pris en aversion ; il m'a dit en secret : Je tuerai Sandjîvaka et je le ferai manger par mes serviteurs. A ces mots, Sandjîvaka tomba dans un profond chagrin. Ne vous affligez pas, continua Damanaka ; songez

plutôt à prendre un parti convenable et tel que circonstance l'exige. Sandjivaka réfléchit un instant et s'écria : On a bien raison de dire :

€( Les femmes se laissent séduire par des méchants ; un roi favorise presque toujours ceux qui sont indignes de sa faveur ; la richesse suit l'avare, et le nuage répand la pluie sur les montagnes et rOcéan. »

« Lakchmî va vers l'homme de condition obscure ; Saraswatî favorise celui qui est de basse extraction ; la fenune s'attache d l'homme indigne de son amour, et Indra fait tomber la pluie sur la montagne. »

Puis il se dit en lui-même : Est-ce méchanceté, oui ou non ? C'est un doute qu'une discussion ne pourrait éclaircir.

« Un méchant reçoit un certain éclat des belles qualités de celui qui le protège, de même que l'andjana, sale de sa nature, devient brillant lorsqu'il est sur l'œil d'une belle femme. »

Hélas 1 ajouta-t-il après un instant de réflexion, quel est donc le motif de cette disgrâce ?

« Qji'un roi, quelques efforts que l'on fasse pour lui être agréable, ne soit point satisfait, cela n'a rien d'étonnant ; mais une chose extraordinaire»

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