III. ^- l'ane vêtu de la peau d'un tigre
L y avait à Hastinâpoura un idnttiricr nommé Karpoûravilâsa. L*âne de cet homme avait porté de trop lourds hrdeaux, et il était devenu si ùible que Ton eAt dit qu'il allait mourir. Le teinturier le vêtit d'une peau de tigre et le mit au milieu d'un champ de
blé voisin d'une forêt. Lespropriétaires du champ, qui Fapercevaient de loin, croyaient que c'était un tigre et se sauvaient à toutes jambes. L'âne mangeait leur blé et engraissait tous les jours. Cependant un homme chargé de garder les blés se couviit d'une espèce de vêtement fait d'une étoffe grise ; puis il s'arma d'un arc, et se tint à l'écart, le dos baissé. L'âne, qui était devenu gros et gxas et avait repris des forces, l'aperçut de loin. Il le prit pour une ânesse et- se mit à braire en courant vers lui. Alors le garde reconnut que c'était un âne : le pauvre animal devint la victime de ses transports amoureux et fut tué. ^
Voilà pourquoi je dis :
Un âne imbécile, qui était vêtu d'une peau de tigre, etc.
Ensuite, reprit Dirghamoukha, les oiseaux me dirent : Vile et méchante grue, tu voyages dans notre pays, et tu oses outrager notre souverain ! Cest une chose que nous ne souffrirons pas plus longtemps. En disant ces mots, ils me donnèrent tous des coups de bec, et ils s'écrièrent avec colère : Vois, insensée que tu es, ton cygne est un oiseau très débonnaire, et il n'a aucune autorité dans ses États, car un prince faible est incapable
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de garder même ce qu*il tient dans sa main.
Comment donc pourrait-il gouverner le monde, et quelle peut être sa souveraineté ? Qjiant à un , tu ressembles à une grenouille qui n'est jamais sortie d'un puits. Voilà pourquoi tu nous conseilles de nous soumettre à son obéissance.
Écoute :
« On doit demeurer auprès d'un grand arbre qui donne du fruit et de l'ombrage ; mais, si par hasard il ne porte pas de fruits, quel est celui qui recherche l'ombre qu'il donne ? »
« Il ne faut pas servir les gens de basse condition; mais on doit se mettre sous la protection des grands. Le lait niême, dans la main d'une cabaretière, devient, dit-on, une liqueur spiritueuse. »
« n ne faut ni rester en place ni marcher un seul instant en compagnie d'un méchant. La fréquentation des méchants, c'est la mort. La société des gens de bien est une chose saluuire. »
« Par suite de l'influence exercée sur la chose possédée par la personne qui la possède, les plus grandes qualités, lorsqu'elles se trouvent par hasard chez un homme sans mérite, finissent par s'amoindrir, comme l'image d'un éléphant dans un miroir. »
Et surtout :
Qiielque puissant que soit un prince, on peut venir à bout de lui par la ruse : ce fut par une ruse, et en se servant du nom de la lune, que des lièvres assurèrent leur repos.
Comment cela? dis-je aux oiseaux. Ils me racontèrent la fable suivante :