‹ Hitopadésa, ou L'instruction utile: recueil d'apologues et de contesChapitre 75 sur 131 · V. — L*OIE ET LE CORBEAU · texte numérisé non relu

V. — L*OIE ET LE CORBEAU

UR la grande route d'Oudjayinî, il y avait un grand pippala qui servait de demeure à une oie et à un corbeau. Un jour, pendant la saison des chaleurs, un voyageur fatigué déposa son arc et ses flèches au pied de cet arbre, et s'y endormit. Un instant après, Tombre que donnât cet arbre se retira de dessus son visage. L'oie» qui était sur l'arbre, voyant le soleil darder ses rayons sur le visage du voyageur, fut touchée de compassion ; elle étendit ses ailes, et répandit une ombre nouvelle sur le visage de cet homme. Le voyageur, qui goûtait les douceurs d'un profiMid sommeil, ouvrit la bouche. Cependant le corbeau, avec son instinct de méchanceté, ne voulut pas k laisser jouir de ce bonheur : il lui fienta dans la bouche et se sauva. Le voyageur se leva préd^tamment et r^arda en l'air; il aperçut l'oie, lui décocha une flèche, et la tua.

ypîlà pourquoi je dis : Il ne faut pas demeoier avec on méchant^ etc.

rentra au logis, et se cacha sous le lit) sans être aperçu. Cependant sa femme, le croyant parti, ne se défiait de rien, et, lorsque le soir fut venu, elle appela son galant. Tout en folâtrant avec loi sar le lit, sans sHnquiéter de rien, elle sentit le corps d*un homme qui était dessous. Elle vit bien que c'était son mari, et fut déconcertée. Pourqiioi donc, lui dit le galant, ne t*abandonne&-ttt pas aujourd'hui au plaisir avec moi ? Tu as l'air tioublc. — Le maître de ma vie, répondit-eile^ est ailé aujourd'hui à un village : sans lui, cette ville, toute peuplée qu'elle est, me semble être> use forêt déserte. Que lui est-il arrivé dans cet endroit étranger pour lui? Que mange-t-il? Comment dort-il ? Ces pensées me fendent le cœur. — Hc quoi ! reprit le galant, ton charron mérite-t-il tant d'affection, lui qui t'appelle femme querelleuse et de mauvaise vie ? — Vilain ! s'écria-t-elle, que dis-m?

Écoute :

a La femme vertueu"^ est celle qui montiruii visage agréable à son mari, lors même quHl Ivi parle durement ou la regarde d'un oeil irrité. »

ce Le séjour de la félicité étemelle est réncvi aAix femmes qui aiment leurs maris, sans legfvder

s'ik habitent une ville ou une forêt, s'ils sont méchante ou vertueux. »

« Un mari est en effet le plus bd om^nent d'une' femme ; ceUe-d n*a pas besoin d'autre panne. Une fenrnie sans mari a beau se parer, die ne biiSe jamais. »

Toi, tu es un galant ; tu ressembles à la ûeaat du béid; Je te désire quelquefois par caprice ; tandisr que mon mari peut, s'il le veut, me vendre- >ux (tieux ou me donner aux brahmanes. MIbs à ^ bon tant de paroles?

« Je vïvraâ tant qu'il vivra, et je mourrai quand' il fflDurra : mourir avec lui, telle est ma ferme Station. »

« n y a trente-cinq millions de poils sur- le corps d'un homme : la fenrnie qui suit son mari habitera dans le cid pendant autant d'années. »

« La femme qui emporte avec elle le corpsr de* son mari, conmie le chasseur de serpents tire de Huos un reptik hors de son trou, est^ gloriièe dassle del. »

« La ftsnme'qui, sur le bûcher, serre dasis ses. bras le corps inanimé de son mari, etrenomrà. I2 vie, obtiendra une place dans le s^ur. âits

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dieux, quand même elle aurait pour époux on homme coupable de dix millions de fautes. »

« Une femme doit obéir à l'homme auquel die a été donnée par son père ou par son frère, avec le consentement paternel, tant que cet homme vit, et ne pas le mépriser lorsqu'il est mort. »

En entendant ces paroles, le charron se £t en lui-même : i^pe je suis heureux de posséder use femme qui a tant de tendresse pour son mari, et dit des choses si douces à entendre I Et, persuadé comme il l'était, il enleva sur sa tète le lit, la fSemme et le galant, et dansa longtemps de joie. Voilà '^pourquoi je dis : Un sot se console, et reste satisfait, même lorsqu'on lui a £ût une injure manifeste, etc.

Le roi me congédia après m'avoir £ût les honneurs, selon l'usage, et le perroquet vient derrière moi. Maintenant que vous savez tout, c'est à vous d'agir comme il le faut. — Sire, dit le tchakravâka en souriant, la grue, dans ce voyage en pays étranger, a traité les affaires de votre majesté aussi bien qu'elle a pu; mais tel est le caractère des sots :

«Faire cent concessions plutôt que de disputer

est une preove de sagesse; se querdler, même sans motif» est one marque de folie. »

Cesse de ûire ces reproches, dit le roi, et esaminous Inen ce qui nous a été rapporté. — Sire, répondit le tchakravâka, je veux parler sans témoins.

« Les gens adroits comprennent la pensée des antres au moyen des changements qui s'opèrent sur je visage, dans l'œil, dans la voix, dans le teint et dans les signes extérieurs. C'est pour cela qu'il ÙLUt délibérer en secret. »

Tout le monde se retira, et le roi resta seul avec son ministre. Sire, dit le tchakravâka, je pense que la grue a fait tout cela d'après l'ordre d'un de nos agents.

« La meilleure chose pour les médecins, c'est un malade ; pour les agents d'un prince, c'est un homme vicieux ; l'ignorant est ce qui £ût vivre les gens instruits ; le plus ferme appui d'un roi, c'est un homme qui sait garder un secret. »

Eh bien I répondit le roi, nous chercherons plus tard à connaître la cause de tout cela. A présent, dis-moi ce que nous devons £iire. — Sire, reprit le tchakravâka, il £iut d'abord envoyer un espion ; nous saurons ainsi ce que £iit l'ennemi, et nous connaîtrons sa force et sa faiblesse.

« U faut avoir dans son pays et dans ceàm et son ennemi un espion, pour voir ce que l'oii'cieTM £ûie et ce que Ton ne devra fpas tenter. Ueqâon cBt l'œil du roi : celui qui n'en a pas un est un Aveugle. »

Q|ie la grue parte et enimène avec elk t|vel> qu'un de sûr. De cette £içon, elle prendra «aerètement connaissance des projets de l'ennemi ; elle en instruira son ccxnpagniKi, et l'eavenRa ici, tandis qu'elle-même restera dans le p^s.

On a dit :

« Un prince doit avoir, dans les écoles où Von enseigne k science religieuse et dans les lénifies, des espions déguisés en ascètes et venus soos prétexte d'étudier les livres sacrés, pour s'entretenir avec eux de ce qui se passe. »

L'je^ion secret est celui qui va sur l'eau conunc sur terre. Il £iut, par conséquent, coaûer ceuc mission à la grue. Qu'une autre grue oMBBie dk l'accompagne, et que tous ks habitants de ce sé|our .gardent la porte du palais ; mais, Sicç, iliiant aussi que cela se fasse dans le plus grand seczct.

« Le secret d'une. délibération est violé .Ipnque cette délibération a lieu entre six ordlleç» jet que la nouvelle en est répandue. Ainsi, un roi ne doit

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(antaîs tenir consul privé iju'entre lui-nitme et me une perxmiie. *

RemarqtKz encore ceci :

■ L'oAnse que l'on commet envers un roi en divulguant le secret d'une délibération est une ftiQlc irréparable. Telle est l'opinion des gens habiles en pobtique. »

Le roi réfléchit an instant ; puis il dit : J'ai certes le meilleur espion que l'on puisse trouver. — Sire, répondit le ministre, vous êtes ïûr alors de sortir victorieux du combat.

CepeixUnt un garde du palais entra et dit au roi, après s'être incliné devant lui : Sire, un perroquet qui vient du Djamboudwlpa attend à Li porte. Le roi regarda le tchakravâka. Celui-ci dit iu garde : Conduis-le dans un des appartements du palais ; nous le recevrons plus tard. — Je suis aux ordres de sa seigneurie, répondit le garde. Pais il se retira, et emmena le perroquet avec lut. Eh Hen 1 dit le roi, la guerre est sur le pant d'édner. — Sire, répondit le tchakravika, la guerre n'est pourtant pas une nécessité.

« Peut-«n appeler ministre ou consdllercduiqui, lout d'abord et sans réflexion, consdlle à jon roi àt combattre et d'abandonner si

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« La conciliation, la corruption et la discorde, tels sont les moyens qu*un prince doit emjdoyer, tous ensemble ou séparément, pour triompher de ses ennemis ; mais qu'il ne cherche jamais à les vaincre par la force des armes. »

« Puisque Ton voit que la ^ctoire ne reste jamais aux deux combattants, et que, dans une bataille, on peut être vaincu par l'ennemi, il Êiut éviter de combattre. »

« Tout homme est un héros lorsqu'il n'a jamais eu l'occasion de se montrer courageux. Qjielest celui qui n'est pas fier tant qu'il n'a pas senti la force d'un ennemi ? »

« On ne soulève pas une pierre avec les mains comme avec une pèce de bois. Au moyen de petites choses, on ^dent à bout d'en faire de grandes. Tel est le grand avantage que l'on retire d'une délibération. »

Mais, quand on voit que la guerre est inévitable, il faut se battre.

« Si un champ est cultivé avec soin et dans le temps convenable, il produit une boime récolte. Ainsi cette politique porte ses firuits, non pas à l'instant même, mais avec le temps. »

« Craindre l'ennemi lorsqu'il est loin, et l'atta-

quer bravement quand il est en Ëice, voilà une qualité qui n'appartient qu'à un héros. Dans ce monde, celui qui se montre grand dans l'adveiùté détient la valeur en partage, u

< La trop grande ardeur est le prîndpal obstacle qm, en toutes choses, nous empêche de réussir. L'eau m£me la [dus froide ne fénd-elle pas les montagnes? «

D'ailleurs, Sire, le roi Tchitravama est tris puissaDt.

■ Aucune loi ne nous ordoime de combattre un ennemi qui est fort. Lutter contre un éléphant, ce serait pour des hommes une mort certaine. »

• Celui qui en vient aux mains avec son ennemi sans attendre le moment favorable est un insensé. Se battre avec un ennemi qui est fort, c'est faire comme l'insecte qui veut s'élever dans les airs avec ses ailes, »

■ Un prince habile en politique doit faire comme la tortue qui se renferme dans sa carapace, et soutenir le choc de l'ennemi-, mais, lorsque le moment est venu, il doit se lever comme un serpent redoutable. »

< Celui qui sait employer la ruse peut résister i un etmetni qui est fort comme i un ennemi qui

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est faible. Le courant d*aae rivière décacme les arbres aussi bien que les herbes, »

Il faut amuser Veawayé de notre enaeim et k retenir jusqu'à ce que nous ayons armô la fime-

a Un seul archer, sur un rempart, résisted cent homnies ; cent archers peuvent tenir comre cent mille hommes. Voilà pourquoi une forteresse est une chose excellente. »

« Dans un pays muni de forteresses, quel ennemi ne peut-on pas vaincre? Un roi ^i n'a point de forteresses dans son pays ressemble à m\ homme qui fait naufrage, n

« Il £iut élever une forteresse entourée d'un large fossé et garnie de hautes murailles ; il hux rapprovisionner d'eau, d'armes et de madùnes, et la construire dans le voisinage d'une montagne, d'une rivière, d'un désert ou d'une fbrét. »

« Il hut qu'dle soit d'une grande étendue et xl'un accès difficile, qu'elle renferme des provisions d'eau, de grains et de toutes espèces dc choses, et qu'elle ait une entrée et une sortie. G: sont là les sept qualités principales d'une bonne forteresse. »

« Le ministre du roi, son ami, son trésor, son

LniKE THOtStlME M?

ttrritaÏK, M forteresK, «es maupes et œn allié : voiU ce qu'on aftpdk .tes sept pardet eueiitieita* Jlaa gauvemcmeat. »

" Le gouverneur de la forteresse, le général en chef, radinioistrateur des finances, l'amhastadeur, le prêtre de la famille, l'astrologue et les médccios, lost regardés comme les conseillers du roi. «

Q|û' chargerons^ious du soin d'inspecter U forletesje? dit le roi. Le tchakravâka répondit :

cil.iaut donner à chacua l'emploi qu'il est capable d'exercer : celui même qui est tiuiruit bc pod dans les affaires, lorsqu'il n'en a pas l'expé-

(^ Tmi appelk le slcasa.

Le«Aia» fut appelé, et le roi, dès qu'il le rit entrer, lui dit : SSrasa, va vite inspecter la forteteae. — Sire, répondit le s^rasa en s'indinant àemu lui, il y a longtemps que j'ai examiné le graoïl ttang qui nous sert de place forte ; mais, dus l-tle 9tuiée au milieu de cet étang, il &ut vnasser des provisions de grains.

« Sire, les proviâons de grains sont les meilleures de toutes les provisions. En effet, une pierre précieuse que l'on mettrait dans sa bouche ne pourrait ûire vivre. »

i88 HrroPADÉSA

« De toutes les choses qtd ont de la saveur, le sd est, dit-on, la plus savoureuse. U £iut donc en prendre, car sans lui une sauce est comme de la bouse de vache. »

Va vite, dit le roi, et £iis tous les préparatifs nécessaires.

Cependant le garde entra pour la seconde fois, et dit au roi : Sire, un roi des corbeaux nommé Méghavama, qui vient du Sinhaladwfpa, attend i la porte avec sa suite. D voudrait voir votre ina)esté. — Le corbeau, dit le roi, est un oiseau sage, et il a de Texpérience. Il faut le recevoir. — Sire, répondit le tchakravâka, c'est vrai ; mais le corbeau est un oiseau de terre, et par conséquent un de nos ennemis. Comment pouvons-nous le recevoir? On a dit :

L'insensé qui abandonne ses partisans pour s'attacher à ses adversaires est tué par ses ennemis, comme le chacal devenu bleu.

Comment cela ? dit le roi. Le ministre raconu la £ible suivante :

Vm. — LE CHACAL DEVENU BLEU.

N chacal qui errait dans les environs d'une ville, selon sa fantaisie, se laissa tomber dans une cuve d*indigo. Comme il ne pouvait se tirer de là, il fit semblant d*ètre mort, dès que vint le point du jour. Le propriétaire de la cuve, en voyant ce chacal les pattes en l'air, ks yeux fermés et les dents à découvert, crut qu'il était mort ; il le retira de la cuve, l'emporta loin du village, et le laissa là. Le chacal alla dans la £ortt, et, lorsqu'il s'aperçut qu'il était bleu, il se dit en lui-même : Je suis maintenant de la plus be&e couleur : ne puis-je pas m'élever au-dessus des autres? Après avoir fait cette réflexion, il appda les chacals, et il leur dit : La bienheureuse divinité qui préside à cette forêt m'en a fait roi ; die m'a donné l'onction royale de ses propres nuins, et avec le jus de toutes les plantes. Regardez ma couleur. A partir d'aujourd'hui, rien oe se fera dans cette forêt que d'après mes ordres. Les chacals, voyant qu'il était si remarquable par sa couleur, se prosternèrent devant lui, et répon- (firent : Comme votre majesté l'ordonne. De cette manière, il régna sur tous les animaux qui ha-

1^2 UrrOPADÉSA

entra la tête levée. On lui présenta un â^e; il s'assit, et s'adressant au roi : Hiranyagarbha, loi dit-il, voici ce que l'illustre Tchitr^vama, le roi des rois, vous ordonne : Si vous voulez conserver votre vie et votre fortune, venez vite vous prosterner à mes pieds ; sinon, songez à quitter ce pays. — Hé quoi I s'écria le roi avec colère, n'ai-

je personne pour — Ordonnez, Sire, dit Mé-

ghavama en se levant, et je tue ce méchant poroquet. Cependant Sarvadjna chercha à calmer le roi et le corbeau. Écoutez, leur dit-il :

« On ne peut pas donner le nom d'assemblée à une réunion dans laquelle il n'y a pas de sages; on ne peut pas appeler sages ceux qui ne parlent pas selon la justice; il n'y a point de justice là où il n'y a pas de sincérité; il n'y a pas de sincérité là où la fourberie a trouvé accès. »

Voici en effet ce que la loi ordonne :

a Un envoyé, ne serait-il même qu'un barbare, ne doit jamais être mis à mort, car c'est un roi qui parle par sa bouche. Lors même qu'un prince a pris les armes, la personne d'un envoyé esi inviolable : il en est ainsi à plus forte raison quand c'est un brahmane. »

« Un envoyé ne tient jamais compte de son

ir\-KE TKrr S T : ..i7r Ii>

iniériorité m de la srrpr-îjriic â£s sctes : ^-nmm** sa personne est jirnci[?.rnf rerr^rt ââi tDnjoas tout. »

Le rcH et le cariieaxi it ^i iJe r lfinrhnTn esriiaairelle. Le penoqDeî se kra cî sorrîi: k tdiaknvâka le condinsît et hn dcma lozîcs ks însoncdons nécessaires; pois îl hiî £i présent de H}oca et d'autres ol^ets, et k caagé£a. Le perroquet retourna dans son psys.

Lorsqu'il fat arrivé as mont Yrnnhya, 2 alla saluer Tdûtravama, son souverain. Perroquet, Iqî dit k roi Tdûtravama dès qnH Taperçot, quelles nouvdies? Qu'est-ce qne ce pays? — Sire, répondit k perroquet, pour vous dire tout en quelques mots, la nouvelle que j'appcHte, c'est qu'il £iut sur-k-champ connnencer la guerre.

Qjiant au Karpoûradwîpa, c'est une portion du cid, et le roi de ce pays est un second Indra. Comment serait-il possible de décrire tout ce que jai VU?

Le roi fit appeler tous les grands de sa cour, et s'assit pour délibérer avec eux. Donnez-moi votre svis, leur dit-il, et indiquez-moi ce que nous devons £iire dans la guerre que nous aurons i soutenir, car la guerre est inévitable.

194 UITOPADÉSA

On a dit :

« Le mécontentement est la perte des brahmanes, de même que la satisfaction est celle des rois; la modestie est la perte des courtisanes; le ntianquc de pudeur est celle des femmes respectables. »

Sire, dit un vautour nommé Doûradarsin, lorsqu'on n'est pas heureux, on n'est pas obligé de faire la guerre.

« Q.uand un prince a des amis, des ministres et des alliés qui lui sont bien dévoués, et hostiles à ses ennemis, il doit alors faire la guerre. »

« Un territoire, un allié et de l'or, tels sont les trois avantages de la guerre : lorsqu'on est sûr d'obtenir ces avantages, on doit alors faire h guerre. »

due le ministre, dit le roi, passe mes troupes en revue; qu'on leur paye leur solde, pour les encourager à bien faire leur devoir, et que l'or, appelle ensuite l'astrologue, afin qu'il nous indique le moment favorable pour nous mettre er marche. — Sire, répondit le ministre, il ne Éau: cependant pas se mettre en marche avec trop de précipitation.

a Les insensés qui se précipitent avec téméritt et sans réflexion sur l'armée ennemie vont embras-

sec In pointe des épëes : c'est une vérité incontestable. »

Ministre, dit le roi, ne cherche pas à abattre mon courage; dis-moi plutôt comment celui qui veut remporter la victoire doit entrer en pays ennemi. — Sire, répondit le vautour, je vais vous dire cela ; mais de semblables avis ne sont profitables que quand on les suit.

On a dit :

« A quoi sert-il de donner i un roi un avis conforme â l'autorité des livres, s'il ne le suit pas? 11 ne suffit pas de connaître un médicament pour guérir une maladie, o

Comme il ne faut pas di^obéir aux ordres d'un wuveraÎD, je vais vous dire ce que j'ai appris. Écoulez, Sire :

« Sire, un général doit faire avancer ses troupes en bon ordre, et les conduire le long lies rivLËres, dans les montagnes, dans les forêts, dans les défilés et partout où est le danger. »

« Le général en chef doit marcher i la tête de

l'armée avec les hommes les plus braves; au

centre, on doit placer les femmes, le prince, le

trésor et tout ce qu'il y a de précieux. »

« Aus deux ailes, il faut placer ies chevaux;

près des chevaux, les chars; à côté des chars, les éléphants, et à côté des éléphants, les fantassins. » « Le général doit marcher à l'arrière-garde, et encourager ceux qui sont fatigués. Le roi, entouré de ses ministres et de ses guerriers, doit conduire le principal corps d'armée. »

« Dans les chemins raboteux, dans les marécages et dans les montagnes, il £ïut marcher avec les éléphants ; dans la plaine, il faut se servir des chevaux; sur l'eau, il ùut faire usage des bateaux; on peut aller partout avec les fantassins. »

« Pendant la saison des pluies, le mieux que l'on puisse faire, est, dit-on, de faire marcher les éléphants ; en tout autre temps, on peut se servir des chevaux; on tire toujours parti de Tinfenterie. »

« Dans les montagnes et dans les défilés, il faut vdller à la garde de la personne du roi, et le roi, quoique bien gardé par ses soldats, ne doit domnr que d'un sommeil l^er. »

« H faut détruire les ennemis, les harceler, et renverser leurs forteresses et tous les obstadcs qu'ils opposent. Lorsqu'on entre dans un pays ennemi, il Êiut envoyer en avant des coupeurs de bois. »!

Le trésor doit Oire Id où est le roi; sans le trésor, il n'y a pas de royauté. Le roi doit fitru libéralenvCTS ceux qui k servent. Qjiel est, en effet, celui qui ne cotnbai pas pour un prince g>ïnéreux? »

■ Sire, l'homme n'est pas le serviteur de l'homme, mais de l'argent. On est un personnage considérable ou de peu d'importance, suivant que l'on est riche ou pauvre, m

« H faut combattre sans rompre les rangs, et se protéger les uns les autres; il faut placer au centre la partie la plus &ible de l'armée. »

a Le roi doit faire placer son infanterie à la t£te de l'armée; il doit harceler continuellement l'ennemi, et ravager sort territoire. »

« Pour combattre en plaine, il faut se servir des chars et des chevaux; dans les endroits où il y a de l'eau, il faut se servir des bateaux et des éléphants. Dans les lieux couverts d'arbres et de buissons, il &ut faire usage de l'arc; en rase campagne, il faut employer' l'épée, le bouclier et les

« Il Ëiut ravager sans cesse les pâturages et les récoltes de l'ennemi, et le priver d'eau et de matières combustibles; il faut aussi détruire ses étangs, ses remparts et ses fossés. »

<( Sire, ce qui ùAl la principale force d'une armée, c'est l'éléphant ; il n'y a rien qui l'égale. L'éléphant, dans ses membres seuls, possède, dit-on, huit armes. »

« Le cheval lui-même fait la force des armées, car c'est un rempart mobile : aussi le roi qui a le plus grand nombre de chevaux est-il vainqueur dans une bataille en rase campagne. »

« Les dieux eux-mêmes auraient de la peine à vaincre ceux qui combattent à cheval : car, si loin que puissent être leurs ennemis, les cavaliers les tiennent dans leurs mains. »

« Engager l'action les premiers, protéger toute l'armée, et débarrasser les routes, voilà ce qu'on appelle l'emploi des fantassins. »

c( La meilleure armée, dit-on, est celle qui est naturellement brave, habile dans le maniement des armes, dévouée, endurcie à la fatigue, et composée en grande partie de kchatriyas illustres. »

(t Sire, dans ce monde, les hommes combattent avec plus d'ardeur pour obtenir la considération de leur maître que pour toutes les richesses qu'il peut leur donner. »

« Une petite armée composée d'hommes choisis vaut mieux qu'une masse considérable de troupes

mal aguerries : les mauvais soldats se laissent vaincre par Tennemi, et sont cause de la défaite des braves. »

« Manquer de bonté, s'absenter trop souvent, ne pas donner à chacun la part qui lui revient, user de délais, et ne savoir pas se défendre, voilà ce qui inspire de l'indifférence. »

« Celui qui veut remporter la victoire doit harceler l'armée de l'ennemi et la détruire peu à peu : une armée ennemie est facile à vaincre lorsqu'on l'a fatiguée longtemps. »

a Pour semer la discorde chez ses ennemis, on ne pourrait trouver un meilleur conseiller que l'héritier du trône : aussi doit-on faire tous ses efforts pour élever l'héritier de son ennemi. »

« Après avoir fait alliance avec le prince héritier du trône, ou avec le premier ministre, on doit enfin provoquer son ennemi, et l'attaquer avec résolution. »

« Il feut détruire son ennemi en se servant de ses principaux alliés pour le vaincre, ou bien en s'attachant ses officiers, et en les attirant par l'appât du butin. »

« Un roi doit peupler son pays en subjuguant celui des autres, ou en attirant les gens par des

présents et des honneurs, car un pays est peuple quand il donne de quoi s'enrichir. »

Ahl dit le roi, qu*est-il besoin de si longs discours?

« S^élever soi-même et soumettre son enoemi, voilà en quoi consiste la politique ; et, pour développer cette pensée, nous dirons que c'est aux actes d'un homme que l'on reconnaît son habUeté dans l'art de parler. »

Tout cela est vrai, répondit le ministre en souriant; mais

« Un être est méchant, tandis qu'un autre obéit à la loi : la lumière et les ténèbres peuventelles avoir toutes deux les mêmes qualités? »

Le roi se leva et se mit en marche au moment qui avait été fixé par l'astrologue.

Cependant l'espion que l'on avait envoyé revint auprès d'Hiranyagarbha et lui dit : Sire, le roi Tchitravarna s'avance; il vient d'établir son canap au pied du mont Malaya. Il faut à l'instant purifier la forteresse et la mettre en état, car le vautour est un grand ministre, et j'ai appris àc quelqu'un à qui il confie ses secrets qu'il a déjà envoyé un espion dans notre forteresse. — Slrc, dit le tchakravâka, cet espion ne peut être que le

«Jrtieau. — Cest impossible, répondit le roi

a (da était vrai, pourquoi aurait-il voulu se jeter

sur le perroquet et le maltraiter? D'ailleurs,

seulement depuis l'arrivée du perroquet que k guerre est déclarée, et il y a longtemps que le wrbeau est ici. — Cependant, reprit le minisi il &UI se défier d'un étranger. — Qj]elquef( rfirfiqua le roi, on voit des étrangers prêts à rcn- <lre service.

' Un étranger qui nous témoigne de la bienveillana est pour nous un parent; un parent ■njine, s'il nous veut du mal, devient pour nous un étranger : la maladie, qui prend naissance dans noire corps, nous est nuisible, tandis que la plante médicinale, née dans la forêt, nous est salutaire. «>

Le roi Soûdraka avait un serviteur nommé VJravara, qui n'hésita pas un seul instant à sacrifiet son propre fils.

Comment cela? demanda le tchakravlka. Le nâ raconta l'histoire suivante :

202 HrrOPADÉSA

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