‹ Hitopadésa, ou L'instruction utile: recueil d'apologues et de contesChapitre 76 sur 131 · IX. — HISTOIRE DB VIRAVARA · texte numérisé non relu

IX. — HISTOIRE DB VIRAVARA

'ÉTAIS jadis sur un bassin du roi Soûdraka, où je faisais Tamour avec Karpoûramandjar!, la fille d'un cygne nommé Karpoùrakéli. Un jour, un soldat nommé Vîravara, qui venait d'un pays étranger, se présenta à la porte du palais. Il s'approcha du garde et lui dit : Je suis soldat, et je voudrais prendre du service : introduisez-moi auprès du roi. Le garde l'introduisit auprès du roi. Sire, dit alors Viravara, si vous avez besoin de mes services, veuillez me prendre à votre solde. — Qjiq demandes-tu pour ta solde? dit Soûdraka. — Quatre cents souvamas par jour, répondit Vîravara. — Quel est ton attirail? reprit le roi. — Mes deux bras et monépée» répliqua Vîravara. — C'est une chose impossible, dit le roi. A ces mots, Viravara salua le roi et se retira. Cependant les conseillers de Soûdraka dirent à leur souverain : Sûre, donnez à cet honmie la paye de quatre jours, afin de voir ce qu'il est, et s'il peut rendre ou non assez de services pour recevoir une pareille solde. Le roi suivit l'avis de ses conseillers. Il fit rappeler Vîravara; puis il lui

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présenta du bétel, et lui donna la solde qu'il tîeinaiidait-

K Le bétd joint la douceur A l'amenume et A l'iiireté; il est juteux et astringent; il chasse les maladies occasionnées par l'air; il est antiphlegmatique et vennifuge; il détruit toute mauvaise odeur, arrête le désordre des humeurs, entretient |j boUcbe, purifie, et allume les feux de l'amour : telles sont, mon ami, les treize qualités du bétel; il serait difficile de trouver ces qualités dans le del même. »

Le roi surveilla le soldat, afin de savoir à quoi il employait son argent. Vîravara en donna une moitié aui dieux et aux brahmanes, et un quart aux malheureux; puis il dépensa le reste pour sa nourriture et ses plaisirs. Il fit continuellement le même usage de sa paye. II veillait jour et nuit d la porte du palais, l'épée à la main, et ne retournait chez lui que quand le roi lui-même l'ordonnait.

Au milieu de la quatorzième nuit de la lune obscure (i), le roi entendit des cris lamentables.

(i) Lc« Hindou djviwnt le moïi luiujre en dem partit ffatihaty, compoaAea d? qujuv jours rhtcnre. Lk qainiilD nliirte (mUÎ^lcts) finii m joor de lu ;kine Idbc, a> I

Qpi est de garde à la porte? dit Soûdraki oi entendant ces cris. — Sire, répondit le soldai, c'est moi, Vtravara. — Vois donc d'où viennent ces ciis plaintifs, reprit le roi. — poWis auN ordres de votre majesté, répondit Vlravan. En disant ces mots, il sortit du palais. Cependant h roi se dit en lui-même : J'ai eu lort d'enïoyet d.soldat seul au milieu d'une obscurité si épaisse; j'-' veux aller voir moi-même ce que c'est. Il juii son épée, suivit le soldat, et arriva hors de lJ vtUe.

VIravara, dés qu'il tiit hors de la ville, vit upt femme jeune, belle, et couverte de toutes soUe* de parures. Celle femme pleurait. Qpi étes-voui, lui demanda le guerrier, et pourquoi pleurei-vons ainsi? — Je suis, répondit-elle, Lakchml, lafortuot dn roi Soûdraka. Depuis longtemps je reposais heureuse et tranquille à l'ombre de son bras, o maintenant je vais aller ailleurs. — Mais, reptii VIravara, il n'est pas un mal auquel on ne puis* porter remède : quel serait donc, à déesse, I' moyen de vous retenir encore ici? — Ton fil^ -Saktivara possède trente-deux marques qui annoncent les plus belles qualités, répondit Lakcbml; ^' tu consens 1 l'immoler il la déesse DourgJ, !<■'

resterai longtemps encore en ces lieux. En disant ces mots, elle disparut. Vîravara retourna chez lui. Il trouva sa femme et son fils endormis, et les réveilla. Dès qu'ils furent éveillés, ils se levèrent et s'assirent auprès de Vîravara. Celui-ci leur répéta tout ce que Lakchmî avait dit. A ce rédty Saktivara, transporté de joie, s'écria : Qjie je suis heureux de pouvoir servir notre souverain et sauver le royaume I Qui peut maintenant m'arrêter? Pour une semblable cause, il est glorieux de renoncer à la vie. — Ce sacrifice est digne de notre sang, dit la mère de Saktivara. Si nous ne consentons pas à le faire, pourrons-nous jamais mériter les bienfaits du roi par quelque autre sernce? Après avoir fait ces réflexions, ils allèrent tous les trois au temple de Dourgâ. Vîravara se prosterna devant la déesse; puis il s'écria : O déesse! soyez-nous propice; que le grand roi Soûdraka soit victorieux ! Acceptez cette victime 1 En disant ces mots, il trancha la tête à son fils. Je tne suis acquitté de ma dette envers le roi, se dit alors Vîravara ; maintenant que je n'ai plus de fils, la vie n'est pour moi qu'une source d'afHîctîon. Dès qu'il eut fait cette réflexion, il se trancha aussi la tête. La femme du soldat, afHigée

d'avoir perdu à la fois son mari et son fils, suivit cet exemple.

Cependant le roi, qui avait tout entendu et tout vu, fut saisi d'étonnement, et se dit en himême :

« On voit naître et mourir des êtres chétifs comme moi ; mais jamais il n'a existé et il n'esistera dans ce monde un homme pareO à lui. »

Apris avoir perdu un tel serviteur, que m'importe de régner? Soûdraka tirait son épée pour se trancher la tête, lorsque la déesse Dourgâ apparut et lui retint le bras. Mon fils, lui dit-eQe, je ses satisfaite de toi. Cesse d'attenter à tes jours : ti régneras jusqu'à la fin de ta vie, et ton royaume ne périra point. Le roi se prosterna devant la déesse et s'écria : O déesse ! que m'importe de régner ou de vivre? Si vous avez quelque pitic pour moi, prenez mes jours et rendez la vie î Viravara, à son fils et à sa femme; autrement, je persévère dans la résolution que j'ai prise. U\ déesse lui répondit : Je suis touchée de ta sincérité I et de ton amour pour tes sénateurs. Va, maintenant, et sois victorieux. Qpe le guerrier, sa femme et son fils recouvrent la vie. En disant ces mots, la déesse disparut. Le roi, après l'avoir adorée, se

retira sans être aperçu. Il revint sur la terrasse du palais, et se livra au sommeil. Vîravara, rendu à la vie avec son fils et sa femme, retourna avec eux dans sa demeure. Lorsqu'il fut venu reprendre son poste à la porte du roi, celui-ci lui demanda ce qui s'était passé. Sire, répondit le soldat, cette femme qui pleurait a disparu dès qu'elle m'a aperçu. Voilà tout ce que je sais. Le roi fut charmé d'entendre cette réponse, et il se dit en lui-même : Qjie cet homme est vertueux et digne d'éloges !

« Il faut être affable sans s'abaisser, brave sans î»e vanter, généreux, mais n'exercer sa libéralité qu'envers les gens qui en sont dignes ; il faut être tier sans être insolent. »

Ces qualités, qui distinguent le grand homme, se rencontrent toutes dans la personne de ce serviteur. Le lendemain matin, le roi assembla sa cour ; il raconta tout ce qui s'était passé, et, pour témoigner sa satisfaction au soldat, il lui donna le gou- \emement du Karnâta.

Un étranger est-il donc un méchant parce qu'il ^st étranger? Les étrangers sont comme les autres : il y en a de bons, de mauvais et de médiocres. Le tchakravâka répondit :

« Peut-on appeler conseiller celui qui, pour

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complaire à son souverain, l'engage à £asre ce qu'il ne doit pas? Mieux vaut causer du déplaisir à un prince que de le perdre en le laissant £aire une chose qui n'est point convenable. »

(c Le roi qui a pour flatteurs son médecin, son précepteur spirituel et son ministre, a bientôt perdu sa santé, son mérite religieux et son trésor. »

Écoutez, Sire :

La récompense qu'un autre a obtenue pour une bonne action, je l'obtiendrai moi-même. Un barbier qui avait tué un mendiant afin de posséder un trésor périt victime de sa cupidité.

Comment cela? demanda le roi. Le ministre raconta l'histoire suivante :

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