‹ Hitopadésa, ou L'instruction utile: recueil d'apologues et de contesChapitre 78 sur 131 · SANDHI OU LA PAIX · texte numérisé non relu

SANDHI OU LA PAIX

ORSQ.UE le temps de raconter de nouvelles histoires fiit venu, les jeunes princes dirent à Vichnousarman : Maître, nous avons entendu le Vigraha ; maintenant, racontez-nous le Sandhi. — Écoutez, répondit Vichnousarman, je commence le Sandhi ; en voici le premier sloka : Après la grande bataille dans laquelle les deux rois perdirent la plus grande partie de leur armée, le vautour et le tchakra furent pris pour arbitres^ et la paix fiit aussitôt conclue, selon leur avis.

Cotmnent cela ? dirent les jeunes princes. Vichnousarman leur raconta ce qui suit :

Qfiî dbac, dit le cygos, a mis le feu à notre Ibrttresse ? Est-ce on ennemi an un haha^^pf ^ u forteresse dévoué à Tennemi ? — Sire, répondit le tchakravâka, ce Méghavama avec lequel votre majesté s*est liée sans motif a disparu avec sa suite. Ainsi, je pense que c'est lui qui a fait le coup. Le roi réfléchit un instsnt ; puis il s*écria : Voilà ce que me vaut mon mauvais destin ! On a dit :

« Cest la faute de la destinée, et non celle des ministres : l'influence du destin fait quelquefois échouer le plan le mieux combiné. »

Mais, reprit le ministre, on a dit aussi :'

« L'homme qui se trouve dans une position difficile accuse le destin ; l'ignorant ne reconnaît jamais iti ftutes quil a commises. »

Od\n qui n^écoute pas les avis des gens qui ont pour lui de la bienveillance et de Famitié court à Brt perte, comme la tortue malavisée qui s'était attadiée i un morceau de bois, et qui se tua en tcftttbant.

Comment cela? 'dît le roi. Le ministre raconta

la iAbk suivante :

LIVXE UUATRIËME

M M »i ANS le pays de Magadha, il y avait un IHE étang que l'on appelait PhouUotpala. Deu?: *^''" cygnes, nommés Sankata et Vikata, vivaient depuis longtemps sur cet étang, ci une tortue nommée Kambougrîva, leur amie, demeulajt avec eux. Un jour vinrent des pêcheurs. Nous allons, dirent-ils, rester ici aujourd'hui, et demain matin nous prendrons des poissons, des torlues, etc. l.a tortue, qui avait écouté cet entretien, dit aux deui cygnes : Mes amis, j'ai entendu ce que di- .saient cespêdieurs; maintenant, que dois-je faire? — Demain matin, répondirent les deux cygnes, nous verrons ce que nous devons faire, et nous .igirons pour le mieux. — Non pas, reprît la tortue, car je vois le malheur dont je suis menacée

On a dit :

Anâgatavidliàtri et Pratyoutpannatnati vécurent lous deux'heuréiW et tranquilles, tandis que Yadbhavichya pérît.

Comment cela ? dirent les deux cygnes. La tortue raconta la fable suivante :

n. — LES TROIS POISSONS.

ADis des pêcheurs comme ceux d'aujourd'hui vinrent auprès de cet étang même; et trois poissons les aperçurent. L'un de ces trois poissons s'appelait Anâgatavidhâtri. Je vais, dit-il, quitter cet étang. Et, tout en disant ces mots, il alla dans un autre étang. Le second poisson, nommé Pratyoutpannamati, dit à son tour : Où dois-je aller ? Comme, en ce qui r^arde l'avenir, il n'est aucune autorité d'après laqudle on puisse régler sa conduite, c'est lorsqu'il survient un événement qu'il faut prendre im parti convenable.

On a dit :

Celui qui voit le malheur lorsqu'il est arrivé est un sage : témoin la femme du marchand qui cacha son galant en présence de son mari.

Comment cela? demanda Yadbhavichva. Ptatyoutpannamati raconta l'histoire ^uivant^ :

fgfg§ L y avait à Vikramapoura un marchant wEB «jucl'onappelait Samoudradatta. Lafemm de ce marchand, nommée Ratnaprabhâ prauit continuellement ses il-bats avec un de se serviteurs.

« Les femmes n'y regardent pas de si près ; elle ne cherchent point à savoir comment un homt»

ai fait, s'il est beau ou laid. C'est un homme, s disent-elles, et elles en jouissent. »

■ Un livre, quoique bien étudié, doit être conti nuelletnent médité. Nous devons toujours redoute un roi qui est satisfait, et nous défier d'une jeum femme, lors même qu'elle est dans nos bras, Com ment pourrait-on devenir maître d'un livre, d'iH roi et d'une jeune femme ? a

Un jour, Samoudradatia vil Ratnaprabhâ donne un baiser sur la bouche à son serviteur, La coquim twirut bien vite vers son mari, et lui dit : Maître il âut que ce serviteur soit bien affamé, puîsqu'i muge le camphre que l'on a envoyé cherche pool votre usage. Sa bouche sent le camphre : j'ei

suis sûre, car je viens de la flairer. A ces mots, le serviteur fit semblant de se fldier, et s'écria : Comment un serviteur pourrait-il reSer chez un maître lorsque celui-d possède une pareille femme, et que la maîtresse de la maison flaire à chaque instant la bouche de son seri'iteur ? Puis il se leva et s'en alla ; mais le marchand le fit revenir, lui donna nn avertissement, et le força de rester.

Voilà pourquoi je dis ; Celui qui voit le malheur lorsqu'il est arrivé est un sage, etc. — Mais, dîi Yadbhavichya, ce qui ne doit pas arriver n'arrivera pas, etc.

Le lendemain matin, Praiyoutpannamati fut pris ' dans le filet. Il fît le mort, et, dès qu'on l'eut jeié j liors du filet, il sauta comme il put, et rentra an ! fond des eaux. Yadbhavichya fut pris et tué par 1» ' pêcheurs. '

Voilà pourquoi je dis : Anâgatawdhâtrî et Pni- ' lyoutpannamati vécurent tous deux heureux eil tranquilles, etc.

Il faut donc faire en sorte que je trouve un autrt étang. ~ Si tu trouves un autre-étang, répondirs les deux cygnes, tu es sauvée ; mais, si tu vas ! la terre ferme, qud est le sort qui t'attend î — faut chercher un moyen de m'emmener avec v&

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à travers les airs, répliqua la tortue. — Comcofint trouver ce moyen ? répondirent les deux, cygnes.— Vous prendrez tous les deux le bout d'un bàxpu dans votre bec, reprit la tortue ; puis je tiendrai .ce bâton dans ma gueule, et vous vous envctoiz.

Grâce à la force de vos ailes, il me sera iadle.de m'en aller. — Ce moyen est bon, répondirent les deux cygnes ; mais /

En cherchant un moyen,, le sage doit aussi songer au mal qui peut résulter. de l'emploi de.i;e moyen : témoin la ^ôtte grue qui vit les petits de ses compagnes dévorés par des ichneumons (i).

Comment cela? demanda la tortue. JLua^àmK^ cygnes racontèrent la fable suivante :

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