LIVRE (QUATRIÈME
rait notre force qui nous a fait renverser la forteresse ennemie? N'est-ce pas plutôt la ruse soutenue par votre valeur ? — C'est grâce à votre stratagème que j'ai été vainqueur, répondit le roi. — Si vous voulez suivre mes conseils, reprit le vautour, retournons maintenant dans notre pays. Autrement, la saison des pluies venue, s'il nous faut recommencer la guerre avec un ennemi aussi fort que nous, et sur son territoire même, il ne nous sera pas facile de retourner chez nous. Pour notre bonheur et pour notre gloire, faisons la paix, et allons-nous-en. Nous avons détruit la forteresse et acquis une- grande renommée. Voilà mon avis.
« Le véritable compagnon d'un roi est celui qui, mettant le devoir avant tout, ne tient aucun compte de la satisfaction ou du mécontentement de son souverain, et lui dit même des vérités désagréables à entendre. »
« Quel est le roi sensé qui voudrait exposer •ses amis, son armée^ son royaume, sa personne, et sa réputation même, aux chances incertaines «l'une bataille ? »
« Il faut désirer la paix même avec son égal, la victoire dans le combat est douteuse, et
l'on ne doit pas risquer la chance : ainsi l'a dit Vrihaspatî. »
Quelquefois, dans un combat, les deux adversaires succombent : Sounda et Oupasounda, qui étaient de force égale, ne se tuèrent-ils pas l'an Tautre ?
Comment cela ? dit le roi. Le ministre raconta l'histoire suivante :
Vfll. — SOtlMDA ET OUPASOUNDA.
Afivs, deux Daltyas de haute stature, nommé» Somida et Oupasounda, tota&âènt régner sur les trois mondes. Us' pratiquaient de grandes austérités; et adoraient âtpaîs lougtanps le dieu qui porte la hme en gtdM de diadème (i). Le dieu fut content d'eux, etknr dit : DemxndezHnoi une faveur. Les deux-Dlaiq^s redoutables envoyèrent Saraswatf'âiipfèS'du«\lltoi, et cdleKu débonda, pour eux* une autre fifeveur que c^e qu'ils déliaient. Si' le maitre sc^nème est content de ncms deux, dit-elle, qu'il 'nous donne Parvatî, son épouse. Le dieu fiit iirilé ;
(i)' Voyez 1a note, pAge 88.
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maïs, comme il était obligé d'accorder une faveur, il donna Parvatî à ces deux insensés. Ces deux ennenns du genre humain, aveuglés par les ténèbres du mal, furent séduits par la beauté et la grâce de la déesse, et en devinrent épris. Elle m'appartient I s'écrièrent-ils l'un et l'autre, et ils disputèrent. Enfin ils convinrent de consulter un arbitre, et de s'en rapporter à sa décision. L'époux de la déesse se présenta devant eux sous la forme d'an vieux bt^mane. Us dirent aussitôt à ce brâfamaae : Nous avons obtenu cette femme par notre puissance : auquel ' de nous deux doit-elle appartenir ? Le brahmane répondit :
« Il faut honorer le brahmane parce qu'il est de la caste la plus élevée ; le kchatri}^, parce qu'il est fort ; le vaîsya, parce qu'il possède beaucoup d'argent et de grain, et le soûdra, parce qu'il sert le btàhBoxa^ (i), »
Lé devoir dû kchatriya est celui que vous devez remplir, et l'obligation qui vous est imposée est
(w%ëjear-aaan cHét 4«nt ce pomge sont ceœr «les quatre gfwrfee fêtes dont se jiiwipessiii si ii mniminr,;h; soiaiétÀ ^n» rinde. Ces quatre castes avaient des attributs et des devoirs spèctam T les » bitt—we- fin ■wiii iir ledees» -secewtotrie ; les kchatriyas, U classe guerrière ; les valsyas, la classe conmetçante et ag;ricole, et les soûdias, la classe servile.
de combattre. Lorsque le brahmane eut dit ces mots, les deux Daîtyas furent d'avis qu'il. avait Ibien parlé. Ils se précipitèrent en même temps l'un sur l'autre, et, comme ils étaient de force ^ale, ils se tuèrent tous les deux.
Voilà pourquoi je dis : Il faut désirer la paix, même avec son égal, etc.
Pourquoi ne m'avez-vous pas dit cela plus tdt? dit le roi. — Mais avez-vous bien compris tout ce que je vous ai dit ? répondit le ministre. Ce n*est pas avec mon approbation que cette guerre a été entreprise, car Hiranyagarbha mérite que l'on fasse une alliance avet lui, et il ne faut pas lui faire la guerre. On a dit :
« Il y a, dit-on, sept espèces de gens avec lesquels on doit faire une alliance ; ce sont : l'homme sincère, l'homme respectable, l'homme juste, l'homme méprisable, celui qui a beaucoup de frères, celui qui est fort, et celui qui a été vainqueur dans plus d'une bataille. »
« L'homme sincère conserve toujours sa sincérité ; lorsqu'il a fait une alliance, il ne change pas d'avis. L'homme respectable ne consent jamais à se déshonorer, même quand il y va de sa ^e. »
« Lorsque l'homme juste esi attaqué, tout le monde combat pour lui : grâce â l'amour de ses sujets et à sa justice, un prince juste est difEdle i reaverser. »
■ Nous devons aussi faire une alliance avec lliomine méprisable lorsque nous sommes menace de périr, et que sa protection seule peut nous sauver de la mort. »
a On ne pouirait briser des bambous réunis en un faisceau épais, bien seiré, et garni d'épines : Il en est de même de celui qui a beaucoup de frères. •
« Lutter contre celui qui est fort, c'est une chose à laquelle rien ne nous oblige : jamais le nuage ne va contre le vent. »
« Celui qui a été vainqueur dans plus d'une bataille est comme le fils de Yamadagni (i) : partout et toujours, il commande à tous par sa puissance. H
■ Celui qui fait une alliance avec un prince qui a été vainqueur dans plusieurs batailles a bientât rfiduit ses ennemis sous le joug, grâce à la pui sauce de son allié. »
(i) On DjumJignJ, uf^ qui eut pou GI9 Paninvill
Ce prince possède une foule de qualités : il faut par conséquent faire un traité de paix avec lui.
Je sais tout, dit le tchakravâka. Grue» va ; et lorsque tu connaîtras bien la manière de vivre de notre ennemi, tu reviendras.
Cependant Hiranyagarbha dit au tchakravâka :
Ministre, combien y a-t-il de sortes de gens avec lesquels on ne doit point faire une alliance? C*est encore une chose que je veux apprendre. — Sire, répondit le ministre, je vais vous le dire. Écoutez :
« Un enfant, un vieillard, un homme malade depuis longtemps, celui qui a été chassé par sâ famille, celui qui est lâche, celui qui a des lâches pour soldats, celui qui est avide, celui qui a des hommes avides à son service, celui dont les principaux officiers n'ont pas de dévouement, celui qui est trop attaché aux plaisirs des sens, celui qui change continuellement d'avis dans le conseil, celui qui méprise les dieux et les brahmanes, celui dont la destinée est malheureuse, celui qui attribue tout au destin, celui qui a contre lui la famkie et les calamités, celui dont Tarmée est en -désordre, celui qui ne reste pas sur son territoire, celui qui a beaoooQp d'enoemis, oeloi qui prend mai son