LIVRE (QUATRIÈME
min, rencontra le troisième voleur, qui lui dit : Brahmane, pourquoi portez-vous ainsi un chien sur votre épaule? A ces mots, il fut persuadé que c'était un chien qu'il portait. Il abandonna sa chèvre; puis il alla faire ses ablutions, et retourna chez lui. Les voleurs emportèrent la chèvre, et la mangèrent.
Voilà pourquoi je dis : Celui qui juge d'autrui par lui-même, etc.
Méghavarna, dit le roi, comment as-tu fait pour rester longtemps au milieu des ennemis, et pour leur porter du respect? — Sire, répondit Méghavarna, quand on veut servir son souverain ou accomplir ses propres desseins, que ne fait-on pas?
Considérez ceci :
« Sire, les hommes ne portent-ils pas le bois sur leur tête avant de le brûler ? Le courant d'une rivière coupe la racine d'un arbre, tout en la baignant. »
Le sage, quand il a un motif qui le fait agir, doit même, s'il le faut, porter ses ennemis sur son épaule, comme le vieux serpent qui tua les grenouilles.
Comment cela? dit le roi. Méghavarna raconta la fable suivante :
Xi. — L£ SERPENT ET LES GRENOUILLES.
ANS un jardin abandonné, il y avait un serpent nommé Mandavisarpa. Cet animal, étant très vieux, et ne pouvant plus même chercher sa subsistance, se laissa tomber sur le bord d'un étang, et y demeura. Cependant une grenouille Faperçut de loin, et lui dit : Pourquoi restez-vous ainsi sans chercher de nourriture? - Mon amie, répondit le serpent, passez votre chemin ; à quoi vous sert-il de demander à connaître Thistoire d'un être aussi malheureux que je le suis ? Cette réponse ne fit que piquer la curiosité de la grenouille, et elle pria le serpent de lui raconter ses infortunes, à quelque prix que ce fût. A Brahmapoura, dit le serpent, habitait un brahmane nommé Kaundinya, homme versé dans l'étude des Védas. Poussé par mon mauvais destin et par mon instinct de méchanceté, j'ai mordu le fils de ce brahmane, jeune homme de vingt ans qui possédait toutes les vertus. D s'appelait Sousîla. En voyant son fils mort, Kaundinya s'éva.