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DifTicultc d'un cla»scincnt chronologique des œuvrci d'Huhhema. — Kvaluaiinn du nombre Je se» tableaux. — Sa pr«fcocitc. — Incertitude au sujet de la contrée ou llobbcmu a trouvé la plupart des motifs de ses paysages. — Opinion de Bûrger il cet égnrd. — Analogies entre Hobbcmn et Ruysdael. — Supvriorit<S de ce dernier.
L'tUudc des tcuYics d'IIobbcma ne prcscntc guère moins d'obscurité que celle de sa vie. Avant lu découverte de M. Schcltema qui Hxait en i6.^8 la naissance de Tartistc, ses premiers biographes étaient disposés à en reculer la date jusque vers le commencement du xvii* siècle. En la plaçant, comme ils le tirent d'abord, en iGi i,ils se trouvaient, par suite, portes à avancer également l'époque probable de sa mort, pour laquelle la date de 1670, puis celle de 1696. avaient été successivement proposées. Suivant le dire de M. de WUrzbach, certains possesseurs de ses tableaux, désireux de se conformer à la chronologie adoptée, eurent olors l'indélicatesse de modifier les dates qui y étaient inscrites et de supprimer toutes celles qui ne leur semblaient pas concorder avec les opinions reçues. Bien qu'Hobbema ait encore vécu près de quarante ans après 1670, ces fraudes expliqueraient qu'on ne rencontre guère, en fait do productions postérieures à cette année, qu'un seul tableau portant la date de 1689, et encore cette date serait-elle fort douteuse.
Les signatures et par conséquent le classement des œuvres du célèbre paysagiste sont donc sujets à caution et ne sauraient le plus souvent, en dehors de \c\ir exécution, constituer un argument sérieux en faveur de leur authenticité. Sans même recourir ù l'hypothèse d'un démarquement pratiqué d'une manière aussi générale, les fonctions de jaugcur* juré qu'a exercées Hobbema et qui suffisaient peut-être à remplir la plus grande partie de son temps, motiveraient également l'absence de peintures exécutées après sa nomination à cette charge.
Le chiffre total de cent quarante-cinq tableaux auquel Smith est arrivé dans son Catalogue raisonne ne saurait non plus être accepté comme offrant une approximation tant soit peu exacte.
\\i moment où ce catalogue était dressé, Hobbema commens'aii de)a à cire à la mode et les prétentions des amateurs désireux de profiter de cette vogue tendaient nécessairement à grossir cette liste. Le chiffre
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donné par Smith est donc exagéré et les erreurs qu'il a pu commettre sont d'autant plus excusables que non seulement il existe des analogies formelles entre le talent d'Hobbema et celui de plusieurs de ses contemporains, mais qu'à tant de causes de confusion se joignent encore les inégalités assez grandes qu'on peut constater entre les propres ouvrages du peintre lui-même.
Quoi qu'il en soit, il est cependant permis d'affirmer que, comme celui de Jacob van Ruysdael, son maître, le développement d'Hobbema fut très précoce. Les dates anciennement portées sur des tableaux qui sont demeurés dans des collections connues nous en fournissent la preuve. Le Moulin à eau de Bridgewater-House daté de 1657, œuvre par conséquent d'un Jeune homme de dix-neuf ans, est déjà d'une facture accomplie, et la date de i65i, portée sur un dessin du musée de Berlin, si elle e^t authentique, serait un témoignage encore plus significatif de . cette précocité. Mais le nombre et la qualité des œuvres d'Hobbema comprises entre i663 et 1669 attestent que ce fut là pour lui l'époque de la maturité. On serait donc d'autant plus étonné de lui voir accepter, à ce moment, une charge qui allait le détourner de la peinture alors qu'il était en pleine possession de son talent, si les difficultés matérielles de son existence ne Justifiaient pas un peu cette détermination.
On a longuement discuté sur la contrée qui a le plus souvent fourni à Hobbema les données de ses paysages. Bûrger, qui a, plus que personne, contribué à remettre en honneur le peintre et ses œuvres, insiste avec raison sur ce fait qu'un grand nombre de ses tableaux représentent le même motif. « Il est étonnant, ajoute-t-il, que le caractère si bien marqué de ces paysages n'aide pas à retrouver le pays où il a peint d'habitude... Un artiste qui en aurait le temps devrait parcourir à pied toute la Hollande, pour le moins la Frise et la Gueldre, où il est le plus probable que Hobbema a travaillé, jusqu'à ce qu'il ait rencontré les moulins, les cottages, les ruisseaux et les étangs du mystérieux amant de la nature. » Ce pays d'Hobbema, Btirger lui-même croyait plus tard l'avoir retrouvé sur le parcours du chemin de fer de Dortmund à Dusseldorf. «Les maisons, construites absolument comme celles d'Hobbema, ont des toits rouges, du même ton absolument. Le pays aussi est le même : de petits cours d'eau avec des passerelles en bois, dés mares avec des Joncs et des saulaies, de ces arbres au feuillage roux, particuliers à Hobbema. Il doit y avoir eu des moulins, remplacés sans doute aujourd'hui parles machines
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de la grande industrie qui couvre toute cette contrée, sans lui avoir pourtant ôté son caractère. Seulement il y a. par-ci, par-là, des collines boisées et un mouvement très pittoresque du terrain. De l'autre côté du Rhin, sur la rive gauche, de Dusseldorf à Gladbach, par exemple, c'est encore le paysage d'Hobbema, et même bien mieux, car le pays est plat, sans aucune ondulation. Hobberaa aurait-il remonté le Rhin jusque dans ces parages ? On a supposé quelquefois qu'il avait habité la Westphalie '. » Nous serions, de notre côté, assez disposé à partager l'opinion plus généralement admise aujourd'hui que, sans sortir de la Hollande, on trouverait des ressemblances plus frappantes entre lés paysages qu'a peints Hobbema et ceux qu'on peut rencontrer dans certaines parties de la Drenihe ou de la Gueldre. A vrai dire, les aspects qu'Hobbema s'est plu à en retracer ne laissent pas d'être un peu monotones. Ces ruisseaux, ces cours d'eaux qui serpentent à travers de riches campagnes, ces étangs dont le miroir tranquille reflète fidèlement les bouquets d'arbres espacés sur leurs rives, ces recoins gracieux avec leurs moulins couverts de planches grisâtres et leurs maisons aux toits rouges, bâties en pisé et blotties sous d'épais ombrages, ces canaux silencieux au-dessus desquels les saules marient leur feuillage argenté à la verdure foncée des chênes, toutes ces aimables perspectives qui forment ses données les plus habituelles, peut-être l'artiste en a-t-il un peu trop multiplié les images sans assez les varier. Quand on visite les collections anglaises dans lesquelles se trouve maintenant réunie la plus grande partie de son (cuvre, on finit par être un peu lassé de ces répétitions presque pareilles et dont la qualité d'ailleurs est aussi très variable.
Si dans les meilleures acceptions qu'il en faut signaler — dans le grand Paysage de lord Hatherion signé et daté de i663, dans celui de lady Dudiey, dans le Moulin à eau et ï Entrée de forêt de Sir Richard Wallace, dans le Moulin de lord Overstone, dans le Chemin à travers la forêt du marquis de Bute, dans la Forêt de M. Holford, dans un des deux Paysages de Buckingham-Palace, dans le Paysage avec moulin de Duhvich-College (no i3i), dans le Village et le Paysage boisé de la National Gallery (nos ^32 et 995), enfin à Paris, dans \e Moulin de M.lcbai'on A. de Rothschild, peinture d'une tenue et d'une conservation superbes, qui reproduit en largeur la disposition et les arbres mêmes de notre tableau du Louvre-^ on trouve avec une couleur claire, une lumière vive et gaie et une sûreté
i. Bûrger, les Musées de Hollande : le Musée Van der Hoop, p. 128 et suiy;
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ircxccutiun qui t'unt vuluir lu grâce et lu rustique intimité de ces Minples inutits, il faut bien reconnuitre que, même dans ces exemplaire» choisi», «.es motifs trop peu variés parutssent assez monotones.
Mais dans la plupart des galeries anglaises que nous venons de citer, et dans d'autres encore : chez le duc de Westminster, à Grosvenor-House, chez le duc de Bcdford, au musée d'Edimbourg (n»» 5oi et 5i3',àla National Gallery [n*** 685, 833, 995) et dans un grand nombre de musées et de collections du continent, ce sont ces mômes motifs que nous retrou» vons sans grandes modifications et trop souvent dépourvus des qualités qui pourraient les recommander à notre attention. Parfois, en effet, l'exécution y manque complètement de souplesse; la touche est rude, morcelée, égale, peu en rapport avec la diversité des éléments pittoresques que l'artiste se propose de rendre, ou avec la place qu'ils occupent dans son tableau.
Pauvre dans les premiers plans, cette exécution reste dure et heurtée dans les lointains qui, au lieu d'être noyés et de présenter un repos pour le regard, l'attirent et l'arrêtent par de menus détails trop fortement accusés, par ces arbres ronds et grêles qu'Hobbcma surcharge d'empâtements aussi saillants que s'ils occupaient les devants du tableau. Les dispositions ne brillent pas non plus par la simplicité; la silhouette déchiquetée des végétations se découpe durement sur le ciel et avec leurs panaches de verdure, leur ramure dégingandée et la lourdeur de leur feuillage, les arbres demeurent indécis et mous dans leur structure. Il semble que le peintre soii resté indifférent en face de la nature, qu'il ne l'ait pas consultée avec cette conscience et cette émotion que Ruysdael mettait dans ses études et dont on voudrait trouver plus profondément la marque chez celui dont on a prétendu faire son émule.
Cette monotonie, cette uniformité de facture, cette abondance exagérée de détails et cette insigniriancc trop fréquente des motifs que nous relevons dans les œuvres d'Hobbema suffiraient ù nous donner une idée assez médiocre de son intelligence, si d'autre part nous ne trouvions une nouvelle preuve du peu de distinction de ses goûts dans ce mariage contracté par lui avec une servante, son aînée de quatre ans, et aussi dans l'attachement très modéré qu'il devait professer pour son art. puisque nous le voyons rechercher une charge qui, en absorbant de plus en plus son activité, allait le détourner peu à peu de la pratique de cet art. En pensant à la vogue excessive dont jouit Hobbema. on se sent donc porté
à réagir contre la vivacité de cet engouement, à croire que, dans cette réiiabilitation d'ailleurs légitime d'un talent très réel, on a quelque peu dépassé la mesure, à protester surtout contre ces admirations irréfléchies qui n'allaient à rien moins qu'à l'égaler à Ruysdael ou mênie à proclamer sa supériorité.
A propos de cette tendance contre laquelle nous nous étions élevé', nous avons été heureux de voir confirmer nos sentiments par un des maîtres de la critique et nous ne pouvons résister au plaisir de citer à l'appui de notre jugement l'appréciation de M. P. Mantz qui, à l'occasion d'une œuvre importante d'Hobbema exposée à l'École des Beaux-Arts en 1887, s'exprime en ces termes: « Une observation reste permise à propos de ce maître au profit duquel on a voulu, très injustement, détrôner Ruysdael. Bien que Hobbema n'ait pas laissé de mémoires, son raisonnement est facile à reconstituer. Puisque, disait-il, tous les gens d'Amsterdam savent que la nature est ma maîtresse, je dois me conduire en galant homme en la mettant dans ses meubles. Et dès lors il ne songe plus qu'à enrichir sa bien-aimée. Il ajoute des arbres aux arbres qu'elle possède; il multiplie le nombre des branches; à ces rameaux déjà fort bien pourvus, il annexe des feuilles; il complique les plis du terrain, il introduit dans le gazon des brins d'herbe surnuméraires. La campagne d'Hobbema devient très opulente; elle reste pour nous un peu chargée, si l'on songe à la simplicité qui avait suffi aux ancêtres. L'histoire est sans doute pour quelque chose dans ce phénomène. En effet, si robuste qu'il soit, Hobbema n'est plus tout à fait du bon temps. Sa vie se prolonge jusqu'en 1709. C'est dire qu'il a vu mourir tous les héros et commencer la décadence hollandaise. Il est énergique, plantureux, mais surabondant^. »
Osons donc le dire, Hobbema dans la plupart de ses œuvres est fort inférieur à Ruysdael. Il n'a ni cette fécondité, ni ce niveau constant, ni ce grand art de la composition, ni cette force de sentiment, ni cette entente de l'unité, ni cette élévation poétique qui assurent à son maître le premier rang dans l'école des paysagistes hollandais. II n'a pas su Oaractériseï* comme lui, et d'une manière définitive, quelques-uns des aspects les plus saisissants de son pays, dans des types inoubliables comme le Èutsson, le Champ de blé, la Tempête, la Dune d'Overveen, la
1. Voir unô Etude publiée dans VAi't, i5 juin et i"'' juillet 1886.
2. Article sur l'Exposition au pro/ît des inondés, dans le Temps du 16 février 1887.
MEYNDERT HORHKMA si
Place de Scheveningtte, la Forêt du musée du Belvédère, ou le Marais lie TErmitagc. Les productions d*Hobbcma n*ont pas cette diversité, ni cette valeur. Kllcs sont, en général, d'ordre moyen, et les riches contrée», les épais ombrages que d'ordinaire il a représentés ne pouvaient guère, au surplus, lui fournir des impressions aussi originales. C'est surtout par SCS côtés mélancoliques, tristes ou sauvages, que la nature du Nord nous frappe et nous émeut, et c'est quand il traduit éloquemment l'austérité et la désolation de ses coins les plus misérables que Ruysdael nous captive le plus silrcmcnt.
Il n'est que juste d'ailleurs de rappeler que, dans quelques-uns de ses motifs, Hobbema se ropproche assez de Ruysdael pour qu'on soit arrivé ù le confondre plus d'une fols avec lui. Ajoutons cependant que, si plusieurs de leurs compositions se ressemblent, cette analogie toute superficielle ne s'étend pas à leur exécution. Quiconque a un peu étudié le style et la facture des deux maîtres a pu observer entre eux des différences assez marquées pour éviter pareilles confusions. Comme Ruysdael, du reste, Hobbema s'est plu à représenter à diverses reprises un mcmc site, reproduit presque de la même place; mais tandis que chez Ruysdael chacune de ces images nous offre une impression nette et souvent même très différente, qui a sa valeur propre et ne fait presque jamais double emploi, Hobbema recommence, presque sans y rien changer, le même tableau et en prodigue à satiété les répétitions, sans qu'aucune d'elles se recommande par un intérêt ou par un mérite suffisants.