‹ Hobbema et les paysagistes de son temps en HollandeChapitre 5 sur 10 · LE MOULIN A EAU · texte numérisé non relu

LE MOULIN A EAU

Tableau do Moviivlcrt HobK-mj. — (Mii«(Sc du I.ouvrc )

près le même aspect', avec son enceinte, ses tours et ses portes restées debout. Le lierre continue d'accrocher ses guirlandes aux briques disjointes et, comme autrefois, les canards se livrent à leurs ébats dans Teau stagnante des fossés ou font voluptueusement leur sieste parmi les touffes de gazon, tandis que les corneilles et les corbeaux installés en maîtres dans- les recoins des vieilles murailles font retentir l'air de leurs incessantes criailleries.

Si le motif du château de Brederode diffère complètement des données habituelles d'Hobbema, il n'est que Juste de remarquer aussi que, parmi ses productions, quelques-unes, à raison de leur rare mérite, se détachent de l'ensemble de son œuvre et nous paraissent seules dignes de l'admiration dans laquelle on est trop souvent porté à les confondre toutes. Avec le Paysage de lord Hatherton, VEntrée de forêt de Sir Richard Wallace, le Village sous des chênes, paysage en hauteur appartenant à S. M. le roi des Belges, pendant de notre Moulin du Louvre et presque d'égale valeur, enfin ce Moulin lui-même et V Avenue de Middelharnis de la National Gallery [x\° 83o) doivent, selon nous, être tirés hors de pair. C'est à ces deux derniers tableaux surtout que nous voulons nous arrêter, parce qu'ils nous offrent comme un résumé des meilleures qualités de l'artiste.

Il est difficile cependant de ne pas être un peu choqué par la composition de l'Avenue de Middelharnis. Cette route venant de face et qui coupe assez gauchement la toile par le milieu, ces arbres grêles dont elle est symétriquement bordée et qui n'ont conservé à leur sommet qu'un mince plumet de feuillage, ces fossés parallèles qui s'allongent de chaque côté de l'avenue, cet autre chemin qui la coupe perpendiculairement, enfin cette pépinière de rosiers et d'arbustes régulièrement plantés en files droites, tout cela, il faut en convenir, n'est pas d'un aspect très pittoresque. Et pourtant, à force de talent, Hobbema parvient à nous intéresser à cette donnée plus que médiocre. La conservation du tableau, qui a fait partie de la collection de Sir R. Peel, est d'ailleurs parfaite et sa couleur franche et claire est restée d'une limpidité exquise. Les tons bruns de la végétation et les colorations gris jaunâtre de la route s'har-

I. La partie inférieure de la ruine et les fosse's ont seulement été déblayés, et, dans ces dernières années, par suite d'une restauration assez malencontreuse, une tourelle à clocheton et quelques créneaux ajoutés à l'un dçs biltiments çn ont un peu modifié la silhouette.

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monisent délicatement avec le bleu amorti d*un ciel paisible o{i flottent iiuclques nungcs blancs. C'est avec une justesse étonnante de valeur et d'intonation que Tcau des fossés reflète dans une gamme plus sourde ce ciel lumineux. L'cxi:cution, d'une largeur et d'une sûreté extrêmes, t'accorde merveilleusement avec cette tranquille image de la nature hollandaise. Des personnages bien posés et répartis avec à*propos — un jeune seigneur élégamment vciu, son fusil sur l'épaule, qui s'avance sur la route avec un chien, et un horticulteur occupé à grerfcr dans sa pépinière — complètent l'impression d'un tableau dont la date, malheureusement nssez confuse: 16-9, semble à l'auteur du catalogue devoir être lue i68«,i, tandis que nous y lisons plutôt 1669. Il serait assez étonnant, en eflet, qu'une œuvre aussi parfaite ait pu ctrc peinte après la longue interruption que les fonctions qu'il remplissait avaient apportée dans le travail de l'artiste.

Le Moulin du Louvre, s'il n'est pas de qualité plus haute, est du moins mieux composé, plus complet, d'une facture plus personnelle ci nous parait de tout point le chef-d'œuvre d'Hobbema. Le motif est emprunté à la contrée qui l'a inspiré le plus souvent, mais la disposition en hauteur qu'il a adoptée ici présente ce motif sous un aspect original et renouvelle en quelque sorte la donnée. Le groupe des arbres du premier plan se détache vigoureusement sur le ciel et leur silhouette, découpée avec une fermeté et une netteté extrêmes, encadre très heureusement l'horizon éclairé par un soleil radieux. Sous cette vive lumière, les moindres détails sont précisés d'une touche incisive et nerveuse, souple cependant et appropriée aux objets que l'artiste veut représenter. Malgré la complication des détails, l'aspect général est plein de force et de simplicité. Sans incertitude, sans eflort, on peut suivre la structure capricieuse de ces trois arbres si hardiment campés, Tenchcvctrement de leur ramure, le mélange de leur frondaison variée. Dans le désordre apparent de ces masses toutfues, Hobbcma a su se reconnaître, conserver la vie et la diversité des formes et des nuances, noter, avec la qualité propre des colorations, les dégradations insensibles que l'espace leur apporte dans les difl'érents plans; il a multiplié ces plans et fait jouer gaiement la lumière entre les trouées des arbres. Tout cela est librement exécuté, en pleine pâte, a\cc entrain, sans trace de reprise, sans hésitation comme sans fatigue. Le ciel surtout est d'un parti merveilleux : soutenu vers le haut, il vient, dans sa partie moyenne, opposer aux plus

o6 LES ARTISTES CÉLÈBRES

grandes vigueurs du tableau Téclat d'un beau nuage dont les blancheurs nacrées s'arrondissent paresseusement sur un pâle azur. Les personnages aussi sont excellents. Nombreux et varie's, ils sont d'une exécution singulièrement habile et si discrètement espacés qu'il faut chercher aux divers plans ces petits pêcheurs assis sur la berge, ces paysans, ces ouvriers qui devisent entre eux ou vaquent à leurs occupations, ce gentilhomme qui se promène à l'écart, une longue canne à la main; et avec eux, tous ces animaux surpris dans leurs attitudes les plus... familières. Ces personnages, ces animaux si plaisants à voir sont-ils véritablement de Storck, ainsi que le dit le Catalogue du Louvre? Dans ce cas, il aurait mieux traité Hobbema qu'il ne se traitait lui-même et il n'en est pas, que nous sachions, d'autres de lui qui soient enlevés avec cette justesse et cette spirituelle liberté de pinceau. Nous y reconnaîtrions plutôt le goût et la main d'Adrien van de Velde. De qui soient-ils, ils achèvent ce pur chef-d'œuvre dont Fromentin, dans une page exquise, n'a pas trop vanté les qualités et le charme : « Ce Moulin est une œuvre si charmante, il est si précis, si ferme dans sa construction, si voulu d'un bout à l'autre dans son métier, d'une coloration si forte et si belle, le ciel est d'une qualité si rare, tout y paraît si finement gravé, avant d'être peint, et si bien peint par dessus cette âpre gravure; enfin, pour me servir d'une expression qui sera comprise dans les ateliers, il s'encadre d'une façon si piquante et fait si bien dans For, que quelquefois, apercevant à deux pas de là le petit Buisson de Ruysdael et le trouvant jaunâtre, cotonneux, un peu rond de pratique, j'ai failli conclure en faveur d'Hobbema et commettre une erreur qui n'eût pas dure, mais qui serait impardonnable, n'eût-ellc été que d'un instant'. » On ne saurait mieux dire en vérité, et tout homme de goût, en présence du Moulin, ressentira l'admiration si délicatement exprimée par Fromentin, sans être tenté pour cela de lui sacrifier le Buisson de Ruysdael et de le trouver « jaunâtre, cotonneux et un peu rond de pratique ».

Quand on copie un paysage d'Hobbema, on est frappé de l'abondance extrême des détails qu'il renferme. Il semble qu'il ne saurait mettre assez de choses dans son tableau. Tous les éléments qu'il y réunit sont d'ailleurs empruntés à la réalité et, du mieux qu'il a pu, il s'attache à les exprimer; mais il les rapproche, les resserre de façon à en multiplier le nombre, croyant ainsi former un ensemble plus pitto-

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