Decaen, Mémoires inédits
S.Ibid.
qu'il était satisfait de ses explications et parut convaincu que les péripéties de la bataille s'étaient réellement déroulées suivant les conceptions de Moreau. Quelque temps après, il déclara, si Ton en croit la duchesse d'Abrantès, que « dans la journée de Hohenlinden, rien ne fut le résultat du hasard...; que Moreau avait fait le plan d'avance, et que rien ne vint le changer^ ».
A Sainte-Hélène, manquant de mémoire ou revenu sur sa première appréciation, Napoléon a émis un jugement opposé : « La bataille de Hohenlinden a été une rencontre heureuse ; le sort de la campagne y a été joué sans aucune combinaison 2)). Et insistant sur cette opinion, Napoléon dit encore: (( Sans doute, la bataille de Hohenlinden fut très glorieuse pour le général Moreau, pour les généraux, pour les officiers, pour les troupes françaises. C'est une des plus décisives de la guerre; mais elle ne doit être attribuée à aucune manœuvre, à aucune combinaison, à aucun génie militaire'^ ».
Comment Napoléon conciliait-il cette appréciation avec celle de la lettre du 15 nivôse an IX? Dacaen, s'il a dit vrai, lui avait donné pourtant tous les renseignements désirables, et son récit n'avait pu que le confirmer dans son premier jugement.
« On a dit que Moreau avait ordonné la marche de Richepance et de Decaen sur Altenpot (Maitenbeth), pour prendre en flanc l'ennemi! Cela n'est pas exact ; tous les mouvements de l'armée française, pendant la journée du 3, étaient défensifs. Moreau avait intérêt à rester, le 3, sur la défensive, puisque, le 4, le général Lecourbe devait arriver sur le champ de bataille, et que, le 5, il devait recevoir un autre puissant renfort, celui de Sainte-Suzanne. Le but de ce mouvement de
1. Duchesse d'Abrantès, Mémoires, t. IV, p. 139. "À. Mémoires de iVapo^eoM (Gourgaud), t. H, p. 52. 3. Ibid., p. 58.
Decaen et de Richepance était d'empêcher rennemi de déboucher dans la forêt pendant la journée du 3 ; il était purement défensif 1 ».
Ces appréciations sont-elles conformes aux faits?
(( Je m'attendais à être attaqué par l'armée ennemie à Hohenlinden, écrivait Moreau le soir même de la bataille, et j'avais donné ordre aux généraux Richepance et Decaen de déboucher par Christoph sur Maitenbeth, et de tomber avec vigueur sur les derrières de cette attaque ^ ».
L'idée de la manœuvre se trouve donc nettement formulée dans cette lettre. Mais il faut, en bonne critique, n'en pas tenir compte, Moreau pouvant avoir dénaturé les instructions données à ses divisionnaires, afin de les faire cadrer après coup avec les résultats et de s'attribuer le mérite d'une victoire due au hasard ou à l'initiative de subordonnés. De même, il convient de faire abstraction de l'entretien qu'eut Decaen avec Moreau le 11 frimaire au soir ^, entretien relatif au plan du lendemain, et que relatent ses Mémoires inédits écrits en 1824. On observera toutefois que si Decaen a manqué de sincérité, il a eu tout intérêt à reproduire les ordres de Moreau avec moins de précision, de façon à augmenter la part qui lui revient dans le succès.
La question p3ut se poser ainsi : existe-t-il des documents antérieurs à la bataille et contenant l'ordre net et formel de Moreau à Richepance de se rabattre par Christoph et Maitenbeth (( sur les derrières » de l'ennemi?
A la vérité, cet ordre même n'existe pas, conçu du moins en ces termes précis. La raison en est simple. Moreau ne pouvait évidemment prévoir que Richepance déboucherait de Maitenbeth après le passage complet de la colonne autri-