CHAPITRE VII
Plan d'opérations de l'armée autrichienne.
Projet de Lauer. — Défensive possible des Autrichiens derrière l'Inn. — Opinion de Napoléon à ce sujet. — Plan de Weyrother. — L'archiduc Jean se propose de manœuvrer pour déborder l'aile gauche des Français et atteindre leurs communications. — Nécessité de se couvrir vers l'Inn moyen. — Confiance de l'archiduc Jean dans son plan. — Instructions adressées à l'armée le 23 novembre. — Avis de l'archiduc Charles : rester sur la défensive jusqu'au printemps. — L'opinion de Weyrother; elle prévaut contre celle de l'archiduc Charles. — Appréciations de Jomini; nécessité pour les Autrichiens de se ménager une nouvelle ligne de communication par Ratisbonne sur la Bohême. — Marches de concentration très pénibles. — Fatigue des troupes avant le début des opérations.
Lorsque l'Empereur s'était rendu à Tarmée le 8 septembre, il avait accepté, en prévision cle la reprise des hostilités, un plan d'opérations précédemment élaboré par Lauer.
Le projet ainsi adopté prévoyait une marche offensive sur Munich par les routes de Wasserburg et de Mûhldorf. Ce mouvement devait être exécuté par le gros des forces constituant le centre de Farmée autrichienne. Pendant ce temps, Jellachich s'avancerait dans la vallée de FlUer, tandis que les autres corps, stationnés dans le Tyrol, se tiendraient sur la défensive : Grammont surveillant les passages d'Ehrenberg et d'Heiterwang, Grùnne le défilé de Tegernsee; Hiller devait tenir ses forces rassemblées entre Scharnitz, Seefeld, Zirl et ïelfs. Quant à Auffenberg, il avait à garder le cours supérieur de rinn jusqu'à Landeck. Le mouvement offensif du centre autrichien devait, en outre, être appuyé par Klenau, qui, renforcé par le corps auxiliaire bavarois, avait ordre de franchir le Danube près de Kelheim, de laisser ensuite Ingolstadt sur sa droite et de chercher à prendre à revers l'aile gauche de Tar-
mée française. Enfin, Ton espérait que les forces combinées des généraux Simbschen et Szent-Keresty, ainsi que la place forte de Wiirzburg, seraient suffisantes pour s'opposer aux tentatives possibles d'Augereau sur Bamberg*.
Les ordres de mouvement relatifs à cette opération furent expédiés et reçurent même, dans la journée du 19 septembre, un commencement d'exécution ; les colonnes qui devaient prononcer l'attaque réservée au centre autrichien s'étaient déjà mises en marche pour gagner leurs points de concentration, lorsqu'elles reçurent l'ordre de s'arrêter : la nouvelle venait, en effet, d'arriver que les négociations relatives à la prolongation de l'armistice avaient eu une heureuse issue, et que la supension des hostilités était prolongée de quarantecinq jours ^.
A la suite de la convention de Hohenlinden, l'armée autrichienne s'était retirée sur les deux rives de l'Inn. Ce fleuve, profond et impétueux, formait une excellente ligne de barrage. « Les forteresses de Braunau et de Kufstein, mises dans le meilleur état de défense, en étaient comme les bastions, et dans leur intervalle divers postes bien retranchés, les têtes de pont de Wasserburg et de Mûhldorf, ' les escarpements, les terrains ravinés et entrecoupés de bois, de lacs et de marais, entre l'Inn et la Salzach, ne permettaient pas de s'y engager contre des forces supérieures ^ ».
On aurait pu croire, dans ces conditions, qu'au moment de la reprise des hostilités, les Autrichiens ne négligeraient pas les avantages offerts par cette position. Cette hypothèse était d'autant plus justifiée que l'armée, composée en grande partie de recrues insuflisamment exercées ^ semblait plus préparée
1. Carrion-Nisas, loc. cit., Pièces justificatives (Notices extraites du registre de renseignements secrets de l'adjudant général Claparède), p. 155.