Ibid
tenant sur la défensive il ne pouvait efficacement surveiller le front considérable de sa position, et que seule une marche offensive pouvait donner des résultats décisifs. Mais la question se posait de savoir sur quel point seraient portés les premiers coups : à gauche, au centre, ou à droite? Opérer avec Faite droite en Franconie et en Souabe, ou avec l'aile gauche dans le Tyrol, c'était exposer ces corps à se faire battre isolément : c'était donc entre le Danube et le Tyrol que devait être dirigé l'effort principal. Sans doute, de nombreuses raisons poussaient à entamer ce mouvement en prenant pour base le cours supérieur de l'Inn et en opérant le long de la frontière nord du Tyrol : de ce côté, la route était meilleure, le ravitaillement plus facile et la retraite assurée ; mais de sérieux inconvénients paraissaient aussi devoir s'opposer à l'adoption de cette solution ^ En effet a à l'est de Munich et jusqu'à une demi-lieue de la ville, s'étendaient les forêts d'Ebersberg et d'Anzing, forêts d'une étendue considérable, coupées de taillis impénétrables et de fréquentes clairières, et dont le sol marécageux se prêtait mal aux mouvements d'une armée. Depuis plusieurs mois, elles étaient en la possession de l'ennemi, qui avait eu le temps de les explorer et de les faire reconnaître. Si, grâce à cet obstacle, l'ennemi réussissait à masquer sa position initiale et ses mouvements au cours du combat, il ne manquerait pas de profiter de la connaissance qu'il avait du terrain pour opérer, par le plus court chemin, la jonction de ses forces, ce qui le mettrait dans une position très avantageuse, puisque les généraux autrichiens, ignorant complètement les voies d'accès de ces forêts, ne pourraient recevoir les rapports en temps voulu et se trouveraient, par suite, dans l'impossibilité de combiner leurs efforts au moment opportun- ».
1. L'archiduc Jean à l'empereur François, Wels, 9 novembre (K. K. Archiv, XI, 16) (Hûtîer, loc. cit., p. 415etsuiv.).
2. Ihtd. — Il semble, en lisant ces lignes extraites d'une lettre de l'archiduc
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Cette marche en avant, dangereuse en elle-même pour les troupes formant le centre de l'attaque, n'était pas moins menaçante pour celles chargées d'opérer à droite et à gauche. L'aile droite jusqu'à Passau était entièrement découverte : elle pouvait facilement, soit être attaquée, à la faveur du terrain accidenté, à proximité d'Erding et de Dorfen, sur sa ligne de communications avec Wasserburg, soit tournée par Mûhldorf et Marktl par des troupes débouchant de Landshut. Cette dernière hypothèse pouvait, si elle se réalisait, devenir lourde de conséquences pour l'armée. Du côté du Tyrol, les gorges du Langwartbach et les lacs de Tegern et de Schlier permettaient à l'ennemi, maître du cours supérieur de l'Isar, de menacer le flanc gauche des Autrichiens et de parvenir à leur insu jusqu'à Rosenheim. Enfin, à toutes ces considérations venaient s'ajouter le danger d'une attaque possible sur le flanc droit pendant une marche offensive par la vallée de risen, et aussi la difficulté de franchir plus tard Flsar dans cette région ^
Une offensive dirigée par Eggenfelden sur Landshut, en prenant comme base le cours inférieur de l'Inn, paraissait à l'archiduc Jean susceptible de donner lés résultats les plus décisifs avec les moindres risques. « Puisque la concentration initiale de l'armée d'opérations peut être effectuée en toute sécurité entre Binabiburg et le cours de la Vils — en arrière pourtant de la ligne de démarcation — on voit sur la carte, écrivait-il, le 9 novembre, à l'Empereur, que l'on se trouve ainsi éloigné de 2 milles allemands seulement de Landshut et, au maximum, de 3 de Mûhldorf ou d'Ampfîng. En supposant que nous rencontrions l'ennemi, établi avec des forces
Jean, que ce prince ait eu le pressentiment de ce que serait la bataille de Hohenlinden.
1. L'archiduc Jean à l'empereur François, Wels, 9 novembre 1800 (K. K. Archiv, XI, 16).
égales aux nôtres, en arrière de la Vils, près de Vilsbiburg, il est indubitable qu'aucune circonstance malheureuse ne peut nous faire perdre la possession de la route de Salzburg par Mûhldorf et Burghausen, si, pendant la bataille, nous sommes couverts sur notre flanc gauche et si nous avons le soin d'assurer, par des forces suffisantes, la sécurité du cours supérieur de Tlnn pour quelque temps seulement. Ainsi, une première, une seule victoire, rendue plus facile encore par un terrain entièrement découvert et propice aux évolutions des trois armes, nous permet de gagner, le jour même, Landshut et même la rive gauche de FIsar, qui, au contraire de la rive droite, ne se prête à aucune défense. Une fois que nous serons maîtres delà ligne de l'Isar, l'ennemi sera obligé d'évacuer Ratisbonne et ne pourra s'opposer à notre jonction avec Klenau, que nous appellerons immédiatement à nous, sur la rive droite du Danube, et à qui nous ferons prendre position sur le cours de la Paar, de manière à couvrir notre flanc droit contre Ingolstadt ou contre toute autre tentative de l'ennemi * ».
Il n'était cependant pas prouvé que les Français auraient la complaisance d'attendre, sur les bords de la Vils, les coups que les Autrichiens se préparaient à leur porter. Il était, au contraire, plus probable qu'ils imposeraient à leur adversaire une longue marche de flanc parallèlement à la ligne de démarcation; qu'ils tiendraient toutes leurs forces groupées ; aux environs d'Ebersberg et de Hohenlinden, obligeant ainsi les Autrichiens à livrer bataille avant le passage de l'îsar ; qu'ils feraient tout leur possible ensuite pour forcer le passage de rinn moyen entre Rosenheim et Wasserburg, pour gagner, avant les Autrichiens, la route de Salzburg et pour les couper complètement du Tyrol, tandis que Macdonald et Lecourbe,
1. L'archiduc Jean à l'empereur François, Wels, 9 novembre 1800 (K. K. Archiv^ XI, 16).
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par TEngadine et la Souabe, attaqueraient de front le corps d'occupation du Tyrol*.
On reconnut donc, au quartier général autrichien, la nécessité de se couvrir sur l'Inn vers Rosenheim et Wasserburg ainsi que dans le Tyrol. L'archiduc Jean estimait qu'il pouvait, avec 12.000 hommes, occuper le cours moyen de l'Inn qui constitue par lui-même une sérieuse position défensive, rendue plus forte encore par des travaux de fortification, et que 20.000 hommes étaient suffisants pour parer à unepremière attaque dirigée sur le front de la région septentrionale du Tyrol. Quand bien même f ennemi aurait envahi le Tyrol et occupé la ligne de l'Inn, l'archiduc comptait, avec l'armée d'opérations, se porter à marches forcées par Landshut, Dachau et Landsberg sur Schongau et Fûssen, où il comptait, non sans optimisme, passer le Lech, « quatre jours après le commencement des opérations^ ».
Dans l'esprit de l'archiduc Jean, les Français ne devaient pas chercher à s'opposer à ce mouvement. Ils s'exposaient, à son avis, à perdre ainsi toutes leurs communications avec les villes principales de Bavière et de Souabe et à laisser détruire par farmée autrichienne le corps qui aurait pénétré dans le^ Tyrol.
Une autre hypothèse paraissait plus vraisemblable : peutêtre l'ennemi chercherait-il à réparer la perte de sa position sur la Vils, et, dans ce but, se porterait-il, par Munich et Freising, au-devant des colonnes autrichiennes en marche vers le Lech, cherchant, avec toutes ses forces, à les rejeter sur l'Isar. Cette opération, dans la pensée du jeune commandant en chef de^ fermée d'Allemagne, devait, si elle se réalisait, tourner encore à l'avantage des Autrichiens. « Nous aurons alors déjà franchi
1. L'archiduc Jean à l'empereur François, Wels, 9 novembre 1800 (K. K. Archiv^ XI, 16).