Carrion-Nisas, loc. cit., p
PLAN d'opérations DE l'aRMÉE AUTRICHIENNE 105-
(( L'aile droite de l'armée, stationnée en Bavière — y lisaiton — se rassemblera sur la route de Vilsbiburg, en deçà de la ligne de démarcation, et se tiendra prête, le 27 (novembre), à se porter, au point du jour le 28 — date à laquelle les hostilités, suspendues par un armistice de courte durée, doivent reprendre effectivement — avec toutes les forces réunies sur Landshut par Vilsbiburg ; elle attaquera l'ennemi qu'elle trouvera peut-être en face d'elle, et, après l'avoir battu, s'emparera du passage de l'Isar près de Landshut ; de là, elle seportera, à marches forcées et en conservant toujours ses forces groupées, par Moosburg et Freising sur Munich ou, de préférence, sur les hauteurs de Dachau.
))Les forces rassemblées pour l'opération de l'aile droite sont si considérables que l'on peut espérer, avec toute la probabilité des événements militaires, chasser de sa position l'ennemi établi peut-être avec l'ensemble de ses forces en avant de Landshut, gagner la rive gauche de l'Isar, et même s'en rendre maître, au cas où l'ennemi chercherait à empêcher le passage en prenant position de l'autre côté de la rivière ; la rive droite offre, à cet égard, tous les avantages sur la rive gauche. Enfin, si l'ennemi avait concentré ses forces principales sur les routes se dirigeant du haut Isar et de Munich sur Rosenheim, Wasserburg et Ampfing, et s'il se proposait de forcer le passage du cours supérieur de l'Inn, au moment où l'aile droite franchirait l'Isar près de Landshut, celle-ci conserverait la direction indiquée et hâterait d'autant plus sa marche, de manière à ne rien négliger pour gagner Dachau ; car on est absolument convaincu que l'ennemi sera obligé de renoncer entièrement à ses projets sur l'Inn supérieur lorsqu'il verra toute une armée non seulement menacer ses communications, mais encore attaquer vigoureusement, avec ses forces groupées, les troupes qu'il pourrait destiner à pénétrer dans le nord duTyrol.
)) Pour permettre aux opérations de Taile droite de produire tout leur effet, il sera nécessaire que celles de nos troupes stationnées dans le Tyrol et sur l'Inn supérieur opposent sur place, aux progrès de Tennemi, une résistance aussi sérieuse que possible, de manière à assurer à l'armée d'opérations les quelques jours seulement qui lui sont nécessaires pour parcourir la faible distance de Vilshofen à Dachau par Landshut; l'armée, de son côté, fera tout ce que permettent Tactivité et le dévouement militaires...
» ... Ce qui importe surtout, c'est que l'on ne recule devant aucun sacrifice pour empêcher l'ennemi de passer l'Inn supérieur tout au moins jusqu'au moment où notre armée se sera avancée sur la rive gauche de l'Isar jusqu'à Dachau ; alors, ou bien l'ennemi renoncera de lui-même à son projet primitif, ou bien l'armée [autrichienne] l'y forcera par une vigoureuse attaque prononcée sur ses derrières * ».
L'archiduc Charles ne partageait pas les idées de son frère relativement au plan initial des opérations : pour lui, c'était du côté du Tyrôl que devait surtout se porter l'attention. Dans la saison où l'on se trouvait, il ne voyait d'autre solution acceptable qu'une stricte défensive ; il fallait donc, à son avis, suspendre momentanément toutes les opérations actives et attendre le retour du printemps; cela ne devait d'ailleurs pas empêcher de concentrer l'armée et de la tenir prête à toute éventualité'^. 11 reconnaissait volontiers qu'à la reprise des hostilités s'engagerait une bataille dont l'issue serait décisive pour l'Empire. D'accord sur ce point avec
1. Instructions pour l'aile gauche de l'armée autrichienne d'Allemagne pendant la marche en avant de l'aile droite, Haag, 23 novembre 1800 (K. K. Archiv, .XI, 74 a) (Hùffer, loc. cit., t. II, p. 421 et suiv.).
2. Weyrotherà l'archiduc Charles, Wels, 25 octobre 1890 (K. K. Archiv, XIII, 170 a) (Hûfler, loc. cit., t. II, p. 412).
PLAN d'opérations DE l'aRMÉE AUTRICHIENNE 107
Weyrother, il jugeait nécessaire de masser les troupes en aussi grand nombre que possible à proximité de l'endroit où Ton comptait frapper le grand coup, l'occupation ou la nonoccupation des autres points n'offrant, avant la bataille, qu'un intérêt secondaire. L'archiduc estimait, en effet, que si la bataille principale tournait à l'avantage des Autrichiens, les Français se trouveraient dans l'obligation de renoncer aux avantages partiels qu'ils pourraient avoir obtenus ailleurs ^
Weyrother, de son côté, considérait que même 50.000 hommes, concentrés uniquement dans la partie nord du Tyrol, ne seraient pas capables d'assurer sérieusement la sécurité de la position des Autrichiens, si, par suite du manque de forces, on était réduit à une stricte défensive en Bavière ousurl'Inn. Quand bien même le mouvement offensif des 60.000 hommes de l'armée d'opérations ne permettrait que d'atteindre le Lech, il en résulterait à son avis plus d'indépendance pour l'aile gauche de l'armée stationnée dans le Tyrol, surtout si Ton considérait qu'il était possible, par une vigoureuse attaque dirigée sur la Souabe, de* s'opposer à toute tentative des Français sur le Tyrol. a On peut ensuite, écrivait-il à l'archiduc Charles, attendre sur le Lech, ou même sur l'Isar, aussi bien, sinon mieux, que surl'Inn, le retour d'une saison propice aux opérations ultérieures. Si mes arguments ne sont pas aussi probants qu'ils me paraissent, que l'on ait pitié de mon ignorance et que l'on choisisse quelqu'un de plus habile que moi; mais que l'on ne m'oblige pas à agir ou à faire agir d'autres à rencontre de mes convictions ^ 1 ))
1. L'archiduc Charles à Weyrother, Prague, 29 octobre 1800. (K.K. Archiv, XUI, 170) (Hûtîer, loc. cit., t. II, p. 413).
2. Weyrother à rarchiduc Charles, Wels, 23 octobre 1800 (K. K. Archiv, XIII, 173 a).
L'archiduc Charles ne partageait pas l'opinion de Weyrother sur le choix de la ligne d'opérations. A son avis, prenant comme base le cours moyen de TTnn, il fallait se porter de Rosenheim et de Wasserburg sur Munich. Si l'ennemi était battu sur cette ligne, il était menacé sur ses communications et se trouvait, par suite, dans Timpossibilité de tenter n'importe où quelque opération susceptible de donner des résultats; si, au contraire, les Autrichiens subissaient un échec, ils restaient maîtres de leur ligne de retraite et conservaient leurs forces encore suffisamment groupées pour empêcher les Français de tenter quelque action décisive. « La première rencontre, écrit l'archiduc Charles, doit être aussi décisive que possible : elle doit se produire sur le point et sur la ligne où, en cas de victoire pour nos armes, l'opération devient pour l'ennemi aussi fâcheuse et grosse de conséquences que possible, et où, au contraire, un événement malheureux entraîne pour nous aussi peu d'inconvénients que possible... Rassemblons donc nos forces sur l'Inn moyen : cela oblige l'ennemi à concentrer le gros de ses forces sur le haut Isar, et fait, en tous cas, présumer que l'ennemi, avant la grande bataille à laquelle il doit s'attendre, ne pourra se décider à tenter nulle part quelque grande entreprise * ».
En définitive, ce fut l'opinion de Weyrother qui prévalut. Selon Jomini, a ce projet était combiné sur de bons principes, puisqu'il portait l'effort sur l'extrémité de l'ennemi qui offrait le plus de prise. On lui a reproché d'exposer l'armée impériale à la nécessité de combattre avec le Danube à dos ; mais comme il s'agissait, avant de livrer bataille, de joindre Klenau à la hauteur de Landshut, il y avait loin de là au fleuve, et une bataille livrée dans cette contrée n'avait rien de
1. L'archiduc Charles à Weyrother, Prague, 29 octobre 1800 (K. K. Archiv,Xin,
PLAN D'OPiiRATIONS DE l'aRMÉE AUTRICHIENNE 109
dangereux dès qu'on avait la certitude d'une retraite sur Ratisbonne ».
Jomini fait pourtant une restriction et recommande une précaution que les Autrichiens ne songèrent point à prendre. « Il ne fallait, pour se promettre la réussite de ce plan, que Texécuter avec vigueur et impétuosité, puis assurer les arrivages des subsistances de la Bohême par Ratisbonne; car on devait renoncer à l'idée de diriger des convois de Mùhldorf et de Braunau sur Landshut, par de très mauvais chemins, et en défilant parallèlement à la ligne de l'ennemi ^ » .
Par la mise à exécution du vaste plan de campagne élaboré par Weyrother, le Conseil aulique avait espéré porter, dès le début des hostilités, un coup décisif à son adversaire. Malheureusement, dans la conception de ce projet d'opérations, on avait négligé de tenir compte de la mauvaise saison, déjà très avancée, aussi bien que de la nature du terrain coupé, où les obstacles étaient accumulés, se présentant sous la forme soit de forêts étendues, soit d'immenses marécages. Les mouvements nécessités par une concentration effectuée dans d'aussi mauvaises conditions devaient avoir pour résultat de fatiguer inutilement les troupes avant le commencement des opérations actives ; l'artillerie allait devenir difficilement maniable dans des terrains détrempés par la pluie, et le service des transports peu commode à assurer sur des routes entièrement défoncées, a On avait commis l'inconcevable faute, écrit un officier bavarois^, de faire partir les troupes cantonnées dans l'intérieur de l'Autriche, de la Bohême, etc., dans des conditions telles que la plupart des régiments ne pouvaient arriver en temps opportun sur le point