Essai sur Hoksa'i, Paris
étaient aussi étonnés de notre admiration pour Hokousaï que nous le serions, par exemple, de les voir mettre Gavarni au sommet de l'art français. En même temps, l'on commençait à connaître les maîtres que l'on a appelés bien improprement les primitifs japonais, on leur trouvait une saveur ethnique plus prononcée et plus significative, et Ton expliquait la vogue d'Hokousaï par ce qu'il y a d'européen, de « phénoméniste », et par conséquent d'accessible au vulgaire, dans son génie.
M. de Seidlitz, dans un ouvrage sur l'estampe japonaise, récemment traduit, commode et bien fourni d'indications précises, essaie d'être impartial dans ce débat. Il se place successivement au point de vue européen et au point de vue japonais. Il les commente l'un et l'autre, — mais, par une curieuse déviation du sens historique, ses principes de japonisant strict se mêlent, s'associent à ses préférences idéalistes et l'entraînent à de surprenantes formules. En somme, « Hokousaï manquait de culture et de génie, il en resta réduit à exprimer les choses externes... ». Et plus haut : « I^a culture littéraire ne semble pas non plus avoir été son fort, et, comme ses qualités sont des dons tout à fait naturels, il resta ainsi jusqti'à la fin de sa vie un artisan. » Est-il donc impossible de s'élever au-dessus de l'appréciation contingente des contemporains d'un maître ? Est-il bien établi que les sentiments des amateurs japonais les plus déHcats et les mieux avertis, en vertu de ce rythme profond auquel obéissent l'art et le goût public dans leur patrie, ne doivent jamais changer ?
Tels sont les extrêmes du déterminisme tainien dans riiistoire de l'art. Même à cet égard, l'on peut dire qu'Hokousaï appartient énergiquement au Japon. Il a exprimé — et c'est là un point que je m'efforcerai de démontrer — un des aspects permanents de l'âme de sa race. Mais surtout ce magnifique artisan dénué de culture révèle par son œuvre une attitude éternelle de l'artiste en présence de l'univers. « Réduit» à exprimer le monde extérieur, limité à des dons «purement naturels», il dépasse l'effort de toute esthétique intellectualiste. C'est un paysan, mais son souffle fait passer sur tout ce qu'il touche le miracle de la vie.
Je remercie les amateurs et les savants qui m'ont aidé dans ce modeste travail. M. Migeon m'a permis, avec beaucoup de bonne grâce, d'étudier et de photographier au Louvre les belles pièces de la collection Camondo. M. Kœchlin a bien voulu me communiquer les bonnes feuilles de la remarquable préface qu'il a écrite pour le catalogue de l'exposition Hokousaï. M. Metman, conservateur du musée des Arts décoratifs, s'est appliqué, lui aussi, à rendre ma besogne plus aisée.
Je prie M. Vever de trouver ici l'expression de ma reconnaissance pour tout ce qu'il a fait en faveur de ce livre et de son illustration \ J'ai passé près de M. Vever, au miheu de ses merveilles, des heures charmantes et
I. Les chiffres romains placés entre parenthèses renvoient aux illustrations.
vasies. Sa collection n'est pas seulement exceptionnelle par la richesse et par le choix, elle est l'histoire la plus intelligente d'Hokousaï, de ses recherches, de ses procédés. Je dois à M. Vever, outre la joie d'avoir pu contempler d'admirables originaux du maître et l'avantage d'en reproduire un certain nombre, beaucoup d'indications précieuses et nouvelles. Je souhaite qu'il retrouve dans cet essai, sinon la quali'.é de son goût, du moins quelques souvenirs fidèles de nos entretiens
Pl. VllI.
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