I. Op. laud., p
LES RECHERCHES DHOKOUSAI 6i
plus les leçons de l'école vulgaire proprement dite : ce n'est pas qu'il s'attache à de purs académistes, qu'il s'épuise à atteindre le st^de, mais il s'adresse à des artistes qui continuent — lointainement et sans grand éclat, à vrai dire — les traditions d'un passé plein de sève et d'originalité, profondément d'accord avec les aspirations et les nuances intimes de l'âme japonaise. Sans doute, les Tosa, les Kano, Kôrin, ce sont là, si on les envisage historiquement, à leur place dans le développement de l'art japonais, des styles bien différents, des disciplines qui souvent s'opposent. Mais aux dernières années du xwii^ siècle, l'étude de leurs manières, entreprise par Hokousaï sous la direction de leurs descendants, n'est pas la marque d'une indépendance sans choix, d'une avidité incohérente. Ivcs peintres de la courtisane, les peintres d'acteurs commencent à s'immobiliser et à se répéter. S'il arrive qu'ils cherchent à se renouveler, c'est sans rajeunir leur inspiration, sans sortir des limites qu'elle impose à leur art. En face d'eux, et dans une sorte de pénombre, les maîtres d'autrefois ont plus de force et plus d'autorité. I^es différences qui les séparaient sont atténuées par les siècles, qui font oublier les théories. Ils se présentent comme de grands poètes de la forme et d'admirables décorateurs. I^es Tosa sont l'expression d'un raffinement dans la pensée et dans les mœurs qui, par comparaison, aux yeux d'un chercheur, d'un homme jeune, d'un artiste enthousiaste, fait paraître vulgaire et monotone l'art des cabotins et des filles. Admirables comédiens! Cour-
tisanes parées comme des princesses, graves, savantes, polies comme elles ! Mais la vie est diverse et ne se limite ni aux tréteaux d'un spectacle ni aux grillages du Yoshiwara. Chez les Kano éclate toute la puissance du vievLK naturalisme enseigné par la Chine, du jour où les provinces côtières, devenues indépendantes à la faveur des désordres qui ravagèrent l'empire, eurent renoué avec elle. Il y a les animaux, les oiseaux, les insectes, les fleurs et les plantes, et les Kano d'autrefois proclamaient que leur beauté naturelle était supérieure à la discipline d'un maître. Kôrin est varié, profond et rare : il imit ces dons, naguère contradictoires, — l'élégance raffinée du trait, un graphisme dont la poésie a quelque chose d'ésotérique, et d'autre part une curiosité aiguë de la vie, l'art de dégager spontanément ce qu'il y a, dans les apparences, d'humour, de bonhomie et de tendresse... Il ne faut pas en être surpris, l'homme qui devait donner au Japon la plus forte et la plus complète leçon de réalisme \dvant était appelé à choisir ses maîtres, entre 1786 et 1796, non parmi des contemporains fatigués, sur le point de devenir à leur tour académiques et « poncifs )), mais, en remontant les années, parmi les anciens artistes, dont les disciples avaient dénaturé la leçon. Chassé par Kano Yosen, Hokousaï, à l'école de Teno Torin, se pénétra du naturalisme des Sesshiou, mais à travers la grâce nerveuse de Kôrin, dont dérivait l'atelier où il entrait. C'est en ce temps qu'il improvisait, en collaboration avec le second Torin, dans une maison de danses, im célèbre dessin, aujourd'hui perdu, de panier
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