‹ HokousaiChapitre 8 sur 16 · IP · texte numérisé non relu

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trahison. Nous retrouvons encore en 1815 les noms de Bakin et d'Hokousaï en tête dnConte des deux assiettes, puis l'artiste se libère pour longtemps d'une collaboration où il se sent prisonnier des idées d'autrui, se passe le plus souvent d'un texte et publie des albums d'esquisses.

Au printemps de 18 17 commencent ses grands voyages, inaugurés par un séjour de six mois à Nagoya, dans la province d'Owari, chez son disciple Bokousen. C'est au cours de cette année, ou peut-être lors d'un voyage antérieur, mais sûrement entre 1813 et 181 7, qu'Hokousaï publia, sur les instances de Srs élèves, le premier volume de la Mangwa, qui en comprend quinze, dont treize parus du vivant de l'auteur \ Déjà, de 1813 à

I. Le voyage à Nagoya est daté par un récit de la journée (13 novembre 1817) au cours de laquelle Hokousaï exécuta en public la peinture d'un Dharma colossal, analogue à celui dont nous avons parlé. D'autre part, la préface du premier volume de la Mangwa par Hanshù confirme que c'est pendant un séjour du maître dans cette ville que les disciples d'Hokousaï entreprirent de publier ses esquisses : -5- Hokousaï, le peintre d'un talent extraordinaire, après avoir voyagé dans l'Ouest, s'est arrêté dans notre ville et là, il a fait connaissance avec notre ami Bokousen, s'est amusé à s'entretenir du dessin avec lui et, dans ces conversations, a dessiné plus de trois cents compositions. Or nous avons voulu que ces leçons profitassent à tous ceux qui apprennent le dessin, et il a été décidé d'imprimer ces dessins en un volume, et quand nous avons demandé à Hokousaï quel titre il fallait donner au volume, il a dit tout simplement Mangwa^ que nous avons couronné de son nom : hokousaï mangwa... » (traduit

1S15, Hokousaï avait fait graver plusieurs recueils de dessins \ De 18 17 à 1849, outre la Mangwa, il donnera au public de nombreux cahiers -, il se fera professeur et enseignera sa méthode \ il fournira de modèles les industries d'art '. Mais le meilleur résumé de son activité prodigieuse, le vrai miroir d 'Hokousaï, le journal de sa curiosité géniale, nous le trouvons dans la Mangwa. Il est Hbre, ou plutôt il n'est plus asservi qu'à la Httéralité de la vie et, s'il lui arrive d'inventer, c'est en suivant le caprice de ses propres songes, la débandade enfiévrée de ce qui se présente à ses yeux ou à son

par Hayashi. dans Concourt, p. 115V Man : au gré de l'idée, g'cDa : dessin. Gonse traduit par Les dix mille esquisses, Andersen par Rough Sketches, M. Revon par Esquisses variées. Pour compléter le dernier volume, comme il restait trop peu de dessins d'Hokousaï, l'éditeur fit exécuter quelques planches supplémentaires par des peintres de Nagoya. D'autres ont été empruntées au recuil intitulé Hokousaï Gwakio, Miroir des dessins d'Hokousaï (1818).

1. Hokousaï Sheshin G'xafou, Recueil de peintures vivantes (1814) ; Santaï Gwafou, Recueil de dessins dans les trois genres (1815}.

2. Yehon Hayabishi.l^iYve de dessins rapides, préface de Jippensa Ikkou (1817), Yehon Rohitsou, Livre de dessins aux deux pinceaux (1817), Hokousaï Gwakio, Miroir des dessins (1818), Hokousaï Sogwa, Dessins grossiers (1820 ?], etc.

3. Soshin Yedehon, Livre de dessins pour les tout commençants, supplément au tome I du Riakougwa Hayashinan, Leçons rapides de dessin cursif, 3 vol. ;i8i2-i8i5 ?), Hokousaï Gwashiki, Méthode de dessin (1819?), Traité du coloris (1848;, etc.

4. Modèles de pipes et de peignes à la mode (1822-23}, Nouveaux dessins pour les impressions d'étoffes, préface de Tanéhiko (1824), Nouveaux modèles pour les architectes (1836), etc.

LA MATURITÉ ^'j

imagination. Ici est inscrite en traits immortels cette passion d'étudier la nature qui, pour la première fois peut-être au Japon, se traduit sans souci d'une formule quelconque, sans intervention d'un style. Si nous voyons l'artiste, au cours de sa vieillesse, préoccupé de technique et de méthodes, s'il invente une pédagogie du dessin fondée sur a des ronds et des carrés », s'il veut donner à un simple accent, à un point posé à bout de pinceau toute une valeur expressi\e, c'est qu'il cherche à signifier la forme de la manière la plus directe et la plus concise, c'est qu'il tient à mettre autour de la vie le moins d'entraves possible. Un gris léger, un rose léger et le noir de l'encre lui suffisent pour colorer et pour modeler les croquis de la Mangwa. Avec ce bagage, il chemine. îl est partout, sur la voie publique (et c'est le titre qu'il choisit pour un recueil paru en 1840), au coin des vieux temples, dans la demeure des pauvres et des riches, au bord de la Soumida, sur le rivage de la mer où fourmillent les monstres, sous les pins légendaires de Takasago. Les dieux et les anciens empereurs divinisés, les guerriers chinois fameux succèdent à des acrobates, à des porte-faix, à des lutteurs. Toute une série d'études est consacrée à la maigreur, depuis les faméliques, dont la peau flotte sur des os pointus, jusqu'à d'élégantes maigrelettes, d'une grâce singulière. Puis, c'est l'embonpoint des quadragénaires aimables, pour finir par l'obésité joviale et soufflante de bonshommes noyés de graisse et de paresse. Des enfants se poursuivent et se culbutent au coin des pages. Et tou-

jours les métiers, leurs accessoires, leurs outils, l'élevage des vers à soie, des machines à dévider les cocons et à tisser, — une surprenante curiosité des secrets de l'industrie et des miracles de la main. Le tout, au hasard de l'obser^^ation et de la fantaisie, — le pêle-mêle d'un univers vidé d'un seul coup entre les feuillets de ces albums, où la vie frémit encore.

Alors apparaissent les noms des élèves les plus fidèles d'Hokousaï, qui se sont appHqués à réduire en facsimilé les dessins du maître, Hokovitei Bokousen et Hokouoim, à la fin du premier volume, Hokkei, à la fin du second. Presque toutes les préfaces contiennent, en même temps qu'un éloge d'Hokousaï, une apologie de l'école vulgaire, surtout celle du troisième cahier, due à Shokousan. Au dixième (1819 ?), on put croire la série terminée. Bile fut reprise, bien des années après, en 1834, date à laquelle paraît un onzième tome, précédé d'une introduction de Tanéhiko : elle nous apprend que le vieillard Hokousaï espère bien aller jusqu'au vingtième.

Cependant son style évoluait. De 18 14 à 1823, la signature Taïto révèle une personnalité nouvelle et un talent plus âpre. Dans le Sheshin Gwafou et la Sogwa, Hokousaï traite la figure avec plus d'ampleur et plus de rudesse à la fois. A la bonhomie paisible, au va-etvient famiher de la vie succède une expression hardie, émouvante et grande. De même il revient à l'étude de la nature avec une âme élargie. Il quitte les villes et leurs banlieues, il découvre la campagne.

Kn quittant Nagoya, l'artiste visita la province d'Icé,

la province de Eashiou et, dans cette dernière, observa entre autres choses de belles et curieuses pipes, dont il donne le dessin à la fin de ses Modèles de feignes. Il fit un séjour à Osaka, où toute une petite école devait continuer la tradition de son enseignement, et s'arrêta enfin à Kiôto, capitale de l'art académique, de la peinture officielle et du grand style. Il y retrouva Shazanro Bountcho, qui y avait été envoyé pour inspecter les statues d'un temple et qui, ne tenant pas rigueur au vieil artiste de la défaite jadis infligée devant le Shogoun, admira beaucoup un dragon d'Hokousaï et chercha, mais probablement sans grand succès, à faire partager son généreux enthousiasme à ses confrères. Pourtant le talent du maître aurait sourdement inquiété Gankou, le fameux peintre des tigres, qui régnait alors sans conteste sur l'école ; il aurait confié ses sentiments à ses disciples. I^'un d'eux, quelque temps plus tard, devait inviter Hokousaï à venir le voir dans la province de Shinshiou et le garder un an près de lui : c'était Takaï Sankouro, négociant en vins et lettré délicat.

Entre les arbres des routes, au-dessus de la cam.pagne sur laquelle passent les souffles printaniers, sur les rives de la mer qui déchire son écume à des aspérités de bronze, se dressent des formes éternelles que la poésie des saisons et les jeux de l'atmosphère décorent de fugitives apparences. I^a vie chemine au pied des monts, le paysan se penche et disparaît à demi dans les sylves naines des rizières, le pêcheur jette son filet dans l'eau

calme où se reflètent les sommets neigeux, les pèlerins et les promeneurs se croisent à l'angle des ponts, devant les cascades qui, sous la voûte des forêts, apparaissent comme de grandes orgues d'argent (pi. VIII). Mais le puissant sommeil de la terre domine les agitations humaines et les écrase. De l'âme de l'artiste vo3^ageur s'élève un chant plus paisible et plus vaste que naguère. Pour la première fois la solitude s'ouvre à lui et paraît dans son œuvre ^. I^e Fouzi-Yama, la montagne sacrée, asile des légendes m3^stérieuses et des antiques rêveries naturalistes, se dresse dans la fraîcheur des matins bleus et dans l'or du soir. Iv'air et ses mirages entourent comme de molles écharpes les neiges de son pic, ses flancs de rocher et les forêts de pins qui dévalent les pentes (pi. XII i. Même aux: temps des Sesshiou, l'art japonais n'a jamais été traversé par une méditation plus large ; jamais ses peintres ne se sont approchés de la nature avec autant de gravité.

Les souvenirs, les impressions que l'artiste errant rapportait de ses voyages baignent de la poésie la plus élevée et la plus rare les recueils de cette période ■.

1. Cf. notamment Les trente-six vues, planche 8, Beau temps par un vent du Sud (1825}, planche q, etc.

2. Les trente-six vues de Fougakou (le Fouzi-Yama), qui comprennent en réalité 46 planches (1823-1829), Les cent vues du Fou:;i-Yania, en noir (1834-1835), Les huit cascades (1827), Les ponts pittoresques (1^2^-182,0). On doit y ajouter Z^5 cent poésies expliquées par la nourrice^ vingt-sept très belles vues (1839), deux planches de cascades dans la Description de la montagne de Nikkû (1837). ^tc.

Il semble que nous sortions avec lui de la bataille quotidienne, nous n'entendons plus la rumeur fiévreuse des cités. I,es monstres se sont dissipés à l'horizon, entraînant avec eux les vengeances barbares. La paix règne sous les cieux et dans le cœur du pauvre. Devant la magnificence du monde il ouvre des yeux éblouis. Au seuil m^ême des années de détresse, les Trente-six vues du Foitzi-Yama, les Cascades, les Ponts sont dans l'œuvre d'Hokousaï une sorte de halte sereine. Non qu'il .se repose ou qu'il s'oublie : il ne cesse de produire et d'apprendre. De 1810 à 1820, les sourimonos sont plus rares que par le passé, puis la série reprend et, très nombreuse à partir de 1820, elle atteste tantôt la curieuse influence de deux élèves du maître, Hokkei et Gakoutei, tantôt l'extraordinaire virtuosité de l'artiste qui change par jeu sa manière et s'amuse à pasticher Toyokouni, dans cinq planches d'acteurs signées « I-itsou, le vieillard de Katsoushika, faisant la singerie d'imiter les autres ».

Vint le temps de la misère et de l'exil. Pour échapper aux créanciers de son petit- fils, Hokousaï dut se cacher à Ouraga en 1834. I^es lettres qu'il écrivit alors à ses éditeurs révèlent la grandeur et l'innocence de son caractère, sa résignation, ses scrupules d'artiste. Il note sans amertume qu'en plein hiver il n'a qu'une robe usée pour se protéger contre le froid. Il confie les agita-

tions de son existence avec la discrétion mystérieuse qu'elles imposent : « Comme ma vie. dans ce moment. n'est pas au grand jour, je ne vous envoie pas mon adresse. » Ce qui l'effraie dans sa pauvreté, c'est la pensée de manquer de papier, de couleurs et de pinceaux. Quand sa pro\ision sera épuisée, il ira à Yeddo. mais en cachette... Il crut avoir un répit : « J'ai vu le délinquant, l'incorrigible, qui A'a retomber sur moi... Xous allons lui faire tenir une boutique de poissons, et nous lui avons aussi trouvé une femme, qui va arriver ici dans deux ou trois jours... » Surtout il ne cesse de faire des recommandations pour la gravure de ses dessins. (. Pour le livre des Guerriers (sans doute le Yéhon Sakigaké, imprimé et gravé par Yégawa), je vous prie, vous trois, de le donner à Yégawa Tomékiti... La raison pour laquelle je veux absolument que la gravure soit de Yégawa. c'est que, soit la Ma-'gwa, soit les Po^sj^s (Les Poésies des Thang illustrées, dix volumes parus de 1S33 ^ 1S36), certes les deux ouvrages sont bien gravés, mais ils sont loin d'avoir la perfection des trois volumes du Foiizi-Yama, gravés par lui... )) Et ailleurs : (^ Je recommande au graveur de ne pas ajouter la paupière en dessous, quand je ne la dessine pas ; pour les nez. ces deux nez sont miens (ici, l'artiste insère deux croquis), et ceux qu'on a l'habitude de graver sont des nez d'Outagawa, que je n'aime pas du tout, et qui sont contraires aux règles du dessin. Il est aussi de mode de dessiner les yeux ainsi (nouveau croquis), mais je n'aime pas plus les yeux que les nez. »

A cette époque Hokousaï, outre ses sourimonos et ses impressions séparées, dont beaucoup — les cinq planches des Cent Contes (1830), par exemple — sont ' au nombre de ses plus émouvants chefs-d'œuvre, illustrait des recueils moraux consacrés aux grands exemples de fidélité chevaleresques envers le seigneur (1834), ^e piété filiale (1835), aux « conséquences des bonnes ou mauvaises actions inaperçues » (1840). Il se reprenait aussi aux légendes héroïques d antan, moins pour faire revivre une fois encore les carnages féodaux que pour rendre hommage aux vertus des guerriers fameux, de ceux qui furent un peu des saints.

Après sa retraite d'Ouraga, il revint à Yeddo 1. 1,'été qui précéda son retour, la canicule — il nous l'apprend luimême — avait été fraîche, les récoltes furent gâtées, une longue famine s'abattit sur l'empire. lyC vieillard improvisa pour vivre d'innombrables dessins, dont le prix était si bas qu'ils trouvaient encore des acheteurs au cours de ces mois terribles. Pour une poignée de riz, il faisait naître sur une feuille de papier ou sur une pièce de soie mille inventions merveilleuses en utilisant le hasard des taches dont il les couvrait d'abord. Jusqu'alors il avait traversé tous les genres d'épreuves que la fortune réserve aux grands artistes insoucieux qui ont pour l'argent un mépris absolu, mais, dans ce pays où les vieilles maisons de bois flambent presque journellement, l'incendie lui avait été épargné. En 1839, sa

I. En 1839, d'après Concourt. Dans le courant de Fautomne de 1834, d'après M. Revon.

demeure brûla, consumant avec elle un amas considérable de dessins qu'il conservait depuis sa jeunesse. Il put s'enfuir, en compagnie de sa fille Oyéi i, mais il ne sauva guère que ses pinceaux.

Il se remit au travail. Iv'homme de quatre-vingts ans, assis frileusement auprès de son brasero, dans le désordre d'un atelier pauvre, n'arrête pas un seul jour la besogne de ses mains actives. Près de lui, sa fille dessine, prédit l'avenir aux visiteurs ou cherche le secret d'une eau de jeunesse éternelle. Bile nous a laissé un portrait de son père, exécuté à peu près à l'époque où le vieillard se représentait lui-même dans un admirable dessin, généreusement donné au lyouvre par M. Vever (pi. I).

Derrière le réseau des rides et malgré l'accablement de la caducité, se lisent encore de grands traits nobles, une expression attentive et patiente. Abrités sous le surplomb d'une arcade sourcilière qui se projette en avant du front, les yeux à demi fermés semblent épier avec une intensité extraordinaire. Jamais le monde des formes, jamais les passages instantanés de la vie n'ont été observés et saisis avec plus de passion clairvoyante que par ces yeux-là. I^'extrême vieillesse ne les a ni éteints ni même affaiblis. Aucun excès comme aucune fatigue n'a troublé la prodigieuse acuité de leur

I. Sa troisième fille, artiste elle-même, et de grand talent. Hokousaï reconnaissait sa supériorité pour les figures de femmes. L'indépendance de son caractère ne lui permit pas de vivre longtemps avec son mari, un peintre de troisième ordre. Elle divorça et s'en revint auprès de son père, dont elle entoura la vieillesse de soins touchants.

regard. I^a pureté d'une vie misérable et digne a laissé intacte cette maîtrise. I^e vieux Manrojin Gwakiojin, le fou de dessin, autrefois I-itsou, autrefois Hokousaï, ne boit point de vin et doit supporter les railleries de ses amis les peintres et les gens de lettres, habiles à mener le désordre d'une vie de plaisirs. Mais le fou de dessin n'a pas le temps de raffiner ses goûts ou de corrompre sa vertu. Quelquefois, avec des sandales et un manteau de paille, il se rend à des réunions d'artistes. Qui est ce vieux ? — Un paysan de Katsoushika. — Mais il dessine, et tous reconnaissent le génie d'Hokousaï.

En 1848, il avait quitté le Hondjo, pour aller habiter à quelque distance, dans le quartier d'Asakousa. C'est là qu'il tomba malade, l'année suivante. Passionnément, il souhaitait ajourner la mort, vivre quelques années de plus. « Si le ciel me donnait encore dix ans. . . », disait-il, puis il se reprenait : « Si le ciel me donnait encore seulement cinq ans de vie, je pourrais devenir un vrai grand peintre. » Peu de temps avant de mourir, le 10 mai 1849, il composait ce poème : « Oh ! la liberté, la belle liberté, quand on va se promener aux champs d'été, âme seulement, dégagé de son corps. »

IvC dernier souhait d'Hokousaï, ou plutôt son regret d'être interrompu dans son labeur, alors qu'il allait devenir « un vrai grand peintre », il convient de le rapprocher des fameuses paroles par lesquelles il préfaçait, quinze ans plus tôt. Les Cent vues du Fouzi-Yama : « Depuis l'âge de six ans, j'avais la manie de dessiner la forme des objets. Vers l'âge de cinquante ans, j'avais publié

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une infinité de dessins, mais tout ce que j'ai produit avant l'âge de soixante-dix ans ne vaut pas la peine d'être compté. C'est à l'âge de soixante-treize ans que j'ai compris à peu près la structure de la nature vraie, des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des insectes. — Par conséquent, à l'âge de quatre-vingts ans, j'aurai fait encore plus de progrès ; à quatre-vingt-dix ans, je pénétrerai le mystère des choses ; à cent ans, je serai décidément parvenu à un degré de mer^'eille, et quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit im point, soit ime ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiendrai ma parole. — Ecrit à l'âge de soixante- quinze ans par moi, autrefois Hokousaï, aujourd'hui ^Gwakio Rojin, le vieillard fou de dessin. »

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