‹ HokousaiChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE PREMIER L INSPIRATION POPULAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER L INSPIRATION POPULAIRE

Hokousaï homme du peuple. — L'humour et les qualités morales du peuple japonais. — Hokousaï prend tous ses modèles dans le peuple.

Par ses origines et par sa vie même, Hokousaï est un homme du peuple. Par indifférence et peut-être par goût, il resta pauvre. Il sait ce que vaut son art, il inscrit sur la porte de sa maison qu! Hatchiyémon ne peint pas les éventails et ne dessine pas de modèles pour les élèves. Socialement, quelle que soit sa renommée, il est le camarade et l'égal des petites gens. Il aime leurs plaisirs, il partage leurs croyances et la simplicité de leurs mœurs. C'était l'époque où les artistes et les gens de lettres se laissaient communément aller à la douceur de vivre et aux voluptés raffinées d'une race la plus experte en jouissances qui fut jamais. Alors les réunions nocturnes, abreuvées de vin et de saké, prolongent jusqu'au jour

KOKOUSAÏ. 7

ç3 HOKOUSAl

l'énervement d'un bonheur fiévreux. Les maîtres de rOuki3'o-3^é sont parents de ces élégants taïkomati, hommes de haute culture et d'un parfait savoir-vivre, qui, par métier, guidaient l'étranger à travers le Yoshiwara et lui enseignaient le tarif et les vertus professionnelles des courtisanes célèbres. Leur œuvre est une longue exaltation des plaisirs permis — et des autres. Elle est envahie par la femme, par son parfum, par ses grâces, ses caprices, ses ardeurs, par sa vêture et sa nudité. Ils aiment le luxe, parce qu'il entoure la volupté d'accessoires et de raretés. Ils l'aiment, parce qu'ils savent en jouir avec une mesure exquise et le doser. Assis au milieu de ses préférées, Outamaro songe que tout est vain, sauf la joie des caresses et la courbe d'un beau sein. Le prince donne l'exemple de la dissolution la plus déHcate. Les écrivains en propagent le goût et les recettes. L'ivresse des sens est sollicitée par une obscénité charmante, et qui se cache à peine. Cependant le pa^^san de Katsoushika, l'homme au manteau de paille, tout hérissé sous la pluie, passe avec une sorte de rudesse hâtive. Il est chaste, il est sobre, et ses amis l'en raillent, comme d'une singularité de mauvais ton. Mais il n'a que faire de s'abandonner au plaisir. X'étant ni un épicurien raffiné ni un jouisseur vulgaire, il refuse de s'engourdir ou de s'épuiser.

Homme du peuple, par la carrure de ses résistances et l'ampleur quotidienne de sa production, c'est au peuple qu'il s'adresse sans honte, quand la misère le chasse de son logis et que, tout pareil aux bateleurs des

Pl. XVII.

Photo Giraudon.

Page 1