‹ HolbeinChapitre 6 sur 7 · HENRI V · texte numérisé non relu

HENRI V

(Chàlcau de^Windsor.)

de son œuvre. Et le portrait de Georges Gisze, dans son comptoir, ce portrait oiî le vase de cristal empli d'œillets rappelle les images flamandes, est, malgré la vulgarité du modèle, une merveille d'art (au Musée de Berlin).

Les marchands lui faisaient aussi décorer leur salle des fêtes. Il y peignait, à la détrempe et sur toile, un Triomphe de la richesse et un Triomphe de la pauvreté; le Louvre garde une précieuse esquisse de ces travaux. Quand, le 31 mai 1S33, Anne Boleyn traversait la cité pour son couronnement, c'est Holbein qui décorait l'estrade élevée par la Hanse. FJt jusqu'en 1536, on retrouve les preuves de ses travaux pour la corporation germanique. Sans doute, la disgrâce de Thomas More, qui finit par l'échafaud du 6 juillet 1535, rendait l'accès de la Cour royale moins facile à Holbein, et ses amis d'Allemagne lui donnèrent alors, pour sa plus grande gloire, des ressources réguhères, qui échappaient aux fantaisies formidables de Henri VHL

Il ne faut pas penser pourtant que sa clientèle de Cour, qui l'accapara de nouveau, vers la fin de sa carrière, l'eût jamais délaissé tout à fait. En 1533, il peignait le fauconnier royal, Robert Cheseman, dans ce portrait curieux et fin que possède le Mauritshuis à La Haye.

Holbein illustrait aussi les livres de la nouvelle foi,comme il avait orné ceux de l'ancienne, et Coverdale ou Luther, catholiques et réformistes d'une nuance ou d'une autre, ce lui était tout un. H faisait, en 1535, le portrait de maître Nicolas Bourbon de Vandœuvre, un pédant qui écrivait en

vers latins, un de ces Français ridicules, éternelle engeance d'école, que Rabelais fera saisir à la gorge par Pantagruel ; cet auteur, si j'ose m' exprimer ainsi, fds d'un forgeron, avait écrit en jargon sorbonique de laborieuses bagatelles, les Nugœ, et il préparait une Paedologia. Un dessin conserve son laid profd de cuistre, à barbe sale, à longs cheveux'plats, l'air benêt et content de soi : vraie imagé du faux poète, du précepteur monté en grade.

Rendons-lui grâces, néanmoins; une de ses épîtres nous apprend que « Maître Hans, l'Apelle de notre âge », est « peintre royal ».

Et en effet, tantôt en des miniatures, tantôt en des portraits à l'huile, ou même en fresques sur les murs des résidences royales, Holbein figure le roi Henri VIII, et ses reines successives, et les enfants royaux. Après Jane Seymour, il représentera l'ogre couronné, le tyran fabuleux qui va demain se faire Pape de son île, figure énorme d'un siècle 011 le caprice est souverain.

Les gens de Cour, tels que le joaillier Hubert Morett, suivent l'exemple royal, et quand Holbein est libre, lui demandent leur portrait ou des modèles ornementaux. Mais le peintre ne dispose guère de son temps ; il devient un fonctionnaire, aux ordres du roi. En mars 1538, il est envoyé à Bruxelles pour peindre Christine de Danemark, veuve de François-Marie Sforza, duc do Milan ; c'est une fiancée possible pour Henri YIH, et Holbein, dit un témoin, « la peint en trois heures, et le portrait est parfait ».

Dans l'été de la même année, c'est encore une mission

royale en Bourgogne. Aussi, Hans Holbein apparaît, dit un compatriote, « vêtu de soie et de velours, lui qui jadis, à Baie, était obligé d'acheter son vin à là pinte ». Les livres de la Cour marquent le montant de ses honoraires pour 1538; ils s'élèvent à trois cent soixante livres sterling par an, neuf mille francs ou environ.

Aussi, quand le Conseil de Bàle cherche à ramener, par une délibération du 16 octobre, le « cher concitoyen Hans Holbein », en lui promettant cinquante florins par an, et paye en attendant quarante florins à sa femme, et veut engager formellement l'artiste, sous réserve qu'il voyagera et produira moyennant l'autorisation du Conseil, Holbein promet, — et ne revient point. Il a les coupes d'or que lui donne le roi, les appointements, mille commandes ; il s'est créé un foyer à Londres, un ménage de la main gauche, et il s'enrichit. Il fait même des reines, puisque c'est son portrait d'Anne de Clèves, peint en juillet 1539, qui décidera Henri VIII; Holbein le rapporte, fort embelli, en septembre. Aussi, pour 1540, il touche double solde. Il est l'homme nécessaire, aussi bien pour les portraits que pour la décoration des palais royaux. Les épouses royales tombent, se succèdent comme les femmes de Barbe-bleue ; elle ont, dirait Rabelais, « la couppe testée ». Le bon peintre reste immuable, indifférent comme un miroir, parfait, identique.

Que lui importe Jeanne Scymour, Anne de Clèves, ou Catherine Howard ? Que lui importait la Madone, Luther, More, Erasme, ou Vandœuvre ? Ce sont des modèles, c'est tout. Il a l'indifférence intime et admirable de l'artiste,

qui veut produire, et n'a rien à faire avec les intérêts ou les amitiés mondaines. Scepticisme suprême, qui est un devoir, et une revanche.

En 1541, il accumule les portraits. En 1542, il fait sa dernière gravure sur bois, peut-être un médaillon de Thomas Wyatt. Puis il se peint lui-même par deux fois, en miniature et en demi-grandeur naturelle.

Il ne reste de ces deux images qu'une gravure sur cuivre, faite au siècle suivant par Lucas Vorsterman d'Anvers, et une autue exécutée par Wenzel Hollar. L'homme vieillissant qu'est Holbein à sa quarante-cinquième année, — à son année suprême, — montre un visage aux yeux sévères, aigus et flétris, une chair ravinée et molle dans le collier de barbe que la mode impose à la cour d'un roi barbu. Holbein a plutôt soixante ans, sur ce triste portrait. Il est usé, sa vie expire.

Jamais pourtant il ne fut mieux maître de son génie ; et si le portrait do Melchior Maag, qui est dans une collection belge, semble un peu flou, ce même homme qui peignait pour la corporation des chirurgiens et barbiers un tableau d'hommage où dix-huit personnes s'agenouillent devant le roi, ce même Holbein retrouve toute sa puissance de synthèse et d'art pour cette admirable figure qu'il fait de Jean Chambers, médecin ordinaire de Henri YIII.

Cette image de médecin porta malheur à lïans Holbein. Dans l'automne de cotte année 1543, il mourut. La peste, qui devait au siècle suivant tuer cent mille habitants à Londres, y régnait défjà, venue par le négoce et entre-

Cliché Ilanfstaengl.

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