‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 10 sur 78 · Revue germanique. Janvier, février et mars · texte numérisé non relu

Revue germanique. Janvier, février et mars

4. Édition complète des œuvres d'Etienne. Préface du Chaudronnier homme d'état politique,

maiid. Ce n'est qu'une nuance d'ignorance assez insigniflante.

Nous voudrions, dans l'humble mesure de nos forces, contribuera faire cesser un malentendu qui n'a que trop duré. Notre ambition serait d'empêcher que par l'ingénieux travail d'un homme de beaucoup de science et de trop d'esprit, l'Allemagne ne réussît à nous enlever dans Holberg l'un des pionniers les plus avancés de notre influence littéraire. Il serait vraiment regrettable que la critique française laissât ainsi altérer l'état civil d'un de ses enfants, d'un volontaire de sa littérature, si l'on veut bien me passer l'expression, et. cela un peu sans doute faute d'avoir appris qu'il existait. Il est temps que Holberg soit rendu, dans la proportion de ce qu'il y a de français en lui, à la France qui ne l'a jamais repoussé, mais qui jusqu'ici a omis de le connaître. Nous profiterons donc de cette occasion pour citer de lui peut-être un peu plus que ne l'exigerait le but direct de notre travail. Puissions-nous par là même provoquer une traduction, au moins partielle, de ses œuvres. Ce serait après tout le meilleur moyen de prévenir l'enlèvement ou la falsification de la plus belle page de l'histoire de l'influence de la France en Danemark.

Bien que l'objet spécial de ce volume soit de faire connaître Holberg au public français, comme nous le lui présentons sous le patronage et, pour ainsi dire, à l'ombre du grand nom de Molière, on voudra bien nous accorder la liberté et le plaisir de nous attarder un peu quelquefois avec le maître, sans que pour cela il nous arrive jamais de perdre le disciple de vue. Passer tout droit devant Molière est toujours en France de mauvais goût. De plus, ce n'est point chose facile. Molière attire et retient par l'étrangeté inimitable de son génie, comme ces eaux profondes qui invitent le regard à en sonder les mystères et la vie latente. D'ailleurs, pourquoi ne pas le dire? L'on a, à mon sens,

jusqu'à présent trop peu songé à expliquer Molière, à force de l'accabler purement et simplement de louanges, et son génie semble un peu comme caché sous tant de fleurs. Le moment ne serait-il pas venu de soumettre ce grand génie lui-même à cette méthode d'analyse et de décomposition qui est la mission et Tœuvre la plus haute de la critique? Sans doute un semblable essai d'anatomie morale n'ajoutera rien à la gloire de Molière, mais du moins il nous permettra de nous mieux rendre compte de ce qu'il fut et de ce qu'il vaut. L'mdiscrétion périlleuse, je le crains, de cette téméraire curiosité est d'ailleurs une nécessité du sujet que je veux traiter. Comment dire en quoi Holberg a imité Molière, si nous ne savons auparavant ce que Molière a apporté de nouveau et d'original dans l'art de la comédie en France ? L'occasion enfin est bien tentante. Holberg, pour ainsi parler, réfléchit Molière, à la façon dont un verre grossissant nous fait apercevoir le travail minutieux et presque secret d'une fine et admirable gravure. Comme la plupart des imitateurs, il ajoute beaucoup et souvent exagère. Ce qu'on découvre à peine chez Molière s'oflre et parfois s'impose chez lui au regard. Je profiterai donc quelquefois delà loupe excellente que j'aurai toujours sous la main pour regarder, avec une attention un peu prolongée peut-être, les délicates beautés de Molière, et cette étude sufvie fera mieux que jamais comprendre toute la portée et la justesse de ce mot profond de M. Disraeli : Molière was a creator in the artofcomedy.

ciQ^^ir:^

Page 1