U y a plus dftns le texte. Stôder ham for Bumpen
Le philosophe. Ha ha ha hi hi ha ha.... Je vois du reste à votre costume et à votre tournure que vous êtes étranger.
Sganarel. Oui, seigneur magister. Je suis d'un pays fort éloigné d'ici.
Le philosophe. Un pays fort éloigné d'ici? ha ha hi ha....
Sganarel. Il n'y a pas là certes de quoi rire.
Le philosophe. Et quelle est votre intention en venant ici?
Sganarel. C'est de vivre dans le commerce des savants et de prendre des leçons de sagesse. {Le philosophe se remet à rire.) Eh, monsieur, riez donc moins que cela et causons un peu sérieusement ensemble.
Le philosophe. Sérieusement ensemble, dites- vous? ha ha hi....
Sganarel. Que diantre est donc celui-ci? Cessez enfin de rire, et dites-moi où Ton peut trouver une bonne auberge?
Le philosophe. Une bonne auberge, dites-vous? {Rs^enva en riant.)
Sganarel. Eh, ris donc à te rompre la gorge, animal que tu es I Les philosophes d'ici sont, ma foi, tous plus fous les uns que les autres. Je suis si déconcerté par toutes ces aventures que je ne sais si je dors ou si je veille. Si c'est ici la ville de la sagesse, je voudrais bien savoir ce qu'on pourrait appeler une maison de fous. Rassemblons un peu nos idées maintenant, afin de pouvoir tout rapporter en détail à mon maître. {Pendant que Sganarel reste à réfléchir^ arrive à gra/nds pas un nouveau philosophe y un philosophe subtil, qui le renverse à terre.) Que diantre ceci veut-il dire? Pourquoi agir avec moi de la sorte? Quel mal ai-je fait?
Le philosophe. (// relève Sganarel en le prenant par les jambes.) Allons, bon, voilà que je prends les jambes au lieu des bras. Je vous demande mille fois pardon. Ma méprise vient de ce que j'ai la vue trop perçante.
Sganarel. M'est avis plutôt qu'elle vient de ce que vous êtes tout à fait aveugle.
Le philosophe. Monsieur, la vue perçante que m'a donnée la nature est la cause pour laquelle je ne puis rien voir de ce qui est proche de moi.
116 CHAPITRE n.
SganareL. Si la nature n'avait pas d'autre cadeau à vous faire, vous pouviez bien la prier de garder ses dons pour ellemême.
Le philosophe. Nullement, monsieur. Je puiç voir en revanche ce que les autres ne voient pas. Mon regard perçant pénètre jusque dans les entrailles des choses et saisit la quintessence de ce qui reste caché pour tout le monde.
Sganarel. Voilà qui dépasse mon entendement.
Le philosophe. Gela est pourtant ainsi, monsieur, et c'est pourquoi je porte le nom de docteur subtil. Mais je vois que vous êtes étranger. Que venez-vous faire ici? Si je puis vous être utile à quelque chose, ce sera un plaisir pour moi.
Sganarel. Je vous suis le plus obligé du monde. Je vous demanderai d'abord tout simplement si l'on peut trouver ici un bon logement pour deux personnes?
Le philosophe. Je me soucie fort peu de choses aussi communes et aussi grossières. Mais pour peu que vous désiriez acquérir quelque connaissance in philosophid occulta ^ je suis tout à votre service.
Sganarel. Non, non. Je vous demande tout simplement si. . . .
Le philosophe. Gomme, par exemple, sur la puissance de^ aimants, sur la nature de l'âme, sur la circulation du sang, sur les propriétés des fourmis et des mouches, sur l'organisation intérieure d'autres insectes, sur....
Sganarel. Non, non, de par tous les diables 1 Je vous der mande tout simplement si. . ..
Le philosophe. Ou, si vous aimez mieux, sur l'âme des bêtes, si ce sont des machines ou des créatures vivantes, qui, des nominaux ou des réalistes, nous devons appeler orthodoxes phir losophos? (Tandis qu'il parle de la sorte^ Sganarel le jette à terre en couranty et s'excuse sur sa vue perçante. Le philosophe 5u6tU se relève aussitôt y bat Sganarel et le renverse à terre y puis s*en va. Un astrologue^ qui observe le ciel avec tme grande lunettCy le remplace.)
Sganarel. Ah, ah, voilà quelqu'un pour m'aider à me relever. De grâce, monsieur, venez au secours d'un pauvre malheureux qu'on vient de battre et qui ne peut se relever.
LES PERSONNÀÔES. 1 1 7
L'astrologue (regardant tout autour de lui.) Où étes-vons donc, rhomme aux lamentations? Voici, ma foi, un homme à moitié mort. Quel mal avez-vous, mon ami?
Sganarel. Aidez-moi à me relever, monsieur. Je suis tombé entre les mains de méchantes gens qui m'ont si fort battu que j'ai tous les membres fracassés.
L'astrologue. J'en ai vraiment le plus grand chagrin du monde. C'est pour moi un devoir de secourir mon prochain. Je vous*demande seulement un peu de patience, jusqu'à ce que j'aie examiné dans mon livre d'astrologie si dans le mois et le jour où nous sommes, on peut entreprendre quelque chose d'important. (// se met à feuilleter son livre.) Non, monsieur, cela ne se peut point à l'époque où nous sommes. Je vois que c'est aujourd'hui le quatorzième jour du mois de Morian pendant lequel toutes les règles de l'astrologie défendent d'entreprendre quelque chose d'important. Si vous voulez, monsieur, prendre patience jusqu'à ce que le soleil se couche, je pourrai alors vous aider, sans manquer aux règles de l'astrologie.
Sganarel. D n'y a que le diable en personne qui puisse avoir dicté de pareilles règles. Peut-il bien y avoir une époque où il soit défendu de secourir son prochain?
L'astrologue. Assurément, cela est et cela peut être.
Sganarel. Ah, malheureux que je suis! C'était un jour néfaste que celui où nous résolûmes de venir en cette ville.
L'astrologue. Ne dites point cela, monsieur : vous êtes venu dans une ville où les neuf déesses de la sagesse ont établi leur demeure.
Sganarel. Vous devriez dire plutôt neuf déesses de l'enfer, neuf pestes, car....
L'astrologue. Point d'emportement, je vous prie! Apprenez à gouverner vos passions, et prenez patience jusqu'à ce soir. Je me ferai alors le plus grand plaisir du monde de vous venir en aide. Adieu jusque là. (R sort.)
Sganarel. Hélas, hélas, n'y a-t-il donc point une âme charitable dans toute cette ville? (Un philosophe sceptique entre en scène.)
118 CHAPITRE n.
Le philosophe. J'entends quelqu'un crier. Ah, voici un pauvre homme à (juiil est arrivé malheur. (7Z relève SganareL)
Sganarel. Grand merci, monsieur le docteur! Ge m'est un véritable plaisir de trouver un homme honnête et sage dans cette ville si célèbre par sa science.
Le philosophe. Quel mal avez-vous, mon ami?
Sganarel. Je viens d'être battu et maltraité comme vous voyez par un de vos confrères qui se donnait le nom de philosophe subtil. Mais avec moi il n'a pas montré grande subtilité.
Le philosophe. Est-ce que vous en êtes bien sûr?
Sganarel. Gomment pourrais-je ne pas être sûr d'une chose qui vient d'arriver?
Le philosophe. Il se peut que votre vue vous ait trompé.
Sganarel. La douleur que j'ai sentie ne m'a pas du moins trompé, et le témoignage de mes membres rompus confirme aissez le fait.
Le philosope[e. La douleur, comme tout ce qui vient des cinq sens, peut aussi bien tromper que la vue.
Sganarel. Voilà, parbleu! un galimatias diablement insensé ! Vous avez pourtant bien vu, vous-même, que j'étais là à terre dans la rue, et que je criais pour avoir du secours?
Le philosophe. G'est ce qu'il me semble en effet. Mais....
Sganarel. Allez à tous les diables avec votre mais! Ne m'avez- vous pas aidé vous-même à me relever?
Le philosophe. Il n'est point impossible.
Sganarel. Alors je puis vous retirer mes remercîments.
Le philosophe. Peut-être.
Sganarel. Peut-être, peut-être! Dites-moi donc, mon bon monsieur peut-être?... Si quelqu'un agissait delà même façon envers vous, que diriez-vous à cela?
Le philosophe. Je ne dirais rien, sinon qu'il me paraît qu'il en est ainsi. {Sganarel lui donne des coups.) Aïe, aïe, n'est-ce point une impertinence sans exemple que de traiter de la sorte un philosophe ?
Sganarel. Peut-être,
Le philosophe. Et de récompenser ainsi un bienfaiteur?
Sganarel. Peut-être, peut-être.
Le philosophe. Aïe, aïe, mon pauvre dos!
Sganarel. La douleur, comme tout ce qui vient des cinq sens, peut aussi bien tromper que la vue.
Le philosophe. Il faut que je rentre tout de suite au logis pour soigner mon dos.
Sganarel. Ya-t-en au diable, et soigne ta cervelle, pédant! Elle a bien plutôt besoin d'être soignée que ton dos. Si je n'attendais à chaque instant mon maître Léandre, je m'enfuirais au plus vite de céans, pour ne plus retomber dans de si fâcheuses aventures. Fasse le ciel qu'il se dépèche! Mais je le vois venir. H va être mis tout de suite au courant de ce qui m'est arrivé.
Le goût de la science pure, même quand on en fait mé« tier, n'est pas uniquement ce qui peut faire tomber Vhomme dans le pédantisme. Il y a encore quelques professions qui ne sont que Tappiication d'une science technique et où une certaine morgue pédantesque semblait jadis comme une grâce d'état. Les gens de robe, entre autres, n'avaient point échappé à cette affectation d'érudition et à ces habitudes d'emphase qui furent à peu près universelles en Europe à la suite de la Renaissance. Or ce travers-là était assez nouveau chez eux, à en juger du moins d'après le silence de la comédie antérieure à cet égard. Les guêpes, ou plutôt les juges d'Aristophane, et Philocléon tout le premier, sont des bourgeois beaucoup plus empressés de gagner leur argent que d'en imposer à qui que ce soit par l'inintelligible solennité de formules juridiques. Plante et Térence, chez qui l'on pourrait, je crois, signaler déjà quelque velléité de se moquer des jurisconsultes, ne songent point toutefois à le faire en opposant les prétentions de leur langage à la médiocrité de leur esprit. Les avocats du PœnuLus sont plutôt des témoins que des avocats véritables, et ceux du Phormio ne nous permettent guère de tirer de leurs paroles qu'une réflexion comique sur la
difficulté qu'il y a souvent à s'entendre entre gens de loi ?ur un point de jurisprudence et sur la conduite d'une affaire. Au contraire, dans le théâtre de Molière, qui luimême, on le sait, paraît avoir traversé dans sa jeunesse le palais en robe d'avocat, on voit affluer les gens de justice, formalistes et tracassiers. Nous en avons de toutes les qualités, des exempts, des sergents, plusieurs commissaires, un clerc de commissaire, des procureurs, des avocats, une foule de notaires et jusqu'à un conseiller. Dans la seule section des notaires, nous pouvons distinguer le notaire insi- , dieux, le notaire qui parle volontiers, le notaire qui ne parle guère, sans compter un notaire tout à fait muet, plus un notaire possédé de la monomanie du notariat. Dans une simple farce. Monsieur de Pov/rceaugnaCy nous aurons des procureurs qui dansent et des avocats qui chantent autour du gentilhomme de Limoges, avocat lui-même, comme Ton sait, et parlant à merveille la langue de la chicane.
Il est vrai que si tous ces personnages plus ou moins ridicules font des apparitions nombreuses dans le théâtre de Molière, ils n'y font jamais aussi que des apparitions assez rapides et n'y peuvent prétendre qu'à un rang tout . à fait secondaire. Mais, outre que la nature même de leurs fonctions ne leur permettait guère de prétendre à une place beaucoup plus considérable dans la comédie, il ne faut pas oublier que l'administration de la justice a toujours été un des sujets les plus périlleux à traiter pour la comédie. On conviendra qu'il eût été par trop maladroit à un directeur de théâtre, tel que Molière, de se brouiller ouvertement avec le Parlement. Molière avait ses raisons, les meilleures du monde, pour savoir que M. le premier président n'aimait pas qu'on le jouât. Il est donc facile de comprendre que nous n'ayons chez lui Dandin et Brid'oison qu'à l'état latent, pour ainsi dire. Mais qu'on se rappelle seulement monsieur Tibaudier, le conseiller d'An-
goulême, celui qui fait de Martial < un auteur qui vivait il y a trente ou quarante ans », ou bien encore ce notaire qui parait un instant dans FÉcole des femmes. Ce ne sont sans doute que des figures bien rapidement esquissées, mais comme on s'aperçoit déjà que Molière brûle d'envie de railler les habitudes méthodiques et la raideur professionnelle des gens de loi ! Qu'on se rappelle encore les traits et les insinuations d'une nature beaucoup plus grave qu'il prend plaisir à lancer, çà et là, sur tous ceux qui de près ou de loin, font exécuter ou interprètent les lois. L'huissier, M. Loyal, qui vient mettre Orgon à la porte de sa propre maison pour y installer ce bon monsieur Tartuffe, semble être quelque petit parent de son client, tant il est insidieux et insolent à la fois. Laflèche, le valet du fils d'Harpagon, en commençant la lecture du projet de contrat d'usure, annonce qu'on prendra un notaire, « le plus honnête homme qu'il se pourra. » Plus tard ce notaire à peu près honnête homme deviendra un fourbe cauteleux, ce M. de Bonnefoy, qui vient faire à Argan une leçon sur les diverses manières de rédiger un testament en fraude de la loi. Et dès que le lieu de 1» scène est à l'étranger , avec quelle hardiesse subite Molière ne donne-t-il pas cours à cette verve de satire? A Naples et à Messine, comme il se sent à l'aise, comme il frappe à grands coups et avec plaisir la justice française sur le dos de la justice italienne 1 Déjà dans V Étourdi, les officiers de police, les procureurs et les avocats sont tous enveloppés en masse dans le soupçon injurieux d'une facile corruptibilité. Mais, dans les Fov/rhe^ ries de Scapin, la vénalité des gens de robe n'est plus seulement l'objet d'une fugitive épigramme : elle est érigée en doctrine dans une énumération hiérarchique. Molière, bien avant Racine, et tout naturellement dans la limite de ce qui était pour lui le possible, avait donc fait la justice justiciable elle-même de la comédie.
122 CHAPITRB n.
En mettant les gens de loi en scène d'après l'indication de Molière, Holberg ne devait point comme lui se trouver gêné par le prestige de considération qui entourait notre ancienne magistrature. En Danemark comme en Allemagne, il n'existe que des fonctionnaires rendant la justice, mais point de corps séculaire que ses traditions de haute indépendance et la grande situation de chacun de ses membres placent dans le respect public fort au-dessus des agents directs de Tadministration centrale. On va trouver le grotesque uni à la fourberie, et le pédantisme judiciaire en plein épanouissement, dans la courte scène qui suit.
Premier avocat*. Vous venez de paraître en justice et d'y parler contre votre conscience, confrère.
Second avocat. Vous me faites injure. Je n'ai jamais de ma vie accepté une cause mauvaise.
Premier avocat. Ce n'était pas du moins une bonne cause que celle que vous avez soutenue aujourd'hui contre moi.
SEcaND AVOCAT. Gomment pouvez-vous dire qu'il y a prescription, là où il n'y a pas bome fidei possessio? Là où il n'y a pas bonae fldei possessio, il ne saurait jamais non plus y avoir prœscriptio.
Premier avocat. Qui dit qu'il n'y a pas bonœfidei possessio?
Second avocat. C'est moi qui le dis, c'est Justinianm qui le dit, c'est Molinxus^ CujaciuSy Grotius, et bien d'autres.
Premier avocat. Je voudrais, parbleu 1 c[a' Alexander Magnus Feût dit aussi. Je n'en ai pas moins raison pour cela.
Second avocat. Quoi de plus décisif que Vasquius? « UsiLcapio non habet locum inter duos diversorum regum ac populo^ rum subditos.
Premier avocat. Vraiment! Vasquius! Voilà bien quelqu'un à citer I
Second avocat. Qu'avez-vous à dire contre Vasquius?