‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 25 sur 78 · La Chambré de l'aceouehée. Acte m, scôae v · texte numérisé non relu

La Chambré de l'aceouehée. Acte m, scôae v

Le docteur. De quoi alors, madame, vous trouvez-vous surtout incommodée?

L'accouchée. Je me sens une grande agitation dans tous les membres.

Le docteur. Que mangez-vous, madame? Quel es^ votre régime?

L'accouchée. Le matin je bois un peu de thé.

Le docteur. Du thé vert ou du thé de bou?

Uaccouchée. Du thé vert.

Le docteur. Détestable, madame, c'est un astringent.

L'accouchée. Non, je me suis trompée. C'est de l'autre thé que je bois.

Le docteur. Détestable, madame, c'est un laxatif; il relâche trop le ventre.

L'accouchée. Du reste, je ne bois pas du thé tous les matins. La plupart du temps, c'est une bonne soupe à l'avoine que je prends.

Le docteur. Détestable, madame. Gela donne de la mucosité à l'estomac. Que mangez-vous pour votre dîner?

L'accouchée. Un bon potage gras.

Le docteur. Détestable, madame, pour les personnes malades. La viande échauffe et nourrit la maladie.

L'accouchée. Mais, monsieur le docteur, il faut bien enfin que je prenne quelque chose. Je ne peux pourtant pas manger du gruau de blé matin et soir.

Le docteur. Du gruau de blé ISRien n'est plus dangereux. Le gruau de blé n'est pas autre chose que du pain à l'état brut, et Ton pourrait faire de la colle avec du gruau de blé !

L'accouchée. Mais ne pourrais-je pas manger du gruau d'orge?

Le docteur. Gela ne vaut rien non plus, parce qu'il est impossible d'avoir du gruau d'orge cuit à point. Pour qu'il pût passer, il faudrait que la cuisson durât juste trois heures, cinq minutes et un huitième, et que le feu fût toujours bien égal.

L'accouchée. Mais comment arriver à une pareille exac* titude?

Le docteur. Gela est juste, madame. Aussi vaut-il mieux re-

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noncer tout à fait à cet aliment. Je veux vous donner une ordonnance sur le genre de mets et de boissons dont vous devez vous abstenir. Le lait, le vin et la bière, par exemple, sont un vrai poison pour voas. Outre les divers mets dont j'ai déjà parlé, il faut vous abstenir encore de toute espèce de poisson ; item, de tous les aliments qui gonflent, tels que lard, pois, choux, oignons ;i{em, de toutes les choses salées ou acides. Le pain est'un aliment inoffensif, qui fortifie le corps, sans nourrir la maladie. Seulement, ne mangez pas du pain de blé, il constipe.

L'accouchée. Alors c'est du gros pain que je mangerai?

Le docteur. En aucune façon. Ce serait vous mettre dans l'estomac un principade fermentation.

L'accouchée. Mais, en vérité ! monsieur le docteur, de cette façon-là, je ne pourrai ni manger ni boire 1

Le docteur. Il serait à souhaiter que tout malade pût s'en abstenir complètement; car, de même que toute maladie provient de ce que nous mangeons et buvons, de même aussi c'est là ce qui l'entretient. J'ai eu un malade qui savait s'imposer cette gêne. Ge gaillard-là (mais où trouver maintenant des malades qui aient sur eux-mêmes un pareil empire?), pendant une fièvre, resta six jours sans boire et sans manger.

L'accouchée. Aussi, je suppose bien qu'il mourut?

Le docteur. Parbleu, que vouliez- vous qu'il fit? Mais pour ce qui est de la fièvre, elle le quitta tout à fait. Or, tout ce que nous avions à faire, c'était de la chasser. Ici, madame, febris erat materia sxkbstraia! Hic Rhodus, comme on dit, hic salta. Du reste, vous n'avez pas besoin de craindre que votre maladie dure longtemps. J'ai un élixir, qui est un arcanumy dont à la vérité beaucoup de personnes meurent; mais, pourvu qu'on n'en meure pas, on ne saurait trouver au monde nen de si admirable.

L'accouchée. Monsieur le docteur, parlons d'autre chose, n me vient la nuit des rêves horribles. D'où cela peut-il provenirf

Le docteur. Les rêves, madame, sont de diverses espèces : n } a les sonrnia dfoifia, diaboUca et natturaUa. Hippocrate,

lui, est d'avis qu'il n'existe que des somnia divina et natvrralia,,,. Mais quel est donc ce vacarme derrière l'écran? On dirait d'une dispute.

U ACCOUCHÉE. C'est la nourrice. Il lui prend je ne sais quelle espèce de folie furieuse dès qu'elle entend un mot de latin ou de grec.

Le docteur. N'est-ce que cela ? Je continue donc, madame, ce que je vous disais des rêves. Saint Grégoire distingue parmi • les rêves ceux qui viennent è repletione, exinanitione excrementorum et illusioney è cogitatione et illmiom simul,.,- Mais voici un vacarme épouvantable ! Il est impossible que ce soit la nourrice toute seule I

L'accouchée. Il en est ainsi pourtant, monsieur le docteur. Elle a fait absolument de même tout le temps que David, le maître d'école, a été céans.

Le docteur. Alors je vais achever ce que j'avais à vous dire en siuiple danois. Cette classification, sans doute, est fort bonne, mais à mon sens c'est vraiment en six classes qu'il convient de partager les rêves. La première classe comprend tous ceux qui nous avertissent d'une chose k venir; la seconde espèce se compose de ceux où nos visions intérieures se trouvent représentées et qu'on nomme apparit.... Mais quel diantre de tapage fait-on là derrière l'écran? Il faut que la nourrice soit folle à lier. Comment s'appelle-t-elle, madame? L'accouchée. Elle se nomme Sire*.

Le docteur. Holà, Sire I reste donc en paix. Je ne dirai plus un mot de latin.

L'accouchée. N'y faites point attention, monsieur le docteur. Elle va sans doute déjà mieux.

Le docteur. La troisième espèce, ce sont les révélations que le ciel nous envoie pendant notre sommeil et que les Grecs appellent Phasma, Horama ou Chrematismos,... Msis il est impossible que la nourrice soit seule, madame. J'entends bien, parbleu ! deux voix 1

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