Contraction de Sigbrit
L'accouchée. Sans doute ; cela vient, je vous jure, de ce qu'elle possède le talent de se fsire deux voix différentes en même temps.
Le docteur. Sire, qu'est-ce que tu as donc? Bon, maintenant, la voilà redevenue tranquille. Mais où donc nous étionsnous arrêtés, madame?
L'accouchés. C'est ce que Dieu sait sans doute! Pour moi, je n'y comprends à peu près rien.
Le docteur. Oui, je me le rappelle à présent. Nous en étionsau Phasma.
L'accouchée. Tout conmxe il vous plaira, monsieur le docteur ; cela m'est fort égal.
Le docteur. Les seuls rêves qui se produisent chez vous, ce sont des enypnia. C'est ainsi que je nomme les rêves ordinaires, d'un côté, parce qu'ils nous viennent toutes les fois que nous nous endormons, de l'autre, parce qu'ils nous représentent volontiers aussi une partie de ce que nous avons depuis peu fait ou pensé. C'est ainsi qu'un amant rêve de son amour, un avare de sa richesse, un avocat de procédure, un maître d'école de gloses.
L'accouchée (à par;). Et un docteur, de pilules.
Le docteur. C'est ce que Lucretius, libro primo nous fait savoir, item Seneca in Octavia et Claudianm de raptu Proserpinx,.,. Mais écoutez un peu, madame! Ce sont parbleu bien deux personnes qui se battent; j'entends fort distinctement quatre pieds qui frappent le sol. Il faut que je voie ce que c'est.
L'accouchée. Ce n'est assurément rien autre chose que la nourrice avec le berceau.
Le docteur. C'est aussi à cela que se rapporte ce que dit Plutarchus de Theseo, — {Au mêms moment Cécran tombe. Le barbier et la sorcière sont jetés tous les deux sur le docteur^ qui roule avec eux à terre, Bonifacius traîne la sorcière par les cheveux jusqu'à la porte. Le docteur jette de même Boni^ facius dehors.) Ahl ah! madame!' Décidément c'était autre chose que la nourrice. Je vois à présent quelles personnes vous consultez. Je m'en vais voiiis citer avec elles devant la
justice : elles, pour se laisser employer, vous, pour les employer I {Il sort.)
Nous n'irons pas plus loin dans cette revue comparée des grotesques du théâtre de Molière et de celui de Holberg. Ce n'est pas à dire que nous ayons parcouru absolument toute la galerie. Nous aurions notamment à exhiber, à la suite des grotesques qui pèchent par affectation de science, ceux qui pèchent par manque complet de culture, ceux en d'autres termes qui chez Molière sont les provinciaux, et, chez Holberg, les paysans. Il suffira, quand Holberg aura été traduit chez nous, d'une rapide lecture du Onze juin et iu Petit paysan en gage pour reconnaître que dans ces deux pièces Holberg n'a fait que deux éditions nouvelles des aventures extravagantes de M. de Pourceaugnac arrivant de Limoges dans la capitale. Mais ce n'est pas seulement dans quelques nouveaux types de fantaisie, sortes d'enluminures déposées parlecapriced'une main légère et négligente sur les marges libres d'une vaste composition, que nous pourrions encore montrer le grotesque appliqué à la comédie danoise. De même que chez Molière, à côté de Thomas Diafoirus, il y a aussi Argan, c'est-à-dire, à côté d'un travers propre à toute une classe sociale et en quelque sorte épidémique, une monomanie isolée, de même nous trouverions sans peine chez Holberg plus d'un grotesque dont la folie a un caractère tout à fait individuel. Mais cette nouvelle série de personnages bouffons ne rentre pas dans le cadre que nous nous soinmes tracé. Ce ne sont plus en effet des figures accessoires jetées à travers la pièce pour en égayer deux ou trois scènes; ce sont des personnages qui en occupent tout le premier plan à eux seuls. D'un autre côté, ces nouveaux grotesques ne sont plus pris en dehors de la famille. La conception morale de la comédie imposait l'obligation de placer leur folie au centre même de la vie do-
mestique. Terminons donc ici le parallèle que nous avt)ns entrepris entre les fous de Holberg et ceux de Molière, et ajournons jusqu'au prochain chapitre, où nous allons les voir entrer dans Faction pour la conduire, ceux des membres de la famille qu'un ridicule tout personnel a fait tomber dans le grotesque.
ŒM[sb