‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 29 sur 78 · Comp. VAulularitty vers 1 et smyants · texte numérisé non relu

Comp. VAulularitty vers 1 et smyants

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surent, c'est lui seul que tout le monde attend, que tout le monde veut voir, et il y a de sa part une vraie préméditation de coquetterie à rester si longtemps invisible*

Tja seconde habitude qui prouve à mes yeux le désir du poëte de concentrer le plus possible notre attention, c'est que chez lui il est bien rare de rencontrer un travers décomposé en plusieurs nuances et partagé entre plusieurs personnages. Je ne vois que trois exceptions véritables dans tout son théâtre à cette sorte de règle : les Précieuses ridir culesy les Fâcheux et les Femmes savantes. Cette dernière pièce suffit seule pour montrer tout la parti que Molière eût pu tirer ailleurs de Tartifice de ces oppositions de détails. A une époque plus avancée, un poëte moins primesautier n'eût pas manqué de renouveler souvent ce parallèle ingénieux entre les diverses variétés d'une même infirmité morale. Il eût écrit les Avares^ les Misanthropes^ les Malades imaginaires, les Bourgeois gentilshommes. La comédie moderne, moins soucieuse de la simplicité et du grand art, s'est depuis longtemps réfugiée dans la minutie des ces analyses comparées. Mais à la subtilité de ces ingénieux contrastes Molière préfère la peinture bien autrement large des types généraux, et c'est sur une seule tète qu'il se plaît à accumuler tout le ridicule que peut contenir une bizarrerie morale.

Il est temps d'arriver à Holberg. A vrai dire, on n'attendrait point de lui une méthode semblable. Ce goût de l'exagération systématique et cette habitude d'une -clarté poursuivie aux dépens même de la vérité rentrent beaucoup plus dans le génie des peuples du sud qu'ils ne s'accordent avec le tour d'esprit des peuples du nord, amis de la minutie et de l'exactitude plutôt que d'une concentration laborieuse. Ce nous est donc déjà un indice considérable d'imitation que de trouver chez Holberg, dès ses premières pièces, un visible penchant à personnifier toujours dans

un rôle privilégié un travers d'esprit quelconque. On peut même dire qu'à ce point de vue il renchérit sur Molière lui-même et sacrifie encore plus que lui à la nécessité qu'il s'impose d'avoir toujours dans ses pièces un héros comique. Plus encore que chez Molière, c'est vers ce héros comique que tout converge, et à sa confusion que tout vient aboutir. Il est vraiment partout Talpha et l'oméga de la comédie. Aussi rien de plus facile que de dégager de chaque pièce le vice particulier et variable qui, s'il n'en fournit pas toujours le titre, ne manque jamais du moins d'en fournir la matière.

Dans l'édition de Boye, le théâtre de Holberg se compose de trente-deux pièces. Nous les pouvons partager en deux séries. Tandis en effet que les unes s'en prennent à un traverséternel de l'esprit humain, lesautresne dénoncent guère que les inconvénients d'une coutume locale. Voyons d'abord les pièces où le ridiiîule attaqué est un ridicule persistant et général.

La première comédie de Holberg, comédie représentée en 1722 et qui fonda le théâtre en Danemark, c'est le Ferblantier politique. On en connaît déjà le sujet. C'est contre la manie de faire de la politique à tort et à travers qu'elle est dirigée. Le poëte n'a pas sans doute assez clairement distingué le droit et le devoir qu'a tout bon citoyen de participer aux affaires publiques, du ridicule de s'en mêler sans y rien entendre. Mais, au début du dix-huitième siècle, un auteur comique ne pouvait guère sentir comme un publiciste de notre temps l'extrême péril de la confusion. En somme, le ridicule raillé par Holberg est de tous les temps et de tous les pays. Holberg le reprit dans une de ses dernières pièces, la République^ jouée pour la première fois en 1754. Un vers du Misanthrope lui a probablement fourni l'idée de sa meilleure pièce, V Oisif affairé. Il nous y représente un père possédé d'un besoin d'activité immense, et

qui dépense toute cette apparence d'activité dans l'insignifiance journalière de sa tenue de maison. C'est la mouche du cothe mise à la tête d'une famille. Je compte au moins quatre pièces exclusivement à l'adresse du pédantisme. Je dis exclusivement et avec dessein, car nous avons déjà vu que l'armée volante des grotesques dont Holberg remplit les vides de ses pièces est toujours en grande partie recrutée parmi les fanfarons de la grammaire ou les matamores de la philosophie. Il s'agit ici de comédies où le pédantisme a le principal rôle et subit à peu près seul tout TefTort de dérision du poète. Ces quatre comédies sont Y Heureux naur frage, Erasmus Montanus^ le Philosophe imaginaire et le Voyage de Sganarel au pays de la philosophie. Cojitre le soldat fanfaron j un type favori de la comédie latine, qu'on rencontre encore jusque dans Molière, il a écrit aussi deux pièces, l'une en cinq actes, Jacob de Tyboe et l'autre en un acte, Diderich'la-terreur-Hie'r humanité. La superstition, cette maladie endémique du Danemark à l'époque de Holberg, lui a également inspiré deux satires sous forme de comédies, dont la première, Sorcellerie^ a cinq actes, et la seconde, le Spectre de la maison^ n'en a que trois. Le bavardage, encore un ridicule assez fréquent dans ces petites villes du nord où la rareté des événements provoque plus qu'ailleurs Tindiscrétion des commentaires, a donné l'idée et fourni le type de Maître Gert de Westphalie, Le titre seul delsi Capricieuse nous dit assez par où en pèche l'héroïne. La manie de la coquetterie et du mariage chez une vieille femme forme la matière comique du Fiancé mètamorphosé. Dans les Invisibles, dans Sans queue ni tête^ c'est le penchant à l'enthousiasme et le goût de l'exagération que nous voyons incarnés dans le personnage principal. Enfin, pour terminer par les sujets qui sont communs à Holberg et à Molière, du ridicule de la gentilhommerie, c'est-àdire du Bourgeois gentilhomme^ le poète danois a tiré Un

peu <ï ambition, pièce 'à laquelle se rattache par un lien naturel Don Ranudo de Colihradosy une satire triviale de l'orgueil nobiliaire, tandis que le ridicule de la rusticité/c'està-dire celui de Monsieur de Pourceaugnac, lui a fourni jusqu'à trois comédies, le Onze juin^ le Petit paysan en gage et Jeppe de Bjerg.

Voilà déjà vingt et une pièces classées. La seconde série, un peu moins longue que la première, ne fut point jadis la moins piquante pour le public danois, auquel elle se présentait avec l'incontestable prestige de l'à-propos. Dans ces comédies toutes contemporaines, c'est toujours un ridicule à la mode, un engouement du jour qui se trouve saisi sur le vif, et spirituellement exagéré. La plus gaie de toutes ces pièces d'actualité, comme on dirait aujourd'hui, c'est une parodie littéraire, Ulysse d^ Ithaque. Ulysse d'Ithaque^ où les événements les plus considérables de VIliade et de VOdyssée se trouvent entassés pêle-mêle avec une multitude d'autres dans le court espace de cinq actes, avait pour but de montrer le côté grotesque de ces déclamations héroïques ou tragi- boucheries d'origine allemande, qu'un imprésario nommé Quoten venait de mettre plus en vogue que jamais. Vient ensuite une héroï-comédie, Melampe, la seule pièce avec les Invisibles où Holberg ait mêlé les vers à la prose. Il va de soi que le rhythme poétique n'est ici employé que pour augmenter par l'ampleur de la forme la puérilité du fond. Il s'agit simplement de tourner en ridicule la passion des carlins, importée, à ce qu'il paraît, de France et d'Angleterre jusque dans le beau monde danois. Holberg a encore consacré une pièce tout entière à railler, si grand ami qu'il fût de l'influence française, les excès de cette influence et le tort de tous ceux qui auraient été jusqu'à lui sacrifier le vieil esprit national. Jean de France nous montre un fils ingrat et sot, qui a perdu au frottement de la civilisation française le peu de bon sens et le peu de cœur dont

la nature l'avait doué. C'était une leçon à l'adresse de tous les pères de famille qui, sans raison sérieuse d'éducation» uniquement pour suivre la mode, envoyaient leurs enfants perdre cliez nous le goût de la vie paisible et des mœurs simples, dont la nécessité les attendait à leur retour. La Poudre arabique porte plutôt, il est vrai, sur une folie passagère de l'humanité que sur un ridicule propre au peuple danois, car ce n'est en définitive que l'une des formes connues de l'entêtement scientifique que le poète y signale à nos rires. Mais enfin il ne s'agit pas là non plus d'une de ces maladies éternelles de l'âme qui se retrouvent sous toutes les latitudes et dans tous les siècles. Nous y assistons aux tribulations que peuvent amener avec elles la recherche trop ardente de la pierre philosophale et la passion désintéressée de l'alchimie.

Qu'on ne s'imagine pas cependant que Holberg ne s'attaque qu'aux ridicules venus de l'étranger, et qui passaient alors, comme une sorte de malaria^ sur le Danemark. Il traduit tout aussi librement les vieilles mœurs du pays à la barre de la comédie, quand il les juge contraires à la raison. La Chambre de V Accouchée est peut-être le chefd'œuvre de cette courageuse polémique entreprise contre certains usages consacrés. La Chambre de V Accouchée n'est qu'un long et interminable défilé de visiteurs et de visiteuses qui se pressent ou se succèdent dans la pièce où une jeune mère est obligée de les recevoir, pour se conformer à une antique tradition. Elle est tenue de causer avec tous, de sourire à tous, d'entendre les plus sots propos, de supporter les indiscrétions de la malveillance ou de la stupidité, de voir cent visages nouveaux, de souffrir mille contraintes. L'on va, l'on vient, l'on entre, l'on sort, souvent en se prenant aux cheveux, ou du moins après avoir échangé des injures. Pendant ce temps le mari, en dépit du cruel soupçon qu'il s'est mis en tète, veille, comme il le doit, à ce que la

table soit toujours chargée de rafraîchissements, et à ce que ni le café n'y manque ni le vin, car l'usage tyrannique n'en veut pas moins à la bourse du mari qu'à la santé de sa femme. Le Voyage à la Source fait la critique, au nom de la morale, des réunions populaires qui se célèbrent tous les ans, pendant les jours du solstice d'été si longs dans l'aimable et Verte île de Séeland, au milieu de ces grjinds bois de hêtres qui font la beauté et l'originalité pittoresque du pays. A vrai dire, cette critique est assez indirecte, et l'inconvénient que signale Holberg dans cette pièce, où du reste, nous l'avons vu plus haut, les passions musicales reçoivent aussi en passant plus d'un trait satirique, n'est pas un inconvénient bien sérieux. Il en faut dire à peu près autant du Bal masqué, qui forme comme une sorte de . pendant au Voyage à la source. La Chambre de No'èl nous transporte enfin au milieu de la fête qui dans les pays du nord fait de cette soirée l'une des plus touchantes et des plus joyeuses réunions de famille. Holberg, dans cette bouffonneria digne d'un Brouwer, dénonce à la méditation des pères de famille et des vieux maris l'habitude d'admettre des étrangers dans leur cercle intime et d'ajouter l'agrément périlleux des jeux innocents aux solennels usages de cette soirée.

Nous voici arrivés avec cette seconde série à un total de vingt-neuf pièces. Il en faut accorder deux à la comédie d'intrigue, Henrich et Pernille, et Pernille demoiselle pour un jour. Une dernière, Plutus, n'est qu'une imitation du Plutus d'Aristophane. Joignez à ces trente-deux pièces un prologue de nouvelle année et un discours sur la clôture du théâtre, qui l'un comme l'autre ont reçu la forme d'une petite comédie, et vous aurez bien atteint le chiffre fixé par M. Boye. Il y a donc vingt-neuf comédies de caractère sur les trente-quatre pièces dont se compose le théâtre de Holberg.

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Il faudrait pouvoir citer Tune de ces pièces en entier et l'accompagner d'un perpétuel commentaire pour bien mettre* en lumière l'intention qu'a constamment le poëte d'en grossir le. plus possible la figure principale. Je ne puis toutefois, dans un travail de la nature du mien, me permettre une digression en cinq actes. Il me suffira de citer le commencement d'une pièce. Que le lecteur seulement veuille bien, en parcourant les premières scènes de la Car pricieuse, se reporter un peu aux deux premiers actes du Tartuffe. De même que Molière refuse le plus longtemps possible Tartuffe à notre légitime et croissante impatience, de même on va voir, dans les scènes suivantes, la personne dont les brusques caprices feront tous les frais de la co- > médie, la remplir tout entière avant même d'y paraître. Les personnages secondaires qui la précéderont tour à tour sur le théâtre n'y sembleront descendre que pour ajouter leur coup de pinceau personnel à l'ébauche d'un portrait toujours en train de se faire.

HÉLÈNE ^ Ne me parlez jamais de cela, ma chère demoiselle. Nous sommes tout juste aussi heureuses l'une que l'autre, quoique ceux qui nous font la cour soient d'humeur fort contraire, et je ne saurais dire en vérité laquelle de nous deux est le plus à plaindre.

Leonore. C'est moi, sans antmn doute, car un homme fait comme l'est votre frère Eraste a bien tout ce qu'il faut pour qu'une femme perde la tête avec lui. A ce qu'il semble, il m'aime; mais je puis vous assurer que pendant tout le temps qu'il a passé auprès de moi, il ne s'est jamais expUqué sur l'état de son cœur, si ce n'est de la façon la plus embrouillée du monde. Mes sentiments, ma manière d'être, ma façon de vivre paraissent lui plaire, et je n'en suis pas malgré cela

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