‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 30 sur 78 · La Capricieuse pen Vaegelsindede). Acte I, scènes i-vii · texte numérisé non relu

La Capricieuse pen Vaegelsindede). Acte I, scènes i-vii

moins certaine qne s'il venait à faire la connaissance de quelque antre qui fût encore d'hnmenr plus douce et plus économe que moi, il me laisserait là, tout honnête homme qu'il est.

HÉLÈNE. Pour ce qui regarde votre frère Apicius, je ne puis pas dire du moins que ses discours sont embrouillés. Les déclarations d'amour les plus merveilleuses ne lui coûtent rien, mais je ne sais en vérité si je puis y avoir la moindre confiance, tant il est inconstant. Je commence déjà à me fatiguer de sa conduite, et je souhaite de tout mon cœur qu'il puisse trouver une épouse aussi folle que lui.

Leonore. C'est parbleu! fort sage à vous, mademoiselle^ et je veux, ma foi, suivre votre exemple.

Hélène. J'avoue cependant qu'il est bien difficile d'abandonner tout à fait quelqu'un qui a été une fois l'objet de nos pensées.

Leonore. Cela est tout à fait vrai, mais qu'y faire?

Hélène. J'imagine qu'on pourrait encore les remettre tous les deux dans le droit chemin, en faisant comprendre à l'un tout l'excès de sa prudence et de sa parcimonie , et sentir à l'autre quel tort il se fait avec son humeur légère et sa vie de désordre.

Leonore. Bahl ne sont-ce pas là des choses qu'on leur a déjà dites cent fois sans aucun fruit? Je serais ravie que M. Éraste fit la connaissance d'une certaine dame, avec laquelle je causai hier et que je ne veux pas nommer. Je crois vraiment que ce serait là une femme capable de le guérir. Elle possède toutes les qualités qu'il demande chez une femme. Elle est économe, tranquille, et de goûts casaniers, mais tout cela d'une façon si extraordinaire et à un si haut degré, qu'il lui suffirait de l'avoir fréquentée quelque temps pour prendre en aversion toutes les personnes qui lui ressemblent , et qu'il regarde maintenant comme la perfection même. On guérit quelquefois les gens de cette façon-là, après avoir épuisé avec eux toutes les remontrances. %

Hélène. Où demeure cette dame?

Leonore. Pardonnez-moi, mademoiselle, je ne saurais vous le dire. {A part,) C'est la marchande de modes qui demeure ici.

150 CHAPITRE m.

HÉLÈNE. Gela après tout est fort indifférent. Je crois bien que ce n'est pas la seule femme bizarre qui soit dans la yille. Mais puisque vous êtes d'avis, mademoiselle , qu'il n'existe pour guérir mon frère Éraste qu'un moyen, qui est de lui taire voir chez d'autres combien ses défauts font un mauvais effet, une fois qu'ils sont les maîtres, je veux de mon côté faire un essai avec M. Âpicius; car, moi aussi, j'ai causé la semaine passée avec une dame qui paraît posséder le genre d'esprit et de qualités qu'il recherche, mais tout cela est porté chez elle à un degré d'exagération si affreux, que je suis certaine qu'en dépit de tous les éloges qu'il en fait, il s'éloignera d'elle avec aversion. Seulement, je ne saurais dire si cette dame est veuve ou fille encore.

Leonore. Gela importe peu. Mais demeure-t-elle dans le voisinage?

HÉLÈNE. Pardonnez-moi, mademoiselle, je ne saurais vous le dire. Je sais aussi bien me taire que vous. (A part.) G'est la marchande de modes qui demeure dans cette maison.

Leonore. Gomment donc était-elle, lorsque vous la vîtes, mademoiselle?

HÉLÈNE. Elle ne fait rien que chanter, rire, danser et dire des folies. Je ne l'avais jamais vue de ma vie, ce qui ne l'empêcha pas de me découvrir des choses secrètes qu'elle n'aurait pas dû confier à ses meilleurs amis.

Leonore. L'humeur des gens est en vérité souvent bien différente I Je ferai tout au moins un essai avec ma prude de l'autre jour.

HÉLÈNE. Et moi, ma foi, avec ma folle de l'autre semaine.

Leonore. Je vais arranger les choses pour qu'Éraste lui fasse visite dès cette après-midi.

HÉLÈNE. Et moi, je vais décider Apicius à visiter l'autre, aussi cette après-midi.

Leonore. Nous pourrons de la sorte nous raconter comment tout aura été. Mais je vois quelqu'un qui .m'appelle. Il faut que je vous laisse un peu. (Elle sort.)

HÉLÈNB (seule). Mlle Leonore n'a pas, ma foi, tort dans ceci. J'espère que M. Apicius, lorsqu'il aura pu voir les ma-

nières de cette femme bizarre, prendra du dégoût pour tontes les grimaces, et viendra me conter avec de grands éclats de rire ses pensées là-dessus, ce qui pourra me donner la meilleure occasion du monde de lui peindre son propre portrait à lui-même, et de lui faire sentir tout ce qu'il a de vilain. C'est tout au moins là une épreuve qu'il est bon de tenter. Mais j'aperçois justement le domestique de mon extravagante. Il faut que je cause un peu avec lui. (A Henrich.) Holà, mon amil Y a-t-il longtemps que vous servez dans cette maison?

Henrich. Âpeu près trois ans.

HÉLÈNE. Vous êtes vraiment bien heureux de servir chez une dame qui est toujours aussi gaie, aussi généreuse, aussi ouverte.

Henrich. Vous avez raison , ma chère demoiselle.

HÉLÈNE. La première fois que j'eus l'honneur de lavoir, elle me confia tous ses secrets.

Henrich. Tiens, quel mal y avait-il à cela? C'est le signe d'un noble cœur.

Hélène. Fort bien, mais en pareille matière, on peut pousser les choses trop loin.

Henrich. On peut en dire tout ce qu'on voudra, ce n'en est pas moins là une vertu.

Hélène. Je vous demande pardon. Tout ce qui dépasse une certaiDe mesure perd le nom de vertu. C'est aussi une vertu que d'être généreux, mais quand cela va trop loin et tourne à la prodigalité, c'est un vice qui est tout aussi coupable que l'avarice.

Henrich. Je n'ai pas beaucoup étudié. C'est pourquoi je ne me mêle pas de défendre ma maîtresse.

Hélène. Je vous prie de vouloir bien lui présenter mon respect. Mais il faut que j'aille voir où est restée Mlle Leonore. J'ai oublié de lui dire quelque chose. (Elle sort.)

Henrich {seul). Si cette demoiselle venait chez nous ce matin, elle ne pourrait plus reconnaître ma maîtresse, tant eile est maintenant méchante et sombre, à moins cependant qu elle n'ait changé d*humeur, depuis que je suis sorti. (Leonore rentre en scène.)

Leonore. Je vois qu'elle est déjà partie. Mais voici pour sûr le domestique de la femme si bizarre avec laquelle je m*eutretius récemment. Holà, mon anoi ! N'est-ce point ici que vous servez?

Henrich. Oui, parbleu, c'est ici.

Leonore. Je vous plains, vous, et tous ceux qui ont une pareille maîtresse.

Henrich. Comment cela?

Leonore. C'est bien la femme la plus insupportable que j'aie jamais vue.

Henrich. Il se peut.

Leonore. Je n'ai jamais connu personne d'aussi sombre, d'aussi ladre, d'aussi défiant.

Henrich. Ce n'est pas ma faute.

Leonore. Mes pieds ne franchiront jamais à l'avenir le seuil de sa porte.

Henrich. Tout comme il vous plaira.

Leonore. Car je n'ai, ma foi, aucune envie d'être encore rudoyée.

Henrich. Vous avez bien raison.

Leonore. Mais, n'avez-vous pas vu ici tout à l'heure une demoiselle?

Henrich. Oui, je viens de voir ici à l'instant une personne habillée comme une demoiselle. Si c'est encore une demoiselle, c'est là une chose que je ne saurais vous dire. Elle s'en fut de ce côté. {Leonore sort,)

Henrich (seul). Si je voulais chaque jour m' exercer à défendre ma maîtresse, je pourrais avec le temps devenir un excellent procureur, puiscpe le grand talent du métier consiste aujourd'hui à vanter une chose, et demain à en défendre une autre qui est justement le contraire de la première. Je n'ai pas besoin d'une autre horloge que l'humeur de ma maîtresse* , car, si déjà, dans la matinée, elle a été en huit ou neuf fois tour à tour bonne, colère, dévote, libertine, mondaine, mystique, dé-

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