Souvenir de Plaute
pensière, avare, bavarde, taciturne, modeste , arrogante, je sais alorsqn'il n'estpas loin de midi, et lorsque, Taprès-dînée, ellea joué tout juste le même temps à la balle avec son humeur*, je sais à peu près que la soirée est arrivée. Quand elle m'a envoyé faire des courses dans la ville, elle ne faisait que parler ménage et soupirer sur la dureté des temps, si bien qu'elle m'a dit d'aller lui chercher ce petit pain de seigle, avec l'intention d'en manger la moitié pour sou déjeuner. Je me suis longtemps creusé la tête pour savoir ce que ce peut être, et enfin, après de longues méditations, j'en suis venu à l'idée qu'il doit y avoir en elle cinq ou six âmes qui se font la guerre l'une à l'autre. Une âme dévote qui, lorsqu'elle réussit à l'emporter sur l'âme libertine, rend madame dévote, aussi longtemps que sa domination dure. Une âme économe, qui, sitôt qu'elle a iait plier le genou à l'âme dépensière, rend madame économe, et me îsli envoyer en ville chercher un petit pain de seigle pour son déjeuner ; mais, si dans le temps que je fais ma commission, il arrive que l'âme dépensière a repris le dessus, alors c'est du choucoulat" qu'il lui faut. Que l'âme gaie l'emporte, il me faut courir à travers la ville quelquefois par un temps tel qu'un chien lui-même ne voudrait pas sortir, et cela pour rassembler la société de madame ; mais, si dans le temps que je reste dehors, l'âme sombre redevient la maîtresse, je la trouve pleurant à chaudes larmes sur quelque livre de piété', quand je rentre. Quelquefois même, elle a deux passions à la fois, à telles enseignes que je la vis hier danser et pleurer en même temps. Dans ces moments«là, il faut croire que deux âmes gouvernent chez elle tout ensemble, et les choses vont sans doute comme dans une maison où le mari et la femme, d'humeur