Compares avec le Tartuffe y acte II, scène m
Lëonora. Ne veux-tu donc pas me pardonner ce que j'ai dit, Pemille ?
Pernille. Embrassez-moi donc la main, po«r me faire vos excuses.
Leonora. Le plus volontiers du monde.
Pernille. Bien. Voilà tout réparé. Mais je vois venir Magdelone. C'est par elle que va commencer la comédie. (Leonora sort avant que Magdelone n'entre.) Or ça, mademoiselle, soyez heureuse enfin. Le moment de votre délivrance est arrivé. Vous entrerez peut-être ce soir dans le lit nuptial.
Magdelone. Quoi, serait-il vrai, Pernille?
Pernille. Sans doute, cela est tout à fait vrai.
Magdelone. Et avec qui, Pernille?
Pernille* Avec un beau et riche jeune homme.
Magdelone. Ah I Je sens mon cœur battre de joie.
Pernille. Qui entend comme il faut la tenue des livres. (Magdelone pleure de joie.) Qui pour les fractions et tout ce qui touche à Tart de compter est un autre Alexandre le Grand. (Magdelone sanglote.) Qui sait sa table de Pythagore tout aussi bien que son Pater nostet.
Magdelone. Ah, ma charmante Pemille, comme tu me réjouis le cœurl
Pernille. Qui est capable de compter, avec un crayon de plomb aussi bien qu'avec un crayon d'ardoise, combien il y a de gouttes d'eau dans le Grand-Belt*. (Magdelone se remet à sangloter.) Monsieur s'est seulement réservé de l'appeler de temps en temps pour l'aider dans ses affaires.
Magdelone. H peut bien le garder toute la journée à son service, pourvu que d'ailleurs je le garde la....
Pernille. Gela va de isoi. Qui diantre voudrait d'un mari à d'autres conditions?
Magdelone. A-l-il au moins bonne mine?
Pernille. Il a si bonne mine que j'en demeurai toute stu-
1. Il y a dans le texte Pebling Sô. C'est l'un des bassins qu^on rencontre dès qu'on a passé les remparts de Copenhague, et qui servent, je crois, à approvisionner la ville d'eau douce. Ôhlenschlaeger a traduit aussi im grossen Belt.
208 CHAPlTaE 111.
péfaite, lorsque je le vis. Il a toute la physionomie et la tournure d'un homme qui a obtenu un laudabilis h. chacun de ses examens, et il marche dans larue aussi modeste et aussi grave que s*il suivait un enterrement,
Magdelone. A-t-il aussi quelque chose ?
Pernille. Vous le verrez bien, quand il vous aura épousée. D'ailleurs, n'aurait-il pas la plus petite fortune, qu'il serait encore en état avec sa plume et son crayon de vous pourvoir de tout abondamment.
Magdelone. Ahl j'ai bien peur, Pernille, que monsieur n'oublie encore.
Pernille. Bah! c'est affaire tout à fait conclue. Il ne manque plus seulement qu'une chose, c'est que vous vous parliez, et que vous échangiez votre consentement. Et, dans le cas où il ne vous conviendrait pas , eh bien I je le prendrai pour moi.
Magdelone. Raye cela de tes papiers. C'est pour moi, tu le sais bien, que monsieur l'a demandé.
Pernille. Mais s'il arrivait que vous ne fussiez pas à sa convenance, s'il vous trouvait un peu trop âgée, seriez- vous encore contrariée que je le prisse?
Magdelone. Quel âge crois- tu donc que j'aie?
Pernille. Vous avez bien, ma foi, quarante ans.
Magdelone; C'est aussi ce que j'ai cru moi-même jusqu'à présent. Mais tout récemment, j'ai bien examiné la chose, et j'ai trouvé, aussi vrai que je suis une honnête femme, que je n'avais pas plus de trente ans. J'ai un papier qui l'atteste, et qui est de feu mon père, lequel ne saurait mentir.
Pernille. On peut si facilement se tromper dans les calculs! Tout le monde croit maintenant que j'ai vingt-quatre ans. Eh bien! je suis certaine que, si je suis un jour sur le point de me marier, quand j'aurai bien examiné la chose, je trouverai également un écrit de la main de mon père qui prouvera que je n'ai que seize ans. Ma sœur aînée, Anne, avait aussi lait une erreur de ce genre, mais en sens inverse. Quelqu'un la demanda en mariage, alors que tout le monde croyait qu'elle n'avait que quatorze ans. On jugea qu il était encore
trop tôt pour la marier à cet âge4à. Mais, qaand on consulta les registres, on reconnut qu'elle avait dix-huit ans.
Magdelone. Tu vois donc bien, Pemille, qu'on se trompe aisément dans les calculs 1 Mais, quand viendra-t-il ici?
Pernille. Il viendra cette après-midi à trois heures. Le mieux pour vous, mademoiselle, c'est d'aller faire un peu de toilette. N'oubliez pas non plus ce que vous m'avez promis, car c'est moi qui ai tout fait faire à monsieur.
Magdelone. Tu peux compter sur les cinquante rixdalers. Voici ma main. {Elle lui donne la main en signe de gage,)
Pernille (à pari). Voilà déjà le commencement terminé. N'est- ce pas vraiment un acte de charité que de procurer un mari à cette fille-là? Je n'ai jamais connu personne à qui le mariage fit tant d'envie. S'il n'y avait que son âge pour l'empêcher de se marier, elle irait, je crois bien, devant la justice, jurer ses grands dieux qu'elle n'a pas plus de trente ans. (Haut,) Mais allons un peu dans votre chambre, mademoiselle. (Magdelone et Pernille sortent^,)
Beaucoupdebruit. (Il entre dans la chambre j une plume
d'oie derrière Voreiile, Ses quatre secrétaires le suivent de
. même avec une plume d'oie derrière toreille, Pemille porte
également une plume derrière l'oreille, Beaucoupdebruit essuie
la sueur de son visage.) Pemille !
Pernille. Monsieur !
Beaucoupdebruit. Je songe encore à ce gamin qui disait dans la rue que je n'avais rien à faire.
Pernille. Il y a de quoi devenir fou rien que d'entendre une pareille sottise !
Beaucoupdebruit. J'ai été jusque chez Erich Madsen, Pemille !
Pernille. Vous y avez déjà été, monsieur? Voilà qui me plaît fort ! Ne vous promit-il pas d'envoyer ici son fils à trois heures cette après-midi?
Beaucoupdebruit. Il viendra positivement à cette heure-là.
Pernille. Âh 1 qu'il me tarde de le voir 1
t. Le premier acte finit ici.
MO CHAPITRE in.
SsAUCOUiH[>iîBRUiT« A trois heures tu pourras le voir.
Pernillë. J'espère bien qu'il arrivera avant. Les amoureux n'y manquent jamais.
Beaugoupdebruit. Il importe peu, après tout. Cependant, je ne serais pas très^conteat qu'il arrivât avant l'heure, car j'ai à faire éorire cinq ou six lettres de mariage, que je veux envoyer par la poste à quelques bons amis.
Pernille. Mais pourront-ils venir si vite à la noce?
Beaugoupdebruit. Pas le moins du monde. Ce que j'en faisn^est que pour la forme. Ëst*ce que j'ai du temps de reste pour faire une noce? Aussi n'y aura-t-il rien de plus que la signature du contrat en présence de quelques bons amis. Mais, ce que tu viens de m'apprendre me réjouit fort. Ainsi, ma fille en est venue à de plus sages résolutions.
Pernille. Sans doute, et les choses suivront leur cours de la bonne façon. C'est pour cela que le mieux est de battre le fer pendant qu'il est chaud, et de signer le contrat ce soir.
Beaugoupdebruit. Ce soir, il faut que toute l'affaire soit tirée à clair, et que le jeune fat, qui était ici ce matin, en ait le nez long. Pernille, va donc t'asseoir au pupitre. Tu m'écriras une copie de plus avec les autres.
Pernille. Fort volontiers, monsieur.
Beaugoupdebruit. Çà, vous autres, prenez.... ciseaux. (Ils prennent les ciseaux en cadence.) Êtes-vous prêts?
Tous. Oui, c'est coupé*.
Beaugoupdebruit. Enlevez.... plume. (Ils enlèvent leurs plumes de l oreille.) Plongez.... plume. (Ils plongent leurs plumes dam-lenore en même temps, Beaucoupdebruit jette sa perruque à terre,) Écrivez : « Considéraat qu'il a plu au ciel, » virgule. Y êtes-vous? (Les secrétaires répètent les mots.) « d'unir par les liens d'un pur amour deux jeunes gens„ » virgule. y êtes-vous? (Les secrétaires répètent de même.) c à savoir, ma fille aînée Leonora et le seigneur Peder Ërichsen, le teneur de livres, » virgule. Y ètes^vous? (Ils répètent encore les derniers mots.) « c'est en conséquence mon très-humble