‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 39 sur 78 · En français dans le texte · texte numérisé non relu

En français dans le texte

vermisseau, si Ton me compare avec loi pour le calcul et la tenue des livres. C'est lui que j'ai à remercier, c'est lui devant les pieds de qui j'embrasserais la poussière, pour tout ce que j'ai appris de la tenue des livres. Je ne devrais pas faire son éloge, puisqu'il est mon cousin germain du côté paternel, mais je puiô bien dire cependant qu'il n'a pas beaucoup de pareils dans quelque genre de calcul que ce soit, puisque, pour faire pendant à la règle appelée régula Detriy il en a fait une nouveUe qui se nomme régula Pétri.

Beaugoupdebruit. Je suis enchanté que vous soyez son parent. Si ma seconde fille était en âge de se marier, nous pourrions peut-être bien faire aussi quelque chose de vous deux. {Oldfux fait de grands saluts avec son pied.) Pernille 1 fais'venir Leonora céans. Voici le moment de gagner vous-même les bonnes grâces de ma fille. Il lui a paru étrange d'abord que je voulusse la donner en mariage à un teneur de livres. Mais je sais maintenant qu'elle est revenue à de meilleures résolutions. Si j'avais deux filles, je voudrais qu'elles épousassent toutes deux des teneurs de livres.

Lé ANDRE. Je vous en remercie au nom de la corporation.

Oldfux. Je vous en remercie également au nom de Tart.

Beaugoupdebruit (à Leonora j qui entre). Çà, ma fille..,. (Au>x secrétaires.) Allez vous-en un peu au bureau, vous autres, coUationnez bien les lettres les unes avec les autres et cachetezles. Ensuite je vous ferai connaître les adresses. (Ils remettent leurs plumes à Voreille et s'en vont,) C'est une grande joie pour moi, ma fille, que tu sois revenue à de meilleures résolutions, et que pour te conformer à ma volonté tu aies chassé de ta tête l'amour que tu avais. Les jeunes filles ne regardent qu'à l'extérieur des gens, et c'est ce qui fait qu'elles courent ellesmêmes à leur perte. J'ai choisi pour mon gendre ce jeune homme, qui, avec ce qu'il sait, est en état de ne te laisser manquer de rien, bien qu'il n'ait aucune fortune.

Leonora. Je vous supplie en grâce, mon cher papa, de ne plus penser à ce qui s'est passé. J'ai réfléchi depuis sérieument et reconnu quel péché c'est de résister à la volonté de ses parents. Monsieur me plaît, et j'ai le plus grand contente-

ment du monde du choix que mon père a fait, bien pefiuadée que je suis qu'il ne prendra jamais aucune rdsolutioA à mon égard, si ce n'est pour mon avantage et mon bonheur*

Beaucoupdebkuit. Je t'aima beaucoup trop, mon eafânt, pour avoir jamais voulu te marier avec un homme qui ne t'aurait pas dû rendre heureuse. Âpproehez^vous donc l'un de l'autre et causez un peu ensemble.

Lé ANDRE. Très-chère mademoiselle et future épouse 1 lorsque je considère la nullité de mon propre mérite, et que je vois les zéros qui le représentent inscrits en une si belle place dans le grand livre des pensées de votre cher père, tous mes sens sont sur le point de me faire faillite et banqueroute. Un zéro n'a point de valeur par lui-même, mais un trait de plume placé à côté de lui peut en faire tout de suite quelque chose. Je ne suis, pour moi, qu'un hun^ble trait de plumoi sans aucune valeur. Mais si le modeste trait de plume que je suis vient

s'ajouter au zéro que vous êtes, mademoiselle (Qldfux h

frappe dans le dos pour V avertir*) Je me suis trompé dans ce que je viens de dire, ma charmante demoiselle. C'est moi qui suis le zéro et qui n'ai aucune valeur, et c'est vous, made^moiselle, qui êtes le trait de plume qui, en venant s'ajouter au zéro, lui donne sur-le-champ une valeur,

Leonoka. Vous vous estimez, monsieur, beauoaup trop peu.

LÉANDjaE. Je vous suis fort reconnaissant.

Oldfux. Peder, tiens, voici la bajoue que nous a remise ton père pour l'offrir à mademoiselle.

Léandrë. C'est vrai, Jonas. Mon père vous fait présenter ses très-humbles salutations et vous prie^ mademoiselle, de vouloir bien accepter cette bague de mes mains conmie gage de mon amour.

Leonoka. Je l'accepte et vous en remercie de tout mon cœur.

Lé ANDRE. Cela ne doit pas compter pour présent de noces, ma charmante demoiselle. Ce n'est qu'un léger gage de tendresse, d'un usage ordinaire en pareille circonstance, lequel usage tire son origine de ce que, de même qu'une bague est ronde et n'a ni con^mencement ni fin, de même.;..

Beaucoupdebruit. Un peu de silence, mes petits enfants 1 Je gagerais ma tête que notre dîner brûle dans la cuisine. (Il sort brusquement.)

Pernille. Ha! ha! ha! Que le diable vous emporte, tant vous jouez bien vos rôles!

Oldfux. Cependant, une fois ou deux, M. Léandre s*est embrouillé, quant il a dit, par exemple, que le paon fait la roue en contemplant ses pattes, et que mademoiselle est un zéro.

Léandre. Comment veux-tu aussi que je me mette tout ce fatras de pédanterie dans la tête?

Leonora. Grâce au ciel, tout va le mieux du monde. Maintenant me voici fiancée avec vous, mon cher Léandre, et cela en présence de mop père; mais....

Pernille. Vous en revenez toujours à votre mais^ mademoiselle. Laissez-moi donc veiller au reste.

Léandre. Mais maintenant, quand le véritable teneur de livres va arriver?

Pernille. Si le ciel aussi maintenant allait tomber sur nous! Laissez-moi donc aviser seule aux choses. Vous n'avez rien à faire, vous, qu'à exécuter et qu'à suivre mes ordres. C'est moi qui suis le capitaine, et vous, les simples soldats. Trêve donc d'observations.... Voici monsieur qui revient.

Beaucoupdebruit. C'est un mensonge, Anne. Ne nie donc jamais ce que je puis voir mieux que personne. Les assiettes ne sont pas écurées avec de la cendre. Elles sont écurées avec du sable, et cela précisément parce que je l'ai défendu maintes fois. Si j'avais seulement le temps d'examiner les plats et les cuillères, je suis bien certain que je ne les trouverais pas en meilleur état I Mais je ne suis qu'un homme, et c'est pourquoi je ne saurais faire ce qui dépasse les forces humaines. Je n'ai pas d'yeux derrière la tête. Je n'ai que deux mains, et je ne saurais être en dix endroits en même temps. Que je voudrais, une seule fois dans ma vie, être assez heureux pour poavoir me dire à moi-même : « Va maintenant te mettre en paix à table ou au lit; tu n'as plus rien à faire de la journée! » Mais hélus un pareil moment ne viendra jamais, car mes affaires sont comme une boule de neige : plus elles avancent, et plus

elles grossissent. Ah ça, que veulent ces étrangers que j'aperçois céans, Pernille? Voulez-vous me parler, messieurs?

LÉANDRE et Oldfux (ensemble). Oui.

Pernille. Hé, monsieur! ne voyez-vous point que c'est votre gendre?

Beaucoupdebruit. C'est vrai. Excusez-moi; je m'oublie moi-même quelquefois, tant j'ai d'affaires. Ça donc, mon cher gendre, mon projet vous convient-il maintenant, et trouvezvous dans ma fille des qualités qui puissent vous donner de l'amour pour elle ?

Léandre. Ah I mon amour pour elle est si grand, que c'est à peine si je puis me tenir sur mes jambes.

Beaucoupdebruit. Fort bien. Le mariage aura lieu dès ce soir. Pernille, quel moment crois-tu qu'on puisse fixer pour le faire?

Pernille. Monsieur, vous n'aurez pas un moment à vous, autant que je puis prévoir les choses, jusqu'à six heures du soir, car vous avez ces cinq lettres à plier et à cacheter, sans compter l'adresse à éciire. Et puis toujours il survient une chose ou une autre, à laquelle on ne «pense pas. Monsieur n'a vraiment jamais de bonheur pour cela.

Beaucoupdebruit. Oh! oui, tu peux bien le dire, Pernille! Ainsi, mon cher gendre, revenez avec quelques-uns de vos proches parents à six heures du soir. Je n'aurai du reste ici personne, si ce n'est mon frère Léonard et le notaire. Mais, mon cher gendre, je voudrais bien vous consulter au sujet d'un petit calcul qui me parait trop difficile pour moi.

Pernille Hé, monsieur, reniettez cela h une autre fois. Le bon jeune homme a bien autre chose en tête !

Beaucoupdebruit. C'est vrai. Mais il s'agit seulement d'une petite question. Une personne aussi versée que lui dans l'art du calcul me rendra en un clin d'oeil ce service .

Pernille. Je ne vais jamais contre l'avis de monsieur, mais pourtant en ceci il m'est impossible de l'approuver. Vouloir tourmenter de calculs quelqu'un qui vient lui demander la main de sa fille !

Beaucoupdebruit. Paix donc! Ce ne sera qu'une baga-

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telle pour lui. Voici le calcul dont il s'agit : Ou a vendu dii tonnes de seigle, petite mesure, à raison de vingt rixdalerSé Quelle serait la différence en plus du prix, si c'était grande mesure?

Pernille. Ah! monsieur, voilà que les autres poulets ont attrapé de nouveau la petite poule noire et s'apprêtent à la tuer.

Beaucoupdebruit. N'est-ce pas vraiment affreux? (Il sort brusquement.)

LÉANDRE. Ah, Pernille, nous voilà perdus I

Oldfux. Que la fièvre l'emporte, avec sa grande et sa petite mesure 1 • Lé ANDRE. -Je ne sais pas compter jusqu'à cinq^ et il faut que je fasse maintenant un tour de force de calcul?

Leonora. Vois-tu bien à présent, Pernille, comment tout ceci va tourner, et que ton projet....

Pernille. Trêve de paroles, et laissez-moi réfléchir un peu en repos.... Sauvez -vous vite d'ici.

Lé ANDRE. Mais cela ne peut manquer d'éveiller des soupçons contre nous?

Pernille. Vite à la porte, vous dis-je 1 Nous n'avons pas d'autre expédient pour le moment.

Leonora. Mais, Pernille. ..

Pernille. Déguerpissez tous ensemble, etvous aussi, moulin à paroles. (Tous sortmty excepté Pernille.)

Beaucoupdebruit (rentrant). Elle voulait encore me faire croire que la petite poule noire n'avait rien à craindre.

Pernille. Ah! monsieur, j*ai bien vu de mes propres yeux, par la fenêtre, de quelle façon elle était battue. Mais cette fiUelà est la même daLs tout ce qu'elle fait. Dernièrement, si je ne l'avais pas arrêtée, il serait arrivé un grand malheur.

Beaucoupdebruit. Quel grand malheur?

Pernille. Ma foi, monsieur, j'aime mieux ne pas vous le dire, à moins que vous ne me promettiez de ne point vous fâcher?

Beaucoupdebruit. Je ne m'en fâcherai nullement. Dismoi ce que c'est.

Pernille. L'autre jour, j'ai trouvé l'inventaire du linge fin

de monsieur dans la cuisine. Cette maudite fille s'en était emparée et voulait s'en servir pour griller du saumon.

Beaucoupdebruit. Non, voilà une chose dont il m'est impossible do ne pas me fâcher! Ge pouvait être pour moi la cause d'un grand malheur.

Peknille. Si monsieur ne tient pas sa promesse, je n'aurai plus jamais confiance en lui.

Beaucoupdebruit. Non pas, Pemillèl II faut qu'elle me le paye. On ne saurait imaginer un tour plus pendable 1

Pernille. De grâce, monsieur! Je vous en supplie humblement. Elle s'est mise à genoux devant moi et m'a conjurée en sanglotant de ne la pas trahir. Toutefois, je n'ai rien voulu lui promettre, qu'après qu'elle m'a eu juré par les plus grands serments de ne plus jamais à l'avenir toucher aux papiers de monsieur.

Beaucoupdebruit. Toucher à mes papiers, c'est toucher à la prunelle de mes yeux I

Pernille. Qne monsieur se tranquillise! Elle aura appris par cette aventure à faire un peu plus attention.

Beaucoupdebruit. Si Ton me volait de l'argent, j'en prendrais encore mon parti. Mais m' enlever mes papiers, c'est m'arracher l'âme du corps !

Pernille. Je puis assurer monsieur que rien, absolument rien, n'en a été perdu ni même dérangé. Je n'ai pas cessé d'avoir l'œil dessus.

Beaucoupdebruit. Eh i)ienl je me tairai cette fois, à cause de toi. Mais à l'avenir, j'entends que personne n'entre dans mon bureau, si ce n'est toi. Où donc est allé mon gendre?

Pernille. Mais, monsieur, n'avez-vous pas pris congé de lui, en lui recommandant de revenir à cinq heures?

Beaucoupdebruit. C'est vrai, Pernille. J'oublie une chose après l'autre. Groirais-tu que je ne sais même pas si j'ai dîné à midi?

Pernille. Non, monsieur. Le dîner est encore sur la table à vous attendre.

Beaucoupdebruit. Alors je vais entrer pour manger un peu en toute hâte. (// sort.)

Pernille {seule). Et voilà comment nous nous sommes tirés de cet ëcueil.

Oldfux. (Il entre fuibillé en laquais), La peste, Pernille ! Dans quel embarras il nous a jetés avec son calcul de la grande et de la petite mesure!

Pernille. Eh bien, moi, je m'y suis prise de façon à lui faire oublier à la fois sa grande et sa petite mesure, en tournant le discours et son attention sur les choses du ménage.

Oldfux. Mais qu'a-t-il dit, en remarquant que nous avions disparu?

Pernille. Je lui ai fait accroire que c'était lui-même qui avait pris congé de vous. Je réussis à lui faire tout oublier, rien qu'en lui suscitant de nouvelles affaires.

Oldfux. Je m'en vais, ma foi, lui mettre aussi de la besogne sur les bras.

Pernille. Et cela est aussi absolument nécessaire. Autrement, nous sommes perdus. Avant une demi-heure, nous aurons ici le teneur de livres. Mais voici monsieur. Éloigne-toi, et rentre vite avec la lettre de Léandre. {Oldfux sort, pendant que Beaucoupdebruit entre.) Monsieur a-t-il déjà dîné?

Beaucoupdebruit. Je n'ai jamais le temps de manger à mon appétit, Pernille I Cours vite voir si les secrétaires ont plié les lettres.

Pernille. Voici un laquais que je viens de rencontrer justement à la porte avec une lettre pour monsieur. {Oldfux vient remettre la lettre et sort de nouveau,)

Beaucoupdebruit. Pernille, lorsque quelqu'un vient pour me parler, il faut répondre que tu veux voir d'abord si je suis au logis. G est ce que ne manquent jamais de faire tous les domestiques dans les grandes maisons.

Pernille. Il y a despgens qui poussent l'impertinence jusqu'à entrer tout droit en courant. Mais, puisque monsieur veut qu'il en soit ainsi, il ne faut pas que monsieur regarde par la fenêtre qui est là, comme il a l'habitude de le faire, car dernièrement un homme, qui vous avait vu de la sorte à la fenêtre, me rencontra dans la rue et me dit: « Salue ton maître, et dis-lui que, quand il sortira, il fera bien de prendre avec lui

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sa tête, que j'ai vue à la fenêtre. » Il se peut qu'on ait quelque chose d'important à vous communiquer, monsieur, et qu'on ne veuille pas dire aux domestiques ce dont il s'agit.

Beaucoupdebruit. a tout prendre, ce que tu dis est vrai. Mais il faut que je lise cette lettre. {Il lit la lettre.) Morbleu I Voici une maudite affaire ! Ce Léandre, quiest venu ici ce matin, m'écrit que, recevant la nouvelle que j'ai donné à un autre ma fille qui s'est auparavant fiancée avec lui, ce qu'il se fait fort de prouver par différentes lettres d'elle, où elle s'engage par serment à n'aimer personne que lui, il espère que je ne lui en voudrai pas s'il proteste contre les nouvelles fiançailles et fait valoir ses droits par-devant la justice.

Pernille. Eh bien, qu'est-ce que cela signifie? C'est mademoiselle qui rompt elle-même avec lui, et le prétexte sera que sa promesse a été faite sans le concours de l'approbation paternelle Et comme il lui a été impossible d'obtenir cette approbation, la chose tombe d'elle-même. Du reste, je reconnais qu'il est bien pénible pour monsieur de s'engager dans un procès, car il aura beau le gagner, il n'en aura pas moins dépensé en pure perte un temps incalculable.

Beaucoupdebruit. Il y a de quoi devenir fou, rien que de penser à tout ceci. Que me conseilles-tu de faire dans cette conjoncture?

Pernille. Je conseille à monsieur d'abord d'écrire lui-même à ce jeune homme, de lui représenter toute l'injustice de ses prétentions, de le détourner parla du procès qu'il veut commencer, et enfin de consulter un bon avocat.

Beaucoupdebruit. Envoie vite le domestique me quérir au plus tôt un avocat.

Pernille. J'y vais. Que monsieur écrive la lettre pendant ce temps-là.

Beaucoupdebruit. Hélas, infortuné que je suis! Me voilà noyé dans les affaires. (// se met à écrire.)

Pernille (à part). Tout va le mieux du monde. Seulement il faut que je lui crée encore d'autres affaires, car ses embarras et mon adresse doivent si bien faire que, lorsque le véritable prétendu arrivera, monsieur n'ait ni l'envie ni le loisir de lui parler.

Alors qu'il vienne s'il vent, ce prétendu. Il sera, en présence de monsieur y fiancé avec la femme de confiance, Magdelone. Léandre et Oldfux ne peuvent pas comprendre pourquoi je tiens à faire ce double mariage. Mais ils ne savent pas qu'elle m*a promis cinquante rixdalers, si je peux amener monsieur à lui donner un mari, et cela n'arrivera jamais, si ce n'est grâce à l'occasion présente. Autrement monsienr n aura jamais 4e temps d'y songer.

Beaucoupdebkuit. Qu'on ne laisse entrer personne, excepté l'avocat et le barbier. Il faut enfin que je sois rasé, d'autant plus qu'il vient des étrangers ce soir. A moins que je ne remette un peu le mariage ?

Pernille. Je ne conseillerais pas k monsieur de remettre le mariage, au moment où le polisson, que vous savez emploie tous les moyens pour l'empêcher.

Beaucoupde BRUIT. G'ost Vrai, ceque tu dis-là. Il faut que tout se fasse ce soir, si peu de temps que j'aie. Mais ne laisse entrer personne céans, que je puisse écrire ma lettre en repos.

Pernille. Nou, personne excepté l'avocat, le barbier et le prétendu.

Beaucoupdebruit. Mais le prétendu ne viendra certainement pas avant ce soir.

Pernille. Il me semble pourtant que monsieur lui a bien dit de revenir ici cette après-midi.

Beaucoupdebruit. Je ne me le rappelle pas du tout. C'est une sottise alors que j 'aurai faite.

Pernille. Gela ne gênera monsieur en rien. Le jeune homme n'aura qu'à rester à causer avec mademoiselle. Je me chaîne d'excuser monsieur comme il faut.

Beaucoupdebruit. De cette façon-là je pourrai au moins écrire ma lettre.

Pernille (à part). Maintenant, M. le teneur de livres, vous pouvez venir quand il vous plaira. La partie est gagnée. Mais on frappe. Je crois bien que c'est lui. (Le véritable teneur de livres entre, Beaucoupdebruit se met à écrire sans le voir.)

Le teneur de livres {à Pernille.). Je viens ici d'après ce qui est convenu entre mon père Erich Madsen, le teneur de

livres, etle seigneur Betucoupdebruit, pour vous demander en mariage, ma belle demoiselle.

Pernille. Vous faites erreur, monsieur! Je suis la servante. Mademoiselle va avoir Thonneur de venir dans un moment.

Le teneur de livres. Khonneur est pour moi, et c'est elle qui me le fait. Mais ne pourrais-je pas d'abord obtenir un entretien de son père?

Pernille. Hélas, non. Vous voyez monsieur assis là et plongé dans les plus fâcheuses affaires du monde, qui l'ont empêché toute la journée de boire et de manger. Il m'a chargée de vous faire ses excuses. Du reste c'est une affaire conclue en ce qui concerne monsieur. Il ne manque plus qu'une chose, c'est que vous parliez avec mademoiselle elle-même. Si vous voulez bien attendre un instant, elle va venir tout de suite. Âhl mon malheureux maître I Je crains qu il ne soit encore une fois troublé dans ses affaires. {Magdelom entre avec une toilette ri' dicule.)

Le teneur de livres. Je suis venu ici, belle demoiselle, d'après l'arrangement qui a eu lieu entre le seigneur Beaucoup debruit et mon excellent père, afin de vous dire, avec tout le respect et l'estime que je vous dois, que je vous désire pour ma femme légitime, et vous demander si vous voulez de moi pour votre époux légitime?

Magdelone (faisant la révérence). Je vous en remercie mille fois.

Le teneur de livres. Je vous prie alors humbleinent de ne point refuser cette bague comme présent de noces.

Magdelone. Je vous en remercie mille fois. Ne voulez-vous pas vous asseoir un peu, mon ange?

Le teneur de livres. Non, merci, belle demoiselle. J'aime mieux rester debout .

Ma6Delo|ïe. Âh, je vous supplie, veuillez vous asseoir, mon ange. (Ils s'asseyent.)

Beaucoupdebruit. Qui est-ce qui parle là, Pernille?

Pernille. C'est le prétendu, monsieur, qui cause avec mademoiselle.

Beaucoupdebruit (sam lever la tété). Fort bien, mon enfant! continue à babiller avec ton fiancé, jusqu'à ce que j'aie écrit ma lettre.

Le teneur de livres. On a beau dire ce qu'on veut du mariage. On ne saurait douter que la volonté du ciel n'y ait une part étrange. Souvent dans mes rêves il m'est apparu une femme avec la même tournure et le même aspect que mademoiselle, et c'est pourquoi je me dis que, depuis longtemps, quelqQe chose se préparait là-haut pour nous.

Pernille {à part). Puisse-t-il t'arriver malheur, aussi sûrement que c'est de Targent, et rien autre chose, que tu viens chercher ici !

Magdelone. Quoi, serait-il possible? Il m'en est arrivé, en vérité, tout autant; car, une fois, comme j'adressais debout ma prière au ciel pour en obtenir un bon mari, prière que, soit dit sans me vanter, je lui ai souvent adressée (on ne saurait d'ailleurs trop dire de prières) il me sembla voir une personne qui vous ressemblait, mon ange, trait pour trait.

Le teneur de livres. Pardon, ma chère demoiselle! Voulez-vous me permettre de vous presser dans mes bras* ?

Magdelone. Je vous en remercie mille fois.

Beaucoupdebruit. Pernille? Qui est-ce donc qui parle de ce côté?

Pernille. C'est le prétendu, monsieur, qui cause avec mademoiselle.

Beaucoupdebruit. Bien, bien. Continuez k causer de votre amour, mes petits enfants, jusqu'à ce que j'aie fini ma lettre.

Le teneur de livres. Pourrais -je vous demander, ma chère demoiselle, quel âge vous avez?

Magdelone. Il y a de par le monde de méchantes gens qui ont fait courir le bruit que j'avais quarante ans. Mais, en vérité^ je n'en ai pas plus de trente.

Le teneur de livres. Alors nous sommes du^éme âge.

Magdelone. Voilà qui se rencontre à merveille. Les enfantsdu même âge sont ceux qui jouent le mieux ensemble.

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