‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 4 sur 78 · livre 3, lettre · texte numérisé non relu

livre 3, lettre

mages et ses protestations admiratives envers Molière, c'est la vogue incroyable des pièces de Destonches et de son école. Holberg ne peut comprendre que la médiocrité soit capable de faire ce tort au génie. Il s'indigne de voir Molière délaissé à Paris pour le Roi de Cocagne; il va jusqu'à traiter d'épidémie la préférence donnée à Copenhague aux écrivains nouveaux ; pour lui la comédie française est en pleine décadence. Il faudrait, en vérité, lire toutes ses lettres pour se faire une juste idée du plaisir qu'il prend à opposer dédaigneusement le grand souvenir du Tartuffe et de l'Avare à toutes ces peintures décolorées d'un monde élégant et amolli. Qu'on ouvre seulement la préface mise par le poëte danois en tète de la première édition de son théâtre*, et Ton verra tout de suite à quel point la tradition de Molière obsédait en quelque sorte sa pensée, et avec quel respect modeste il se préoccupait de son exemple.

Nous avons au reste quelque chose de plus- décisif encore que tant d'éloges. Nous avons des aveux. Holberg lui-même a pris la peine de nous dire à plusieurs reprises que c'était surtout à Molière qu'il avait emprunté ce génie comique dont la soudaineté avait jeté un éclat si vif et si inattendu sur la littérature de son pays. Il est vrai que deux fois sur trois il associe Plante à Molière dans sa déclaration. Cela en somme nous importe assez peu, d'abord, parce que nous avons déjà concédé à Plante une place assez large dans l'histoire des origines du talent comique de Holberg, et, en second lieu, parce que Holberg ne parait pas toujours s'être lui-même rendu bien compte des différences qui séparent Plante de Molière. Pour lui, Plante et Molière, c'est surtout une tradition commune de verve populaire et primesaulière, par conséquent une sorte d'antithèse à la comédie tempérée et délicate d'un Ménandre ou d'un Térence. Quant aux aveux

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