‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 43 sur 78 · Ce mot est en français · texte numérisé non relu

Ce mot est en français

Oldfux. Ghé m'cDgàcherai à égrire en tix minutes toude une main te Lâbier.

Beaucoupdebruit. C'est beaucoup. Tenez, en voilà une feuille, pour essayer. {Oldfux s'assied et fait semblant d'écrire.) Il me tarde de savoir ce qui va en résulter. Approchons-nous pour voir comment il s'y prend.

Oldfux (venant à sa rencontre). Foyez un beu, nauble seigneur I Ch'ai engore blus dôt fini que ché n'afais brômis.

Beaucoupdebruit. Ah! ciel, que vois-je! Il n'a fait que barbouiller tout le papier. Où est mon bâton? {Oldfux poursuivi par Beaucoupdebruit se cache sov^ la table, la soulève, la fait tomber et se sauve ensuite à toutes jambes,) Ah 1 Pernille, voici un malheur qui dépasse encore tous les autres ! Vois un peu! Tous mes papiers à terre sur le plancher I Maintenant, on peut acheter ma vie pour quatre shillings.

Pernille. De grâce, monsieur, ne perdez point courage. Nous les remettrons bien en ordre. Mais je veux arriver à découvrir l'enchaînement de tout ceci. Je gagerais ma vie, que c'est quelqu'un qui les a tous envoyés ici.

Beaucoupdebruit. Hélas ! hélas! je n'en puis plus.

Pernille. De grâce, mon cher maître, montez un peu vous jeter sur votre lit. Comme vous voilà changé 1 Ah 1 le malheureux maître que j'ai Ik ! Faites ce que je vous supplie humblement de faire. En moins d'une demi-heure, je m'en vais tout remettre en ordre ici.

Beaucoupdebruit. C'est aussi ce que je m'en vais faire, car je ne puis plus tenir sur mes jambes. {Il sort»)

Pernille (seule). Tout va le mieux du monde. Maintenant, je m'en vais aller dans la chambre de Magdelone pour trouver le teneur de livres, et l'inviter à venir ici avec ses amis à sept heures, c'est-à-dire après le moment où Léandre aura signé son contrat de mariage. Je pousserai monsieur à hâter les choses avec Léandre, précisémeDt par crainte de Léandre. Seulement quand le véritable prétendu arrivera, ce sera une diable d'histoire ! Mais, bah! je quitte la maison avec mademoiselle. C'est tout de même un fameux luron que cet Oldfux ! U a fait bien des tours dans ce pays-ci, et ailleurs. Le dernier rôle qu'il a joué

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était tout entier de son invention. Maintenant, la partie est bien gagnée, car Tétat où est monsieur ne lui permettra pas dei causer avec le teneur de livres. Personne n'est plu^ facile à duper que les gens qui n'opt jamais de temps à eux. Il suffît de leur susciter des affaires et des ennuis.

Avant de passer de l'intrigue aux dénouements, qu'il me soit permis, à titre de transition, de remarquer que Molière commet assez volontiers à la jalousie de quelque personnage accessoire le soin de préparer la solution de ses pièces. Après quatre actes de hautes discussions sur la morale et de luttes oratoires, on conçoit que le poëte se soit plus d'une fois trouvé un peu pris au dépourvu en présence de l'urgence d'improviser un dénoûment. Il était commode pour lui de s'en remettre à quelque envie de bas étage pour tirer la comédie de la spéculation philosophique, et dénouer un nœud, peu serré sans doute, mais qui enfin risquait fort de n'être jamais dénoué, faute d'une main complaisante qui voulût bien prendre cette peine. De là ces dénonciations soudaines qui préparent le dénoûment, et qui n'ont pour mobile qu'une rancune haineuse, un dépit quelconque. Sans son dépit de prude, Arsinoé ne trahirait pas la méchanceté de Célimène. Sans son dépit d'honnête homme bâtonné, maître Jacques n'accuserait pas Valère d'un vol qu'il n'a point commis, et dont l'accusation, au lieu de le faire jeter en prison, le jette de la manière la plus inopinée dans les bras de son père. Sans son dépit de pédant outragé, Vadius ne démasquerait pas le premier, aux yeux de Philaminte, son ancien ami Trissotin. Sans son dépit de mari jaloux, Lucas, le mari de Jacqueline, ne viendrait pas en temps opportun prévenir son maître Géronte de l'enlèvement auquel Sganarelle a prêté la main. Toutefois ce n'est point là un de ces ressorts assez visibles et assez essentiels chez Molière pour que Holberg

pût aisément Tapercevoir et dût nécessairement se Tapproprier. Ses dénoûments, d'ailleurs, n'ont pas besoin de préparation, parce qu'ils se confondent en général avec rintrigue même et forment le corps de la pièce.

Les dénoûments les plus fréquents dans la comédie à Rome, ce sont les reconnaissances finales. IV^éanmoins, ces reconnaissances n'y sont pas inévitables, car, dans Plaute seul, il y a neuf pièces, (c'est à peu près la moitié de son théâtre), où le dénoûment se fait sans reconnaissance. Il est vrai que la plupart de ces pièces, où manquent les reconnaissances, manquent aussi de dénoûment, puisque c'est tout simplement un subit accord des volontés longtemps opposées qui les termine. Dans le Stichus^ par exemple, je cherche en yain une difficulté à résoudre. Dans le Mercatovyîe ne vois qu'un père qui prend assez tardivement et sans motif bien apparent le parti de se laisser fléchir. Ce n'est donc pas toujours par une reconnaissance plus ou moins attendue que la comédie antique se tire de la situation peu compliquée qu'il lui a convenu de se créer à ellemême. Mais on ne saurait disconvenir non plus que les reconnaissances forment encore les plus intéressants de ses dénoûments. Quant à l'invraisemblance qui nous choque tant, nous autres modernes, dans ce genre d'événements, n'oublions pas qu'elle existait à peine pour un peuple établi le long de côtes et de mers continuellement infestées pir des bandes de pirates. Au dix-septième siècle encore, alors que les galères turques exerçaient dans la Méditerranée cette omnipotence dont les escadres d'évolution de la marine britannique ont recueilli en grande partie l'héritage, les enïèvements de théâtre éiaient quelque chose de plus qu'une simple fantaisie de poète, ^n plein règne de Louis XIV, il suffit d'un corsaire algérien secondé par un bon vent pour nous enlever dans Regnard l'espoir de la comédie ^mnsante ft venger la race musulmane

des sottises excentriques que lui avait prêtées le génie de Molière.

Ne nous étonnons donc pas irop, après cela, de rencontrer encore des reconnaissances dans VÈtourdi^ dans le Dépit amoureux^ dans VÈcole des femmes^ dans Mélicerley dans VAvare et dans les Fourberies de Scapin, On voit, qu'excepté l'Avare et V École des femmes, ce ne sont point là les œuvres du poète qui ont le plus fait pour sa gloire. Ces reconnaissances, d'ailleurs, sont jetées trop à la hâte et avec trop d'insouciance à la fin de toutes ces pièces, pour qu'il n'y ait pas aujourd'hui quelque mauvaise grâce à demander bien sérieusement compte à Molière de ces tardives et trop faciles inventions. Il y met trop peu de prétentions pour que nous y puissions mettre de notre côté beaucoup de sévérité. Au reste, nous pouvons passer d'autant plus promptement sur ces six reconnaissances du théâtre de Molière que je n'en connais pas plus de deux chez Holberg, l'une à la fin deDiderich-la-terreur-de-rhumanUé, et l'autre, comme conclusion du Voyage à la source. Le poète danois rompt donc avec les pratiques de Plante d'une manière encore plus décidée que Molière.

11 est un genre spécial de reconnaissances dont on retrouve la première idée dans Plante, et dont Molière a su tirer un parti fort divertissant dans l'une de ses premières pièces. Je veux parler de cette espèce de reconnaissance qui met fin à une longue erreur, non sur la famille ou sur la généalogie, mais sur la qualité civile, la position sociale d'une personne. Dans le Persa, dans Amphytrion, nous avons de ces reconnaissances-là. Il s'en faut pourtant beaucoup que cette rectification soudaine de l'état civil d'une personne atteigne déjà chez le poêle latin au môme succès d'hilarité et atteste la môme expérience de la scène qu'à la fin des Précieuses ridicules. Molière y perfectionne si bien le procédé de Plante qu'en réalité il le trans-

forme. Ce procédé comique, après avoir plu à Regnard', devait à son tour séduire Holberg. Le Spectre de la maison se termine, comme les Précieuses ridicules, par des coups de cravache destinés à produire une désillusion complète, et ce dénoûment est d*âutant plus remarquable à cette place, que la comédie tout entière n'est qu'une libre imitation de la Mostellaria, où le dénoûment est tout différent. Celui de Henrich et Pernilley c'est également, comme dans le Jeu d$ Vamouret duhasardy le désenchantement mutuel et le mariage quand même du valet de monsieur et de la coiffeuse de madame. Enfln dans Pernille demoiselle pour un jour^ Holberg donne à la même idée un développement plus considérable, puisque toute la pièce roule sur une substitution d^enfant qu'éclaircira le dénoûment. Mais cette espèce de reconnaissance plutôt légale que personnelle n'est en définitive pour Holberg comme pour Molière qu'une manière ingénieuse de rajeunir un peu la reconnaissance de la comédie antique. .Leurs dénoûments originaux, ceux qui vont nous montrer par un côté nouveau l'étroite similitude de leur talent, sont d'une toute autre nature.

Un moyen excellent d'utiliser au théâtre la surprise comique qui peut nous venir d'une révélation inopinée et importante sur une personne quelconque, moyen que ni Plaute ni Térence ne paraissent avoir pressenti, c'était de substituer à la découverte plus ou moins attendrissante d*une famille perdue ou à la constatation d'une usurpation plus ou moins hardie de titre, le spectacle bien autrement piquant d'un caractère trahissant naïvement lui-même, sous l'influence de quelque piège inaperçu, sa méchanceté réelle. Il était réservé à la comédie française de remplacer par cette reconnaissance purement morale la reconnaissance matérielle des anciens. Les épreuves étaient au temps de

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