‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 51 sur 78 · La Chambre de V accouchée. Acte II, scène ii · texte numérisé non relu

La Chambre de V accouchée. Acte II, scène ii

2. Vêtement qui au dix-huitième siècle paraît avoir été à la mode partout en Europe, car Goldoni en parle aussi. V. Le Smanie délia Villeqiatwa. On en a attribué le nom à Adrienne Lecouvreur.

suis DuUement de ces personnes qui parlent autrement qu'elles ne pensent. Je n'entends rien à cette sorte de politique, et c'est justement pourquoi j'ai tant d'ennemis. Ma tante ne cesse de me le répéter : c Tu ne comprends rien au monde ^ mon enfant I Tout ce que tu as sur le cœur, il faut que tu le dises, quand même il devrait t'en coûter la prunelle de tes yeux I »

L'accouchée. Avez-vous fait visite aujourd'hui à quelque autre accouchée, mes chères dames?

Première dame. Oui. Nous avons été chez la femme de Jérémie, le fabricant de tabac.

L'accouchée. Qui se trouvait là encore?

Première dame. Ha! haï haï Ne me demandez point de vous le raconter, car j'étouffe de rire, rien que d'y songer. Ma sœur est plus en état que moi de vous dépeindre ces gens-là, car elle peut s'empêcher de rire, elle.

Seconde dame. Connaissez-vous, madame, Lucie, la femme de Hans Jespersen ?

L'accouchée. Nullement.

Anne la ferblantière. Oui, moi je la connais. C'est, n'est-ce pas, cette femme qui chuchote toujours tant de riens à l'oreille des gens?

Seconde dame. Oui, cette femme-là a le diable au corps avec sa manie de chuchoter. Elle ne saurait dire qu'il fait beau temps sans vous prendre à part et vous le chuchoter à l'oreille. L'autre était Gertrude, la fille de Jen. Elle parla de ses cors pendant près d'une demi-heure.

L'accouchée. Eh I voilà aussi qui est exagérer les choses I

Seconde dame. Nullement, madame. Vous ne sauriez croire l'abondance de paroles dont dispose cette fille-là. C'est uu plaisir que de l'entendre parler, surtout quand elle veut raconter quelque chose en allemand.

Anne la ferblantière. Est-ce qu'elle parle aussi allemand?

Seconde dame. Pourquoi pas? Elle a bien un caveau funèbre dans l'église allemande. Quelles furent donc, ma sœur, ses paroles, lorsque nous partîmes?

Première dame. Elle dit : Foulez-fous tonc bàrtir sidôd?

L'accouchée. Vous êtes, ma foi, de méchantes langues. Y avait-il encore d'autres personnes?

Seconde dame. De grâce, madame, ne nous en demandez pas davantage, ou il faudra que je vous décrive Tadrienne de Marthe, la fille de Morten, ce que je ne saurais faire en une heure.

Première pâme* Oui, c'est une fille qui est de la dernière absurdité dans son ajustement.

Seconde dame. Fîtes-vous aussi attention à son adrascante?

Première dame. Assurément. Mais que vous semble-t-il de son corsage' ?

Seconde dame. Parbleu! le drôle de corsage!

L'ACCOXfCHÉE. Est-ce qu'elle n'a pas aussi une sœur?

Seconde dame. Sans doute. C'est celle qui marche en remuant si fort les hanches. En vérité, c'est une charmante fille. Elle est si maniérée qu'elle ne saurait parler qu'entre ses dents. Il lui est impossible de nommer son tablier ou son jupon sans dire : « Avec votre permission, ou salva fenia, mon tablier. »

L'accouchée. Vous êtes de bien méchantes langues, mes chères dames. Je ne veux plus vous questionner sur les autres. Parlez-moi plutôt de la toilette de l'accouchée elle-même, cela me fera plus de plaisir à entendre.

Première dame. Pardonnez-nous. II nous faut maintenant aller ailleurs. (Les deux dames sortent.)

L'un des jeux de scène les plus féconds en complications spirituelles avec lesquels le génie de Marivaux ait amusé la France d'après la comédie espagnole, c'est le double déguisement du maître en laquais et du laquais en maître. Sans avoir développé aussi ingénieusement dans toutes ses conséquences possibles cette dissimulation momentanée des conditions sociales, si propreàTétudedu cœur et si féconde en contrariétés comiques, Molière a cependant aussi fait jouer avec toute l'impertinence désirable à deux laquais dé-

1. Dans le texte : Smaekke. Ôhleoschlaeger traduit Schleppe^ queue. Le dictionnaire de M. Helms donne seulement Lais, Brustlatt.

guisés le rôle de gens de qualité, déployant des grâces d'antichambre et tout le beau langage des ruelles dans un but de galanterie grotesque. On a déjà compris que je parle du Mascarille et du Jodelet des Précieuses ridicules. Je trouve chez Holberg une scène tout à fait comparable à celle de Molière, où Henrich, paré des habits de Léandre absent, vient rendre visite à Pernille, ornée des atours de Leonora en voyage, et dépenser avec elle tout le bagage de métaphores affectées et de mots français qu'il a pu se faire, depuis qu'il est au service de son maître. Il n'y manque même pas, pour rendre l'analogie encore plus sensible , l'entrée en chaise à porteurs et l'outrecuidance du faux niaître envers les pauvres diables qui l'ont apporté.

Henrich V(en chaise à porteu/rs). Halte ! Arrêtez-vous ici, canailles que vous êtes! Toi, Christophe, reste au logis, entendstu bien, et si Ton m'envoie chercher pour aller à la cour, tu diras qu'il m'est impossible de m'y rendre aujourd'hui, et que je suis encâché ailleurs. Ah, mon cher*, mille excuses. Ce sont les porteurs qui sont cause que je me suis avancé aussi loin. On a cent ennuis avec ces faquins de louage, .et ces gens-là sont stupides comme des bétes. Si ce n'était par respect pour vous, mademoiselle, je les ferais tous pendre sur l'heure.

Pernille. De grâce, monsieur, pardonnez-leur pour TaiQour de moi.

Henrich. Pour l'amour de vous, ventrebleu! que ne feraisje pas, noble et charmante demoiselle? Mais à propos, mon chery^G viens ici pour vous faire un procès au sujet d'un petit vol que vous avez commis.

Pernille. Quoi? J'ai commis un vol?

Henrich. Sans doute. Le«vol de mon cœur.

Pernille. Ah ! monsieur, j'ai justement le même procès à vous faire. Je sais bien que la modestie de notre sexe nous dé-

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