‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 56 sur 78 · How low am I, I am not yet so low · texte numérisé non relu

How low am I, I am not yet so low

But that my nails can reach unto thine eyes.

Molière roriginalité à peu près intacte de ces cinq ou six gracieuses idylles où le sourire est si près des larmes, c'est un simple coup d'oeil jeté sur sa vie et sur son théâtre. Est-il nécessaire d'aller chercher bien loin Eraste et Lucile ? Érasle, n'est-ce pas Molière lui-même? Lucile, n'est-ce pas quelqu'une de ses capricieuses et coquettes camarades de théâtre? Ne sera-ce pas bientôt sa femme Armande, ce cœur volage fait exprès pour le punir dans ce qu'il y avait de plus profond et de plus vif chez lui, celte extrême disposition à la tendresse dont il parlait un jour. On peut dire que toute sa vie, notre poète l'a passée à aimer et à ne plus aimer, à flotter entre la volonté de rompre et l'impossibilité de le faire. A quoi bon dès lors lui supposer tant d'érudition, quand il lui suffisait de puiser dans les souvenirs amers de son expérience, quand il avait sous la main, en quelque sorte, les angoisses sans cesse renaissantes de sa vie? Voyez un peu comme il reprend continuellement ce thème de l'amour inquiet et plus fort cependant que toutes les crises qu'il traverse. Un illustre critique a déjà remarqué que Molière avait trois fois reproduit, à peine en y changeant quelques traits, cetle situation si propre à recevoir les confessions les plus douloureuses de son cœur. En cherchant bien cependant, on trouve plus de trois fois chez lui cette scène de susceptibilité mutuelle et ces velléités réciproques d'inconstance. A vrai dire même, cette scène est la scène favorite de l'écrivain, sa toile de Pénélope, en quelque sorte, puisqu'il ne se lasse pas de la défaire pour la refaire.

Il faut surtout en distinguer deux variantes. Il y a d'abord la querelle des amants jeunes et ingénus, qui en sont à !eur premier amour, et dont la tendresse s'effarouche de l'ombre même d'un soupçon. C'est le cas de Lucile et d'Êraste. C'est sur ce modèle également qu'est compostée la querelle entre Valère et Mariane, qui, dans cette sombre tragédie du Tartufe, dont elle est toute la grâce.

tempère l'impression pénible causée par tant de perversité, et cette autre aussi entre Cléonte et Lucile, qui, dans le Bourgeois gentilhomme^ jette une page de poésie et de tendresse au milieu d'une débauche de verve comique. Ce sont encore ces mômes amants, plus sincères que sages et plus passionnés que clairvoyants, que, dans SganarelU^, les Facheux^ et don Juan % nous voyons se piquer au vif sur la plus frivole apparence, pour se donner bientôt le plaisir d'une douce réconciliation. Les deux premières de ces trois scènes ne sont que des esquisses, mais elles sont charmantes, et, quant à la troisième, elle a cela de nouveau et d'intéressant qu'elle nous montre ce que peut devenir dans l'âme . d'un paysan cet excès d'exigence et de jalousie préventive. C'est enfin une rapide ébauche de la même scène qui figure encore, sous le titre précisément de Dépit amoureux^ dans le troisième intermède d*une comédie-ballet, ks Amants magnifiques. Ce n'est guère, il est vrai, qu'une traduction du donec gratus eram , et c'est Horace cçtte fois qui inspire Molière, si tant est que Molière eût quelque chose à apprendre, même d'Horace, sur les tourments de l'amour et les effets de l'indifférence.

Mais à côté de ces querelles entre jeunes gens, que tourmente leur imagination vainement surexcitée, il y a encore dans Molière d'autres querelles d'amants où, cette fois, ne manquent ni la maturité des esprits, ni par malheur non plus la gravité des soupçons. Ici le ton est plus élevé, le langage plus noble ; il y a plus de coquetterie et plus de jalousie à la fois. Nous sommes fort loin de cette candeur d'une pure tendresse qui s'éprouve et s'affermit en reconnaissant l'injustice d'une absurde méprise. Néanmoins, le projet de rupture n'aboutit aussi qu'à une réconciliation complète,

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