‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 58 sur 78 · Henrich et Pemille. Acte II, scène vu · texte numérisé non relu

Henrich et Pemille. Acte II, scène vu

LÉ ANDRE. Connaissez-vous ce portrait, vertueuse demoiselle?

Leonora. Non, pas dans vos mains.

Léandre {lui jetant le portrait). Tenez, je vous le rends.

Leonora. Connaissez-vous, vertueux cavalier, ce portrait?

Léandre. Oui, malheureusement.

Leonora. Tenez, le voici par terre.

Léandre. Et voici la tabatière dont vous me fites présent.

Leonora. Et voici le méchant bracelet que j'acceptai de vous.

Léandre. Plus votre méchante canne à pomme d'or. "^ Leonora. Et vos méchantes boucles d'oreilles.

Léandre (crachant). Ici gît la tendresse, la fidélité que vous m'aviez promise.

Leonora. Tvi! Ici gît la vôtre.

Léandre. Adieu, vertueuse demoiselle! Bien le bonjour chez vous.

Leonora. Adieu, merveilleux cavalier I Bon appétit à dîner. (Elle s*en^va.)

La même trivialité se dégagera encore de la scène suivante, où, au lieu d'amants, ce sont des femmes que nous allons voir se quereller. Si fécond en ressources comiques que soit un semblable sujet, puisqu'il contredit la présomption de retenue et de douceur attachée à la faiblesse ordinaire de la femme, il ne semble pas cependant avoir fourni beaucoup de scènes à la comédie latine, peut-être un peu d'abord parce qu'un instinct public de gravité et de bienséance s'opposait à la reproduction de ce genre de luttes, et surtout sans doute parce qu'au moins à Rome, sinon à Athènes, les lois et les mœurs s'accordaient pour restreindre le rôle de la femme sur le théâtre. C'est là probablement ce qui fait qu'au lieu de retrouver dans Plante quelques-unes de ces cyniques contestations de vieilles femmes si chères à Aristophane, nous ne voyons pas même chez lui la femme

de Ménechme en présence de la courtisane Erotîum, contre laquelle ses griefs pouvaient justement lui fournir l'occasion d'une scène très-vive d'invectiyes et de reproches .'Nous pouvons au contraire soupçonner, d'après un long récil de la première pièce de Molière*, que l'acharnement des femmes dans les querelles populaires n'était pas un thème nouveau pour la comédie de son lemps. Aussi, lorsque, dans la plénitude de son génie, le grand poète entreprit de traiter à sa façon ce lieu commun des farces populaires, il jugea à propos d*y introduire la nouveauté d'un atticisme relatif, en y substituant l'aigreur à la violence, et la colère mal con^nue sous un vernis d'ironie à la colère brutale qui se traduit et se résout en voies de fait. Si deux fois nous voyons encore chez lui une querelle entre femmes sur le point de dégénérer en pugilat, chaque fois aussi la querelle de paroles est coupée prudemment à temps pour ne pas devenir une lutte véritable. L'une de ces scènes se trouve dans Monsieur de Pourceaugnacy et l'autre dans Don /uan. La première n'est qu'une querelle simulée entre Nérine qui contrefait une Picarde et Lucette qui contrefait une Languedocienne. Il est remarquable que la seconde ne se trouve pas dans Tirso de Molina.

Mais les querelles féminines auxquelles le poète a donné tout le développement qu'elles comportaient, et qui sont toujours au fond des querelles de jalousie, sont traitées sur un tout autre ton. Quand, par exemple, Arsinoé et Célimène luttent ensemble d'insinuations etd'épigrammes, que la dispute met de soins à se poursuivre toujours à mots couverts! Comme toute cette haine est habile à s'insinuer dans l'excès même d'une exquise politesse! Ne sont-ce pas là des femmes en train de se prouver, avec tout le savoir-vivre exigé par la plus sévère bienséance, qu'il

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