‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 60 sur 78 · STpytte^ dans le texte · texte numérisé non relu

STpytte^ dans le texte

Ithaque, et ce n'est pas vous qui aurez assez de puissance pour arrêter les héros d'Ithaque dans leur noble entreprise.

Pénélope. Je saurai bien, morbleu! les arrêter.

RosiMUNDA. Vous, les arrêter?

PÉNÉLOPE. Oui, moi, et à votre nez encore.

RosiMUNDA. Et je vous dis, moi, que cela se fera, dussiezvous en devenir folle.

PÉNÉLOPE. Et je prétends, moi, que cela ne se fera pas, quand même vous devriez en perdre la tête.

RosiMUNDA. C'est bien votre dernier mot?

PÉNÉLOPE. Oui, c'est bien mon dernier mot, coquine {lui donnant une chiquenaude)^ et voici pour toi.

RosiMUNDA {mime jeu). Et pour toi aussi.

Pénélope {lui donnant un soufflet). Attrape encore.

RosiMUNDA {même jeu). Attrape aussi. {Elles se prennent aux cheveux et s'arrachent leur bonnet,)

Chilian {en habit de voyage). Holà! que diantre avez- vous donc? Voulez-vous par hasard vous tuer? {Use jette entre elles; elles le prennent aux cheveux et le jettent à terre.) Je suis ambassadeur, et c'est contre le droit des gens. {Rosimunda se sauve et Pénélope court après elle.)

Lorsque les anciens mettent aux prises dans une comédie le mari et la femme, le mobile de la colère de la femme, c'est toujours un sentiqient de pure jalousie, et la femme ne se révolte qu'en présence d'une rivale. On trouve dans la dernière scène des Bacchis et de l'Asinaria deux exemples de ces sortes d'insurrections conjugales. Dans Sgatmrelle^ la femme de Sganarelle, dans AmphitryoUy la femme de Sosie s'expliquent encore plus clairement sur la nature du sentiment qui les irrite et du tort qu'elles reprochent à leur mari. C'est donc aussi une des nouveautés du théâtre de Molière que de nous montrer les femmes querellant leur mari moins pour elles-mêmes que pour eux-mêmes, et se faisant de la véhémence de leur indignation une dernière ressource pour les arracher à leur travers ou à leur

vice. C'est ainsi que, dans le Médecin malgré lui, nous voyons Martine quereller Sganarelle, non pas seulement parce qu'elle est femme et qu'il lui est infidèle, mais surtout parce qu'elle est mère de famille et qu'il est aussi paresseux qu'ivrogne. Il en est de môme dans le Bourgeois gentilhomme. Mme Jourdain cache trop de bon sens sous sa rude enveloppe pour qu'on la puisse supposer sérieusement jalouse de la belle marquise. C'est surtout dans l'intérêt de ses enfants qu'elle foudroie de toute la vigueur de son langage trivial l'incorrigible prodigalité d'un vieillard imbécile. Dans le Ferblantier politique , la femme du ferblantier, Geske, trouble, exactement pour les mêmes motifs et à peu près de la même façon que Mme Jourdain dans le Bourgeois gentilhomme, une assemblée présidée par son mari ; et, ce qui complète la ressemblance, la victoire morale est la seule qui lui reste. Mme Jourdain cède le terrain à son mari irrité, après avoir subi les impertinences de Dorante, et Geske va ici être expulsée de la salle des délibérations, qui n'est autre que la grande salle d'une auberge, parles amis politiques, c'est-à-dire par les compagnons de bouteille, du futur bourgmestre dont elle est la femme.

Geske. Ah, vous voici, fainéants*? Ne vaudrait-il pas mieux, dites, que vous fussiez à travailler ou au moins à surveiller un peu vos gens? C'est à cause de votre négligence que nous per^ donSt l'une après l'autre, nos pratiques.

Herman. Paix donc, ma femme ! Tu seras bientôt la femme d'un bourgmestre, saas t'ea douter. Grois-tu, par hasard, que c'est pour perdre mon temps que je sors? Oui, morbleu I j'ai dix fois plus de travail que vous tous à la maison. Vous autres, ce n'est qae des mains que vous travaillez; moi, c'est de la tête.

l. Le Ferhlanlier politique. Acte II, scène n.

Geske. Tous lesfous du monde n'en font pas d'autres. Bs bâtissent, comme vous, des châteaux en Tair, se rompent la tête avec leurs sornettes et leur sottise, et s'imaginent qu'ils font de grandes choses, qui, au bout du compte, ne sont rien du tout.

Gert. Si c'était ma femme, elle ne parlerait pas deux fois de la sorte.

Herman. Tout beau, Gert. Ce sont là de ces choses auxquelles un homme d'État ne doit pas faire attention. Il y a un an ou deux, j'aurais rossé ma femme d'importance pour de pareils discours. Mais depuis le temps oîi je me suis mis à étudier la politique dans les livres, j'ai appris à mépriser ces bagatelles. Ouinescit simalarey nescitregnare, dit un vieil homme d*État, qui n'était nullement un fou, et qui, je crois, s'appelait Agrippa, ou bien Albert le Grand. Et c'est là en effet sur quoi repose toute la politique du monde. Quiconque ne sait pas supporter les outrages et la colère d'une femme folle ne convient point pour un poste élevé. Le sang-froid est la vertu suprême et le plus beau joyau dont puissent se parer les princes et les autorités. C'est pour cela que je suis d'avis que personne ne devrait être admis dans le conseil municipal , sans avoir donné des preuves de sang-froid, et montré qu'il sait recevoir comme il faut injures, coups et soufflets. Je suis de ma nature violent, mais je m'efforce par Tétude de vaincre ce défaut. J'ai lu dans la préface d'un livre intitulé : Le serpent de mer Jiomme d'État^ que, lorsque la colère vous prend, il faut compter jusqu'à vingt, afin que dans ce temps la bile se tempère.

Gert. Pour moi, cela ne me servirait à rien, quand même je compterais jusqu'à cent.

Herman. Voilà aussi pourquoi vous n*êtes bon qu'à tenir un rang subalterne. Henrich! donne à ma femme une cruche de bière, sur la petite table.

Geske. Quoi! pendard, t'imagines-ta que je suis venue ici pour boire ?

Hbrman. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13*. Voilà

1. Un certain Grec disait à l'empereur Auguste , Gomme une instruction utile autant que juste, etc. V. l* École det femmes f acte II, scène iv.

maintenant qui est tout à fait passé. Écoute-moi, chère femme I Il ne faut point parler si rudement à ton mari. Cela est du dernier commun.

Geske. Il est probablement de meilleur ton de mendier? Est-ce qu'une femme n'a pas le droit d'éclater, quand elle a pour mari un fainéant de ton espèce, qui abandonne sa maison et laisse sa femme et ses enfants dans la misère?

Herman. Henrich, donne-lui donc un verre d'eau-de-vie; en vérité, elle s'est assez échauffée.

Geske. Henrich, donne à mon pendard de mari une paire de soufflets.

Henrich. Pour cela, chargez-vous-en vous-même. Je n'accepte pas de commission de ce genre.

Geske. Soit, alors c'est donc moi qui les lui donnerai. {Elle lui donne un soufflet.)

Herman. 1, 2, 3, 4, 5,6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20. {Il lève la main, comme pour battre Geske^ mais se remet aussitôt à compter jusqu'à 20.) Si je n'avais pas été homme d'État, il te serait bien sûr arrivé malheur.

Gert. Ça, puisque vous ne voulez pas apprendre un peu à votre femme à obéir, c'est moi qui vais le lui apprendre. Allons, allons, à la porte. (7/ la pousse dehors.)

Je vais encore traduire et citer une querelle entre un mari et sa femme, mais non plus à cause de la qualité des deux personnes qui l'engagent. C'est uniquement le tour et la forme extérieure de la querelle que je signale à présent à l'attention du lecteur. Avant Molière, la comédie, même à Rome, ne nous met nulle part en présence d'un art aussi consommé, aussi visiblement appliqué à établir dans chaque situation une sorte de ilux et reflux continu d'alternatives et d'oscillations. On chercherait en vain, je crois, dans Plante et dans Térence, cette scène de V Avare où maître Jacques se mêle de quereller Valère, et où en un clin d'œil nous voyons l'insolence et le bâton passer d'une

manière si plaisante de l'un des adversaires à l'autre, et l'agresseur reculer à son tour, le plus respectueusement du monde, devant celui-là même qu'il s'était promis de battre. N'oubliez pas que Valère est un gentilhomme habitué à ne pas reculer devant la pointe d'une épée, et que si par conséquent il fait quelques pas en arrière devant les familiarités comminatoires d'un cuisinier, ce n'est évidemment que pour servir les desseins comiques du poeie. Prenez au contraire le Truculentus de Plante*. Vous y verrez que Géta perd une fort belle occasion de faire reculer un peu Stratophane, qui, ainsi que le montre bien la dernière scène, n'a de bravoure qu'en apparence, puisqu'il se laisse enlever sa maîtresse. Molière et Holberg eussent très-probablement ici retourné à l'improviste la situation et transféré la menace du soldat à l'esclave. La scène qu'on va lire maintenant se décompose visiblement en trois périodes, dont chacune contient une interversion frappante des relations et des attitudes réciproques des deux personnages. Au début le mari est sourdement irrité. Sa femme, au contraire, ne se lasse pas de manifester sa joie. A mesure que celle-ci s'exalte, celui-là s'enfonce de plus en plus dans sa colère concentrée. Tout à coup il éclate. Sa femme alors de se lamenter et de gémir. La querelle fait brusquement voUe-face. Mais bientôt le mari se résout à céder, et, au lieu de se fâcher, supplie. L'opiniâtreté muette et le ton d'autorité ont passé du côté de la femme. C'est la derijière révolution de cette ondoyante et mobile situation.

Magdelone*. Ah! cher mari, as-tu vu notre Jean? Frands. Que trop, bon Dieu!

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