‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 61 sur 78 · Jean de France. Acte I, scène v · texte numérisé non relu

Jean de France. Acte I, scène v

ÔO"

Mâgdelone. Tu m'as toujours querellée, sous prétexte que nous faisions trop de cas de notre enfant!

Frands. Cela est vrai.

Mâgdelone. Mais n'avons-nous pas maintenant grand sujet de nous réjouir de lui ?

Frands. Oui, assurément, on peut mourir de rire, rien qu'en le voyant.

Mâgdelone. Ah! c'est bien, le plus charmant garçon du monde !

Frands. Sans doute.

. Mâgdelone. Vois donc seulement quels progrès il a faits en français, en si peu de temps!

Frands. C'est prodigieux !

Mâgdelone. C'est tout juste si je l'ai reconnu en le revoyant.

Frands. Je ne l'ai certes pas reconnu davantage.

Mâgdelone. Comme il est devenu vif I

Frands. Le plus vif du.monde!

Mâgdelone. Et gentil?

Frands. Cela est merveilleux !

Mâgdelone. Il n'y a que la France pour vou^ former les jeunes gens.

Frands. Joliment!

Mâgdelone. Il m'a appelé Mardamme !

Frands. En vérité? •

Mâgdelone. Et il ajoutait qu'il est du dernier commun de dire maman.

Frands. Il se peut.

Mâgdelone^ Pour sa fiancée, il l'appelait sa maîtresse ^ ; ce qui m'a paru, à vrai dire, un peu étrange.

Frands. Pourquoi donc?

Mâgdelone. Après cela, c'est peut-être l'usage en France.

Frands. Peut-être bien .

Mâgdelone. Dieu soit loué de ce qu'il a bien voulu se laisser reconnaître de ses vieux parents !

Frands. Tu as raison.

t. 11 y a ici rapprochement intraduisible entre Malreue et Matras.

. DU STYLB. • S07

Magjxslovcr. Mais pourquoi pleures*tu âom^ chexMoari? C'est de joie, n'est-ce pas? (A paru) Le pauvre homme attache encore plus de prix à ses enfants qu'il ne Je laisse paraître. (Haut.) Eh bien ! moi aussi, j'ai pleuré de joie !

FraNds. Et moi, c'est de chagrin que je pleure!

Magdelone. De chagrin?

Frands. Oui, de chagrin. Est-ce que par hasard un bon père ne doit pas pleurer, de voir son Bis changé en un écervelé, un polichinelle, un fou,?

Magdelone. Qu'est-ce que tu dis là, grosse bête? Mon fils, un fou?

Frands. La plus fou de tous les fous, te dis-jel

Magdelone. Hélas, malheureuse que je suis, d'avoir pour mari un pareil imbécile, qui ne sait pas même apprécier les meilleures choses. Mon unique joie en ce monde, c'est ce cher enfant, que ce maudit homme ne peut pas souffrir. On voit jusqu'aux bêtes brutes chérir leurs^ petits; il n'y a pas même jusqu'aux Turcs et aux païens qui n'aiment leur progéniture. Toi seul détestes tes propres enfants, que les étrangers aiment, tant ils sont gentils. Je ne dois pas vanter ce qui vient de moi, mais je ne crois pas que dans tout le pays il y ait un jeune homme plus aimable que Jean, notre fils. Si tu avais le plus petit grain de sens commun, tu n'aurais pas manqué de comprendre cela !

Frands. Et en quoi consiste donc cette gentillesse?

Magdelone. Elle consiste en ce qu'il est gentil ^

Frands. Je ne vois pas, quant à moi, en quoi il serait gentil, pour avoir mangé quinze cents rixdalers en si peu de temps?

Magdelone. Tu parles bien de ce qu'il a dépensé, mais tu ne parles pas de ce qu'il a appris.

Frands. Je vois bien qu'il a appris k daoser la Fogle de Spogne', à chanter un tas de chansons grivoises, et à oublier sa propre langue, car je crois que maintenant .il ne parle plus ni danois ni français.

Page 1