‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 70 sur 78 · Jacob de Tyboe (Jacob von Tyboe). Acte V, scène n · texte numérisé non relu

Jacob de Tyboe (Jacob von Tyboe). Acte V, scène n

Léonard. C'est là sans doute le commandant. U faut que je l'immole sur-le-champ .

Jesper. De grâce, excellent seigneur^ épargnez-le et tuezmoi plutôt !

Léonard. Il n'y a point de prière qui tienne. H mourra.

Jesper. Par pitié, monsieur, réfléchissez à ce que vous allez faire. Vous priverez le monde d'un homme qui a gagné plus de quatre mille batailles rangées.

Léonard. Bagatelles que tout cela! C'est un homme mort.

Jesper (pleurant). Lui qui à la bataille d'Amsterdam....

Léonard. Allons, allons, lâche-le.

Jesper. Tua de sa propre main....

Léonard. Si tu ne veux pas le lâcher....

Jesper. Plus de cinq mille hommes.

Tyboe (à r oreille de Jesper), Parle -lui aussi des trois généraux^ que j'ai tués de ma main.

Léonard. Non, quand ce serait Alexandre le Grand luimême, il faut qu'il périsse.

Jesper. Parmi lesquels trois généraux....

Léonard. Cela ne me touche en aucune façon.

Jesper. Qu'il acheva d'un seul coup.. .

Léonard. Je n'en aurai que plus de gloire k l'immoler.

Jesper. Qui pendant le siège de Brabant courut seul....

Léonard. Tout cela maintenant ne lui servira de rien.

Jesper. A Tassant, et se battit sur les murs pendant une demi^heure avec toute la garnison.

Léonard. Je vois bien qu'il faut que je vous tue tous les deux.

Jesper. Vite, fuyez, seigneur de Tyboe, et sauvez votre précieuse vie. (Tyboe s*enfuit, Léonard le fowrsuit^ et le frappe par derrière du pommeau de son épée,)

Tyboe. Aïe, aïe. Je suis blessé à mort, percé de part en part. Aïe. (Il se sauve,)

Pendant que je tiens sous ma main ce miles gloriosus^ je

1. Le texte dit : Herren-Staater j abréviation pour Membres des Étais généraux.

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yeux profiter de lune de ses disputes pour donner un exemple significatif de ces symétries prolongées entre les* répliques de deux interlocuteurs, symétries qui revtoinent si souvent chez Molière, et qui chez lui comme chez Holberg font parfois même un peu longueur. Dans la comédie antique, il y a bien çà et là quelque intention semblable d'antithèse dans le dialogue; mais il s'en faut que ces naissantes antithèses soient soutenues avec unB égale persistance et une pareille souplesse, et il est bien rare que le contraste passe plus de deux ou trois fois dans les mots, quand bien même il se maintient plus longtemps dans les idées. C'est ordinairement dans Femportement d'une dispute que ce parallélisme comique de grossièretés et d'outrages a le plus naturellement occasion de se produire chez Holberg et chez Molière. Le procédé toutefois est un procédé général, qui peut s'appliquer aussi à toute autre chose qu'à des querelles. C'est ainsi qu'à côté de Vadius et de Trissotin, de Cléante et d'Harpagon, je vois les quatre amants de la première scène de Mélicerte et les deux domestiques du premier acte de YEcole des femmes conformer leurs discours aux lois de cette symétrie parfaite, et toujours calquer ce qu'ils vont dire sur ce qu'ils viennent d'entendre. Je citerai cependant encore une dispute de Holberg, parce que, dans la citation qui va suivre , nous surprendrons mieux un renchérissement nouveau du poète danois sur la méthode de Molière. Molière en effet tempère la monotonie d'une symétrie prolongée par une suite de spirituels et ingénieux synonymes , tandis que Holberg reproduit les mêmes idées à l'aide des mêmes mots avec une rigueur et une précision telles qu'une traduction absolument littérale en français devient à peu près impossible. Je serre ici le texte danois d'aussi près que je le puis.

DU STYliE. 331

Tyboï^ Il y a eéans je m sais çueU» odeur étrange. Gela sent le pédant, le latin, le grec. Il suffit qu'il y ait un Douai dans une maison pour que mon nez s'en aperçoive teat de suite. Il faut absolument que quelque cuistre mal propre s» soit caché dans un eoiu.

Stygotius. Tout beau, domine! Apprenez à parler avec respect des gens de science.

Tyboe. Ne vous Tavais-je pas bien dit? Dites-moi, qui êtes-vous ?

Stygotius. Qui êtes-vous vous-même?

Tyboe. Je m'appelle de Tyboe.

Stygotius. Et moi, je m'appelle Stygotius.

Tyboe. Ce qui veut dire» en bon danois, que je suis le roi Salomon, et que vous êtes Grosjean, le chapelier.

Stygotius. Je suis, moi^ un véritable savant et légitime promotUfS magister.

Tyboe. Et je suis, moi, un homme qui n'ai que faire de tous vos titres. Est-ce que par hasard vous ne conndtriez pas le seigneur de Tyboe?

Stygotius. Est-ce que par hasard vous ne connaîtriez pas maître Stygotius?

Tyboe. J'ai gagné plus de vingt batailles.

Stygotius. J'ai soutenu plus de vingt thèses absque prx^ sidio.

Tyboe. H n'y a personne en Hollande et à Brabant qui ne vous entretiendra de moi.

Stygotius. Il n'y a personne parmi les litterati de Rostock, Helmstadt et Willemberg qui ne vous parlera de moi.

Tyboe. J'ai abattu de ma main les plus vaillants héros.

Stygotius. J'ai battu de ma langue les opponentes les plus redoutables.

Tyboe. Il ne me faut qu'une demi-seconde pour jeter par terre un faquin de votre sorte.

Stygotius. Il ne me faut qu'un demi'Syîlogismm pour réduire une armée tout entière ad àbst^dvm.

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